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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 18:06

 

Les journaux s’affolent ces jours-ci en raison de la candidature de la Suisse (deux sites) pour l’organisation des Jeux Olympiques d’Hiver 2026.

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Soyons raisonnable et ne nous emballons pas comme l’avait été Sion pour sa candidature à l’organisation des Jeux de 2006.

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La question primordiale, la Suisse peut-elle obtenir les Jeux ?

Notre système économique libéral, fait que les entreprises privées se doivent de financer de telles manifestations, certes avec le soutien des villes, des cantons et de la Confédération pour une moindre participation. Si les montants sont trop élevés, ou simplement jugé comme tel, le peuple doit donner son accord, les risques étant élevés d’un refus, le financement n’est pas certain.

Puis en contrepartie du financement par les entreprises privées, celles-ci voudront un retour sur investissement non négligeable qui fera l’enrichissement des plus riches, comme toujours.

Les infrastructures et installations pour un tel raout sont-ils suffisants ?  A mes yeux, non !

Même en multipliant les sites sur plusieurs régions et canton, il faudra construire des hôtels, des patinoires et bien plus encore. En sommes-nous capable, probablement oui, mais une fois la manifestation finie, pourrons-nous rentabiliser tout cela ?

 Historiquement, la Suisse a organisé par deux fois les Jeux Olympiques d’hivers, les deux fois à Saint-Moritz. La première fois des Jeux Olympiques d’hiver ne seront pas organisés par le pays qui obtenait les Jeux d’été. En effet, Amsterdam organisait les Jeux d’été en 1928 et comme le pays n’a pas de montagne, il fallait trouver un autre pays pour les Jeux d’hiver. Le règlement de l’époque disait que le pays organisateur des Jeux d’été, organisait aussi ceux d’hiver, la même année.

JO 2026 en Suisse ???

La Suisse fut choisie avec comme ville hôte, Saint-Moritz. On retient que cette année-là, le thermomètre grimpa jusqu’à 25° en Engadine ce qui était un sacré problème pour les compétiteurs et les organisateurs.

La deuxième fois, Saint-Moritz se voyait ville organisatrice pour les premiers jeux d’après-guerre.

La Suisse, pays neutre, n’ayant que peu souffert du conflit avait toutes ses infrastructures debout pour un tel événement. C’était, pour le pays, presque une punition, comme l’avait été le séjour des GI’s aux sports d’hiver dans notre pays en 1945-1946, ceux-ci profitant de nos montagnes et d’une gratuité imposée.

JO 2026 en Suisse ???

L’organisation pouvait encore être dans les possibilités du pays d’accueillir les 28 nations participantes. L’Allemagne et le Japon étant exclus des Jeux.

Par la suite, les Jeux Olympiques d’hiver sont de plus en plus grands, de plus en plus coûteux, avec des scandales qui régulièrement arrivent aux oreilles des gens. Les budgets sont à chaque fois plus élevés, ce qui exclue une petite ville d’une petite région d’un petit pays à prétendre obtenir l’organisation de tels Jeux.

D’après moi il n’est pas envisageable que l’on octroie les Jeux Olympiques à la Suisse, cela couterait trop cher au Peuple. Si la rentabilité et l’équilibre des comptes n’ont pas lieu, le peuple comme toujours en fera les frais.

Mais la dynamique qu’engendre cette envie d’obtenir les Jeux d’hiver, est pourtant très enthousiasment pour beaucoup de personnes, que les Jeux font encore rêver.

À suivre dans nos journaux ce qu’il adviendra de cette envie.

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 17:21

Ce suisse fantasque est peu connu du public. Cependant, sa découverte ou la mise en lumière de ses affirmations sont connues de « presque » tous.

Du noir éclairé

En premier lieu il est connu comme étant l’astrophysicien qui a découvert le plus de supernovæ. Tantôt génial, tantôt bouffon, il est aussi célèbre pour ses mots, comme le fameux Spherical bastards « Cons sphériques ». Soit il se considérait comme supérieurement génial, soit sa folie l’était.

Du noir éclairé

Mais son postulat sur la matière noire, en 1933, n’a pas convaincu grand monde, cependant quarante ans plus tard, on mettait en lumière l’importance de cette matière et son nom revint en avant pour ne plus jamais être oublié, que le découvreur de la matière noire était Fritz Zwicky.

Pour en savoir plus, ici.

 

Ou celui-ci en anglais.

Du noir éclairé
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 17:35

À mes suiveurs, à ceux qui par hasard passent sur mon blog ces jours, je vous souhaite tous mes vœux habituels que l’on s’applique à émettre presque automatiquement, sans la sincérité qui serait de mise, si l’on avait un peu de religion. De nos jours, ce sont les commerçants qui bénéficient de toutes nos faiblesses que l’on a envers nos proches, qui recevront cadeaux et formules depuis longtemps apprises et ressorties sans réfléchir : Joyeux Noël et Bonne Année !

Vœux de fin d’année 2016

Et cette pause de fin d’année est la bienvenue. Oui, j’ai dit « pause », qui signifie bien un arrêt temporaire qui annonce en même temps une reprise, qui une fois passé les fêtes, sera certainement tout aussi intéressante que précédemment.

GTell

P.S. J’ai pris rendez-vous pour une opération de l’œil gauche en janvier, j’espère que ma vision nouvelle sera plus aigüe en 2017 et mes articles plus clairs.

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 18:04

La fête d’Unspunnen

[Cet été (2016), au mois d’août, à Estavayer c’est tenu la Fête fédérale de lutte et jeux alpestres. Sport national, la lutte tient le haut du spectacle et aussi le lancer de la pierre d’Unspunnen. Aujourd’hui ces jeux sont codifiés, encadrés, cela avec une certaines grandiloquence, les officiels, les gens en costumes « historiques », avec un fond de musique folklorique craché par les haut-parleurs. Mais avant cette organisation très bien huilée, la Fête des jeux alpestres avait commencé plus simplement et probablement avec plus d’humilité dans l’esprit de tous. Mais quand même, le patriotisme était « obligatoire », la première fête a eu lieu en 1805, puis la deuxième en 1808. Le texte ci-dessous est tiré d’une brochure éditée par la Fédération nationale des Costumes suisses pour célébrer leurs 20 ans d’existence.]

La fête d’Unspunnen

(1946) Les vingt ans de la Fédération nationale des Costumes suisses méritent d’être célébrés d’une manière mémorable. À la cérémonie, sans réserve ni exception, tous les fédérés sont conviés. Ce n’est pas au hasard qu’Unspunnen leur est assigné pour rendez-vous. Le lieu a été consacré par l’histoire ; on s’y réunissait jadis, tant la prairie se prêtait aux assises populaires. Toutefois celles qu’on y tint en 1805 et 1808 avaient une signification nouvelle. Quelques années auparavant, la Confédération avait sombré dans le désarroi ; l’invasion française était venue dicter des lois à ceux qui n’en avaient jamais reçu d’autrui. En dépit d’un héroïsme farouche, les cantons avaient subi le joug, après de sanglantes batailles. Certes, des fautes nombreuses s’étaient commises ; les Suisses, divisés de maintes manières, avaient perdu l’homogénéité d’antan. Mais la patrie souffrait. Quand la paix lui fut rendue, des gens de cœur lui apportèrent leurs forces morales en offrande, comme ils lui avaient voué naguère leur courage. Un patricien bernois qui avait lui-même combattu à Neuenegg en 1798 et devait devenir le premier président de la Société suisse d’histoire, l’avoyer Frédéric de Mulinen, réalisa l’idée généreuse d’une fête alpestre où le peuple des montagnes, des campagnes et de la ville communieraient dans le même amour du pays. Ainsi naquit la Fête des bergers d’Unspunnen.

Le 17 août 1805, accouraient les montagnards et les armaillis de l’Oberland, des Waldstätten et même d’Appenzell. Les sénateurs de Berne et de bien d’autres villes, accompagnés de la plus élégante société, arrivèrent en équipage ou en bateau à Interlaken, simple petit village, enfoui sous des noyers centenaires. À 7 heures ½ du matin, un cortège coloré partit du château pour monter à la prairie d’Unspunnen, au pied d’une tour en ruine. D’abord marchaient les tireurs, puis les joueurs de cor, les lutteurs, les chanteurs et chanteuses, les arbitres et les magistrats, enfin les organisateurs et les citadins en visite. Dans un amphithéâtre de verdure – et que nous devrons délaisser parce que les installations électriques l’ont défiguré -, la fête se déroula, ouverte au son des fanfares. Le jet du boulet n’était rien, il ne pesait que 36 livres ! [16,33 kg] La pierre que les bergers balançaient sur l’épaule et qu’ils lançaient à dix pas pesait 184 livres [83,46 kg]; c’était une autre affaire. Dans la lutte, un Oberlandais fit des prodiges ; il brandit son adversaire comme une plume et le soûla de pirouettes avant de le précipiter au sol. Après le pique-nique (des tentes avaient été dressées pour les hôtes de marque), les danses commencèrent ; un homme de l’Emmenthal se fit admirer pour son adresse extraordinaire : une bouteille de vin sur la tête, il dansa « l’Allemande » sans verser une goutte du flacon ! La distribution des prix fut confiée à la landammann de Watteville, secondée par Mesdames de Freudenreich et de Graffenried, tandis que l’avoyer en charge de Mulinen, l’ancien landammann de Watteville et le bailli Thormann, procédaient à la proclamation des lauréats, appelés à la tribune par deux hérauts d’armes.

L’enthousiasme avait été grand, la réussite complète. L’avoyer avait trouvé l’appui de ses pairs et la collaboration dévouée des peintres Wagner, ordonnateur de la fête, et König, qui en fut le quartier-maître. Une souscription avait permis de faire dignement les choses. Et l’on entendait ériger la fête en institution permanente. De sorte que l’an 1808, et à la même date (le « jour de Berthold », c’est-à-dire l’anniversaire de Berthold V, duc de Zaechringen, qui avait fondé Berne et qui passait à tort pour avoir bâti le château d’Unspunnen), vit affluer une foule plus nombreuse encore. Afin de dégager nettement les principes de ces Olympiques alpestres, le programme proclamait que le but était de « rapprocher entre elles les diverses classes sociales de tous les cantons, de stimuler l’entente entre les Suisses, de rétablir les jeux, us et coutumes nationaux, de remettre en honneur le chant populaire ». C’était afficher ce que le « Peuple des costumes » réalise aujourd’hui. L’avoyer de Mulinen et tous ses amis méritent de prendre rang parmi les ancêtres spirituels de la Fédération qui atteint ses vingt ans. Le bailli Thormann, l’ordonnateur Wagner, le quartier-maître König furent à la peine, mais ne le regrettèrent pas.

Son Altesse royale le prince héritier de Bavière arriva incognito, le duc de Montmorency, le comte de Grammont* accompagnaient Mmes de Staël et Vigée-Le Brun.

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[*Sans le prénom il est difficile de dire qui est ce comte !]

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Dans des pages célèbres, la baronne a relevé le souvenir de la journée :

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« On a beaucoup parlé d’un air joué par le cor des Alpes, et dont les Suisses recevaient une impression si vive qu’ils quittaient leurs régiments, quand ils l’entendaient, pour retourner dans leur patrie. On conçoit l’effet que peut produire cet air quand l’écho des montagnes le répète. Le soir qui précéda la fête, on alluma des feux sur les montagnes ; c’est ainsi que jadis les libérateurs de la Suisse se donnèrent le signal de leur sainte conspiration. Et les montagnes qui, pendant la nuit, ressemblent à de grands fantômes, apparaissaient comme l’ombre gigantesque des morts qu’on voulait célébrer. »

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« Lorsque la foule des spectateurs fut réunie », et que Madame Vigée-Le Brun, qui était peintre, comparaît à un champ de marguerites, « on entendit venir de loin la procession de la fête, procession solennelle en effet, puisqu’elle était consacrée au culte du passé. Les magistrats paraissaient à la tête des paysans ; les hallebardes et les bannières de chaque vallée étaient portées par des hommes à cheveux blancs. »

Quand ils parurent, les deux illustres amies étaient si émues qu’elles se serrèrent la main « sans pouvoir dire un seul mot ». Les jeux commencèrent, les récompenses suivirent, les hymnes s’élevèrent, le ranz des vaches se fit entendre. Puis la joie se répandit de groupe en groupe et l’on dansa. « Cette fête m’a donné l’idée de la vie », conclut Mme Vigée-Le Brun qui pendant que Mme de Staël se promenait avec le duc de Montmorency, se mit à faire des esquisses, tandis que M. de Grammont tenait sa boîte au pastel.*

 

[* On sait que de ces esquisses a surgi un tableau que le prince de Talleyrand se fit un plaisir d’acquérir et qui est aujourd’hui parmi les collections du Louvre.]

En dépit des intentions premières, cette apothéose patriotique n’eut pas de lendemain. En 1895 et en 1905 cependant, la tradition fut reprise. Mais l’esprit avait changé, l’on pensait davantage à distraire les villégiateurs d’Interlaken, devenu station d’étrangers, qu’à cultiver les principes de l’avoyer d’autrefois. Le cortège montrait des déesses et des elfes, des papillons et des lacustres, des druides,… des vélos et des automobiles ! Epoque bizarre dont nous sommes plus loin que de 1805.

C’est à l’inspiration première que nous voulons revenir. Elle était belle, elle était bonne. Elle est actuelle. Certes, nous aurons moins d’altesses et d’excellences, ou du moins elles seront avec nous, dans nos rangs, non point séparées du peuple, mais unies à lui, en sorte que l’idée des premiers inspirateurs vivra comme ils eussent désiré qu’elle grandît. Nous aurons nos lutteurs, nos joueurs de cor, nos arbalétriers, nos bannerets. Sur la même prairie, la race des bergers déploiera ses traditions autochtones, ses chants et ses danses. Et les plus hauts magistrats, ceux que nous nous sommes donnés librement, par notre constitution démocratique, seront au milieu de nous.

Car nous allons ensemble la main dans la main. L’union que nous avons retrouvée nous ne la laisserons pas dissoudre. Petit peuple d’un petit pays, nous avons aussi une civilisation nouvelle, notre siècle verra le printemps succéder à l’hiver. Le vieux tronc n’est pas mort ; les branches pourries s’émondent et les jeunes pousses reverdissent. Il faut respecter les racines. On ne doit pas dire que l’âge d’or ne reviendra plus. Il nous appartient, il est devant nous. À nous de le saisir ! Nous irons à Unspunnen.

 

Le Comité central.

La Fédération nationale des costumes suisses 1926-1946

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 16:43

La découverte de l’Alabama

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Au cours d’incursions, limitées par sécurité à une quinzaine de minutes, les plongeurs-démineurs de la Circé réalisent un film vidéo du site. On y découvre l’épave très ensouillée, cernée par une dune de sable. Un plan sommaire mais suffisamment explicite est également dressé, où figurent des canons, des ancres, une cheminée, des assiettes éparpillées à même le fond et des débris de tissu émergeant des sédiments. Dans sa partie haute, le gisement sur lequel personne n’ose encore mettre le nom d’Alabama, dépasse d’à peine trois mètres du fond de sable et, chose curieuse, une grande partie de l’épave apparaît recouverte d’un épais tapis de coquilles de moules vides.

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La découverte reste à peu près secrète et le dossier est confié avec l’aval de la Direction des recherches archéologiques sous-marines du ministère de la Culture, au commandant Guérout. Ce dernier, bien connu pour ses précédentes campagnes de fouilles sous-marines (en particulier sur l’épave génoise de Villefranche, la Slava Rossilli à l’île du Levant, la flûte La Baleine à Port-Cros ou le vesseau Le Patriote en Egypte), s’attache avant tout à déterminer l’identité de l’épave retrouvée. Il analyse la répartition et les caractéristiques des objets découverts sur le site : la coque en bois, les fragments de mâts, le charbon, la cheminée et la claire-voie, les pièces d’artillerie et surtout trois assiettes manufacturées dans les ateliers du Stafforshire. Pas de doute, en décembre 1984, on en est sûr : l’épave retrouvée est bien celle de l’Alabama !

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Dans le microcosme de l’archéologie sous-marine, la nouvelle de la découverte, vite éventée, fit rêver. À soixante mètres sous la surface, loin des effets ravageurs de la houle, le navire pouvait s’être relativement bien conservé.

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Le commandant Guérout, homme de passions, décida alors de consacrer l’essentiel de son énergie et de son temps à ce qui peut devenir le projet-phare de la décennie en matière d’archéologie sous-marine « industrielle ». Pour l’ancien pacha du Triton, le bâtiment de plongée profonde de la Royale, l’opération Alabama doit pouvoir jouer le rôle d’une vitrine du savoir-faire français en matière d’intervention sous la mer tout en dynamisant les énergies. L’approche ici se veut rigoureuse, objective, scientifique : pas d’appropriation privée du produit des fouilles, pas de surenchère médiatique. Le Titanic a divisé Français et Américains. L’Alabama peut les réconcilier. Des deux côtés de l’Atlantique, des liens se nouent. De ces contacts s’ébauchent peu à peu les contours d’un projet fou : renflouer l’Alabama !

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Dès l’automne 1987, se constitue à Washington une équipe scientifique composée de chercheurs français, américains et anglais. Une autre, de droit français, se crée à Paris sous la présidence de Mme Ulane Bonnel, de l’Académie de Marine, présidente de la Commission française d’histoire maritime, à la double nationalité, française et américaine. Parmi les membres fondateurs : M. William Wright, le descendant de Raphael Semmes…

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Certes, les outrages de la mer et du temps, sans même évoquer les dégâts occasionnés par le feu du Kearsarge, peuvent irrémédiablement condamner ce qui n’est encore qu’une idée motrice. C’est pourquoi depuis le début du mois de mai 1988, des plongées d’observation ont lieu lors des « créneaux » laissés par le courant, à seule fin de dresser un « état des lieux » aussi précis que possible tout en recourant aux techniques les plus fines de la vidéo photogrammétrie. S’il se révèle à l’issue de cette première campagne de documentation que la carène, les structures du navire peuvent subir les contraintes d’un renflouement et si le montage financier l’autorise, rien n’interdit d’imaginer alors un jour prochain le retour en surface de l’Alabama. L’industrie du sauvetage est coutumière du miracle et en la matière les vrais obstacles relèvent plus de l’économique que de la technologie. Exemple parmi d’autres, en 1966, la firme hollandaise Van den Tak renflouait de cinquante-deux mètres de profondeur un cargo danois de quatre mille deux cents tonnes (plus de quatre fois l’Alabama), le Martin S, coulé au large du Groenland, contrée sans grand-chose à envier au Cotentin pour la violence de ses dépressions.

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Alabama [2]

Plongée dans le mythe

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Mardi 24 mai 1988. À soixante mètres sous la surface, tâtonnant dans la nuit liquide, le cerveau déjà embué par les premiers effets d’une ivresse des profondeurs toujours menaçante, nous découvrons enfin, les yeux écarquillés, l’épave fameuse à laquelle nous avons tous tant rêvé depuis dix ou quinze ans. L’Alabama ! Ce seul mot résonne dans nos têtes alors qu’avec des gestes précautionneux, nous nous déhalons plus que nous ne nageons le long d’un bordé émergeant du sable où naguère Semmes et les siens avaient dû s’accouder à plus d’une reprise pour mieux toiser l’ennemi…

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L’épave nous semble très vaste et, comme une maison hantée, n’a d’abord que des mystères à offrir. À ce stade des explorations et compte-tenu de la profondeur, il est exclu de vouloir la reconnaître d’un coup, de la poupe à l’étrave. Les faisceaux de nos lampes révèlent un peu partout un extraordinaire fouillis d’objets où, dans des trous d’ombre, l’éclat du bronze et du cuivre palpite comme de l’or.

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Au centre du gisement, la cheminée, absolument intacte, pointe vers la surface. Trois plongeurs pourraient s’y tenir à l’aise. Ici et là, des canons basculés appuient de tout leur poids sur ce qui est peut-être le pont supérieur. Nos palmes soulèvent des nuages et la faible visibilité nous oblige à dérouler des filières, précieux fils d’Ariane qu’il ne faut quitter sous aucun prétexte. Là-bas, dans le noir, un vieux chalut déploie patiemment ses pièges… Mais l’air de nos bouteilles s’épuise ! Les minutes filent, trop rapides. À la quatorzième, alors que nous voudrions tant rester, il faut remonter. Impérativement. S’arracher à la torpeur, à l’ivresse qui gagne malgré le froid, à l’hypnose peut-être d’une véritable incursion dans l’Histoire. En surface, tandis que sur la côte les contreforts lointains de La Hague s’estompent dans un camaïeu de gris et de coulées fauves, les mots s’avèrent impuissants à décrire les sensations ressenties. Nous savons seulement que ces premières plongées sur l’Alabama marquent le début d’une grande aventure.

Une épave fascinante et convoitée, par Patrice Enault. (L’auteur de ce texte a participé à une campagne de plongée sur l’épave du navire.)

Bibliographie : Charles Grayson Summersell : CSS Alabama, Builder, Captain, and Plans : the University of Alabama Press. Cet ouvrage présente une bibliographie très complète sur le sujet.

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[Commentaires : Voilà, c’est fini pour vous et moi, des aventures autour du CSS Alabama, navire corsaire réputé. Le sujet est bien vaste au regard des livres et des sites Internet qui nous parlent de ce navire devenu mythique. Après la découverte et les premières plongées, il est apparu qu’un renflouement était exclu. Reste les objets qui ont valeurs de témoignage et pouvant, bien sûr faire le bonheur d’un musée. Je vous donne un lien permettant de voir quelques objets retirés des fonds obscursObjets

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Vous aurez suivi l’Alabama de Liverpool à Cherbourg en passant par Genève. Vous aurez peut-être remarqué le nom du capitaine Semmes, qui est un palindrome. Vous aurez rêvé de navigué dans les mers chaudes à la poursuite de navires, de combats épiques, tous cela à la lecture du premier Arbitrage de l’Alabama, Genève 1872.]

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 17:01

[À la question que l’on se pose après avoir suivi les actes des uns et des autres, jusqu’à la décision finale du tribunal d’arbitrage, qu’est devenu l’Alabama après son naufrage ? Je ne pouvais laisser mes suiveurs dans le noir et la logique veut que l’on se penche ensemble sur l’aventure, sur la suite, des récits qui concernent le célèbre navire, bien que cela n’ait plus rien à voir avec la Suisse. La suite sera nommé simplement par : Alabama]

La recherche du lieu du naufrage

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Où gît exactement l’Alabama ? La question a toujours fasciné les historiens et, pour des raisons peut-être plus prosaïques, les chasseurs d’épaves. Dès le soir du combat, à la demande de l’empereur Napoléon III, l’amiral Dupouy écrivait : « Le combat a eu lieu à quinze milles au Nord, Nord-Est du môle du fort central de la digue. L’Alabama a coulé dans le Nord, Nord-Ouest de ce même fort à huit milles. » Touchante imprécision… Curieusement, malgré la foule réunie devant la scène, pas un observateur n’a apparemment songé à prendre des relèvements précis.

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L’amiral Porter, dans son Histoire de la guerre civile américaine sur mer (1886) s’applique le premier à lever une carte du naufrage. Mais l’échelle inadaptée et l’imprécision des données ne la font cependant considérer que comme un indice supplémentaire. Toutefois, ce dernier, et d’autres éléments patiemment recoupés d’après les documents d’archives, suffisent pour qu’en juillet 1962, une équipe de spécialistes du Service hydrographique de la Marine entreprenne – semble-t-il pour la première fois – une campagne de prospection in situ, pour une durée hélas limitée à trois jours.

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La compilation des écrits d’époque donne deux positions « probables » :

  • À 335°5’ et 6,0 milles de la vigie du Homet ;
  • À 331°5’ et 6,6 milles de la vigie du Homet.

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Mais, ainsi que l’indique dans son rapport le responsable de l’opération : « La date ancienne du naufrage, l’incertitude sur sa position et la nature de l’épave rendent à peu près nulle la probabilité de la découverte de celle-ci, qui n’a d’ailleurs aucun intérêt hydrographique. »  De fait, à l’issue des trois jours de sondages et d’explorations au sonar, trois nouvelles épaves sont reconnues et portées au fichier du Service hydrographique, mais aucune d’entre elles ne présente les caractéristiques de la « cible »…

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Un trésor à bord ?

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Cette carence rend les prospections difficiles dans une zone où, de surcroit, les vestiges de deux guerres encombrent les fonds.

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Que Semmes ait à chaque prise fait passer à son bord tout ce que sa victime pouvait transporté de précieux ne fait pas l’ombre d’un doute, et son journal est truffé de réflexions désabusées sur ce goût du lucre qui caractérise selon lui la psychologie nordiste. La prise de l’Ariel, par exemple, donne lieu à l’embarquement de trois coffres de valeurs à bord de l’Alabama et il est à peu près indéniable qu’en arrivant à Cherbourg, le corsaire était un treasure-ship de la plus belle espèce.

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Mais la lecture des rapports et de la correspondance diplomatique montre – hélas, pour les chercheurs de trésors – que l’Alabama n’est probablement pas allé au combat les cales pleines. La veille du duel, les membres de l’équipage ont dû remettre à M. Bonfils, consul des Confédérés à Cherbourg, leurs objets de valeur avec l’adresse de leur famille. Le même jour, le commandant de l’Alabama a déposé pour vingt mille dollars en lingots d’or à la douane (qui les consigna). Semmes avait dans sa cabine quarante-cinq chronomètres de marine soigneusement entretenues, provenant des navires capturés. Il exprima le désir de les vendre à des commerçants de Cherbourg mais l’autorité militaire du port s’y opposa. Sont-ils restés à bord ? Dans un rapport du 22 juin 1864 tendant à démontrer la collusion ayant existé entre John Lancaster, le propriétaire du yacht anglais Deerhound qui assista de près à l’affrontement, et les hommes de l’Alabama, Dayton, le ministre américain à Paris affirme que « Semmes fit porter à bord du Deerhound des chronomètres à trois heures du matin le jour du combat, après avoir au préalable mis en sécurité pour cent vingt mille francs en bijoux et valeurs »…

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Reste qu’avec ou sans trésor, l’épave mystérieuse continue de fasciner et au fil des années, les fonds d’archives locaux se voient épisodiquement saisis de demandes tendant à déterminer la position réelle de l’Alabama.

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Alabama

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Reste qu’avec ou sans trésor, l’épave mystérieuse continue de fasciner et au fil des années, les fonds d’archives locaux se voient épisodiquement saisis de demandes tendant à déterminer la position réelle de l’Alabama.

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Certains chercheurs s’acharnent. Des Anglais, de Américains tel l’écrivain Clive Cussler, auteur du best-seller Renflouez le Titanic ! [Le livre est beaucoup mieux que le film. Opinion personnelle.] et grand découvreur d’épaves historiques. Cussler passe huit jours à Cherbourg en 1984 sans parvenir à obtenir des autorités militaires l’autorisation de ratisser au sonar latéral la zone probable du naufrage, pour cause de sous-marins nucléaires…

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La présence de Cussler et de son équipe à Cherbourg n’est évidemment pas passée inaperçue dans la Royale. Cela n’a pas manqué d’exciter l’ardeur des équipages de chasseurs de mines basés dans le port. La présence quasi mythique de l’épave mystérieuse quelque part dans le nord des digues, prend de plus en plus chez eux l’allure d’une insupportable provocation. Si le sonar de coque ultra-performant des chasseurs peut détecter une simple boite de conserve posée par soixante mètres de profondeur, pourquoi échouerait-il à repérer un grand navire en bois que le fond de sable n’a probablement pas entièrement englouti ?

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C’est peut-être ce genre de réflexions qu’a en tête le commandant Duclos lorsque le 30 octobre de la même année, son navire, le chasseur de mines Circé, appareille du port militaire pour entreprendre au sonar de coque le balayage systématique de la « zone d’incertitude ». Moins de trois heures plus tard, l’opérateur-sonar annonce la présence d’un grand gisement, apparemment en bois, d’environ 70 mètres de long, 9 de large, reposant par 58-60 mètres de fond par le travers de Querqueville.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 17:05
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
Arbitrage de l’Alabama Genève 1872 [La Décision]
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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 17:14

Un duel en mer

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La fatidique carrière de l’Alabama ne prit fin que vingt-deux mois après son évasion d’Angleterre. Usé par sa tumultueuse course, il entrait, le 11 juin 1864, dans le port de Cherbourg pour y faire relâche. Une correspondance particulière du « Journal de Genève » notait que « le fameux corsaire du Sud* avait subi de grave avaries ; en revanche, poursuivait le journal, il paraît avoir fait des prises considérables, et l’on prétend même que sa dernière campagne a produit pour chaque matelot une part de 60 000 francs. Si cela est exact, que doivent être les parts des officiers ? »

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*Les Nordistes avaient tendance à considérer l’Alabama comme rien d’autre qu’un navire pirate ; les Sudistes prétendaient qu’il s’agissait d’un navire de la marine de guerre régulière de leur État. Les neutres l’ont généralement qualifié de corsaire, bien que l’on puisse se demander si, techniquement, il correspondait tout à fait à la définition du corsaire.  Rappelons seulement que, jusqu’à la guerre de Sécession, les États-Unis n’avaient pas adhéré à la « Déclaration de Paris » (1856) abolissant la course ; cette circonstance permit à l’Alabama et à ses émules de faire relâche dans des ports neutres sans être considérés comme hors-la-loi. Néanmoins, le fait que les équipages étaient à majorité britannique et qu’ils recevaient des parts de butins, le fait surtout que Semmes brûlait en haute mer les bâtiments capturés après un simulacre de jugement, nous permettent de taxer ce navire comme étant, au moins de facto, un corsaire.

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Le capitaine Semmes demanda au préfet maritime de la région la permission de mettre son navire sur cale pour y effectuer quelques réparations. Le cas étant douteux du point de vue de la neutralité française, des instructions furent demandées à Paris. Mais voici que le croiseur USS Kearsarge, en patrouille dans la Manche, fit son apparition. L’Alabama avait jeté l’ancre à l’intérieur de la digue de Cherbourg ; le Kearsarge se posta en dehors de celle-ci, surveillant son adversaire ; chaque soir, il tirait des bordées un peu au large puis revenait, vers dix heures, à très petite distance de l’Alabama.

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Les autorités françaises craignirent de voir le bassin de Cherbourg devenir le théâtre d’un combat naval : en octobre 1863, un incident armé avait déjà failli se produire dans le port de Brest entre le Florida et le Kearsarge. Quant au capitaine Semmes, il se lassa de cette provocation renouvelée quotidiennement par le commandant du croiseur fédéral, Winslow, son ancien camarade d’études : il fit savoir publiquement qu’il sortirait de la rade de Cherbourg le dimanche matin 19 juin, entre 8 et 10 heures.

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Ce jour-là, « la digue, les mâts des navires dans le port militaire et dans la rade, les hauteurs environnant la mer étaient, dès huit heures, complètement couverts de monde », relatait le correspondant particulier du « Journal des Débats ». Une dépêche parue au « Journal de Genève » précisait qu’un « train de plaisir » avait amené mille cinq cents curieux de la capitale française. Notons que le peintre Edouard Manet prit place à bord d’un voilier pour admirer de près l’impressionnante scène et la fixer sur une toile.

 

Combat naval, tableau d'Edourd Manet, Musée des Beaux-Arts Philadelphie

Combat naval, tableau d'Edourd Manet, Musée des Beaux-Arts Philadelphie

Les deux navires étaient de force à peu près égale. L’Alabama était armé de huit canons. Le navire fédéral n’en avait que sept, mais de calibre supérieur ; il était, en outre, protégé par un blindage fait de grosses chaînes ; enfin, c’était là un véritable vaisseau de guerre, tandis que son adversaire n’avait remporté que des victoires faciles contre de pauvres navires de commerce sans défense. L’envoyé spécial du « Journal des Débats » poursuivait ainsi son récit : « Sorti de la rade à 10 heures et surveillé de loin par la frégate cuirassée Couronne, qui devait empêcher que le combat n’eût lieu dans les eaux françaises, l’Alabama mit aussitôt le cap sur le Kearsarge, dans l’intention sans doute de s’accrocher à lui et de monter à l’abordage. Par une manœuvre habile, le navire fédéral s’éloigne à toute vapeur, et quand il voit le navire confédéré lancé à sa poursuite, il s’arrête et lui envoie sa première bordée. Alors a eu lieu un tournoi maritime des plus brillants. Les deux navires, tournant sans cesse dans une ellipse fort restreinte, sont passés sept fois en travers l’un de l’autre, se lâchant chaque fois des bordées presque à bout portant. À la septième passe, un boulet, ayant pénétré dans la machine de l’Alabama, qui n’était point garantie par un blindage, y a occasionné de tels ravages que nous, spectateurs de la digue, nous croyions, en voyant la fumée s’échapper avec une intensité insolite, que l’incendie était à bord du corsaire confédéré ; la marche par la vapeur devenant impossible pour lui, l’Alabama fut obligé de déployer ses voiles et de chercher à rentrer dans la rade, abandonnant un combat désormais par trop inégal. Le Kearsarge se mit à sa poursuite, parvint à lui couper le passage, et l’on s’attendait avec anxiété à voir la lutte recommencer de plus belle, lorsqu’on vit le navire fédéral cesser le feu tout d’un coup et hisser son pavillon au grand mât en signe de victoire. Les boulets du vaisseau fédéral avaient presque tous pénétré dans la coque du corsaire confédéré, tandis que ceux de ce dernier, passant par-dessus les bastingages, avaient été ricoché et se perdre dans la mer. » (« Journal des Débats », 22 juin 1864.)

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Réclamations américaines

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Un dernier épisode de l’odyssée de l’Alabama entra dans le contentieux anglo-américain. Un riche anglais, venu en yacht sur la scène du combat, recueillit à son bord une partie de l’équipage en détresse. Le ministre C. F. Adams s’en plaignit à lord Russell, lui faisant valoir que le Kearsarge avait été ainsi spolié du prix de sa victoire : les marins corsaires auraient dû normalement périr dans les flots ou être faits prisonniers !*

*Douze marins de l’Alabama périrent en mer à la suite du combat ; les survivants furent recueillis par de petits bateaux français, par les canots du Kearsarge et par le yacht britannique Deerhound.

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Cette plainte était la dernière d’une longue série. Dès l’été 1862 et au fur et à mesure que les sinistres exploits de l’Alabama avaient été enregistrés, le State Department avait présenté des réclamations au Foreign Office. Elles avaient pour but de préserver les droits de son pays à une future compensation pour dommages subis par la faute des Anglais. Elles avaient aussi pour objectif immédiat de faire pression sur le Gouvernement britannique pour l’amener à empêcher la sortie de nouveaux Alabamas des chantiers navals anglais. Car le 290 avait à peine quitté ses cales de Liverpool que l’agent Bulloch signait un autre contrat avec la firme Laird pour le lancement de nouveau bâtiments, de conception plus audacieuse que les précédents. Il s’agissait de deux cuirassés au caractère militaire absolument évident. Ils étaient conçus pour la guerre d’escadre et non pour la guerre de course, comme l’avaient été le Florida et l’Alabama. Un puissant éperon d’acier sur leur proue attirait l’attention des spécialistes : cette particularité leur paraissait peu utile pour le combat naval proprement dit mais pouvait se révéler efficace contre les vieux bateaux de bois qui maintenaient étroitement le blocus des ports sudistes. L’opinion publique et la presse des États-Unis, elles, s’émouvaient de la mise en chantier de ces forteresses flottantes qu’elles prétendaient destinées à ravager les villes sans défense de leurs côtes.

Cette fois, Russell prit une mesure énergique ; la construction des deux cuirassés achevée, il les acheta d’autorité pour le compte de l’État.*

*Cette mesure n’était pas tout à fait légale et posa un réel cas de conscience à l’homme d’État anglais ; mais le risque était trop pressant : « Il serait inutile de faire remarquer à Votre Excellence » qu’en cas de livraison de ces navires à la Confédération, « c’est la guerre », lui avait annoncé C.F. Adams, le 5 septembre 1863.

[Bien entendu, les Anglais ne voulaient pas d’une guerre avec les Américains. Bien que l’Empire était la plus grande puissance du moment, que pouvait-on réellement connaître des forces et de la volonté des Américains ?]

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 16:26

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Nous quittons à proprement dit la Suisse et l’apport que pouvait apporter le pays au reste du monde, pour raconter les événements qui commencèrent bien loin de la Suisse. Voici l’histoire de l’Alabama et des autres navires incriminés.

Blocus et livraisons d’armement

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Contrairement à ce qu’avait prévu la diplomatie britannique, le blocus décrété par Lincoln se révéla assez efficace. Évidemment, il fut impossible de surveiller rigoureusement un littoral de plus de trois mille kilomètres d’étendue, riche en baies et criques d’accès aisé pour des bateaux de faible tonnage. Mais les principaux ports du Sud, les seuls utilisables pour l’exportation des volumineuses balles de coton, furent progressivement fermés à la navigation.

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Pour ce qui était des armes et munitions les insurgés n’eurent cependant pas trop de peine à s’en procurer au dehors, c’est-à-dire essentiellement en Grande-Bretagne. Le commerce des armements était considéré comme chose absolument privée ; les particuliers des États neutres avaient le droit d’expédier du matériel de guerre là où bon leur semblait, la seule restriction étant qu’ils ne pouvaient réclamer de protection diplomatique en cas de saisie dans les zones soumises à un blocus effectif. Les agents militaires sudistes eurent donc la tâche facile : ils achetaient des armes en Angleterre et les faisaient expédier sur bateaux anglais jusqu’à une quelconque possession de la Couronne proche des côtes américaines, Bermudes ou Bahamas. Là, les cargaisons de guerre étaient transbordées sur de légers voiliers sudistes, lesquels avaient de fortes chances d’échapper aux patrouilleurs « yankees ».

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Ce trafic avait de quoi irriter l’opinion publique aux États-Unis. Mais que faire ? Se brouiller avec l’Angleterre n’aurait fait qu’arranger les choses pour les rebelles. [La première puissance du monde à ce moment-là de l’histoire est l’Angleterre.] Protester était inutile car la position britannique était juridiquement inattaquable et forte des précédents établis par le Gouvernement américain. En 1793, le président Thomas Jefferson n’avait-il pas soutenu contre l’Angleterre le droit pour les citoyens neutres de son pays d’exporter des armes et des munitions vers l’Europe soumise au blocus anglais ? Lors de la récente guerre de Crimée, la diplomatie américaine n’avait-elle pas fait valoir le même principe ? D’ailleurs les États-Unis n’effectuaient-ils pas en ce moment même des achats d’armement à l’Angleterre, plus massifs que ceux de la Confédération sécessionniste ?

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Le problème des bateaux de guerre

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Mais bientôt les Sudistes ne désirèrent plus seulement recevoir des armes pour équiper leurs soldats. Ils voulurent encore des vaisseaux de combat pour se livrer effectivement à cette guerre de course déclarée en avril 1861 par leur président. Incapables de se créer une marine militaire pour s’attaquer aux bateaux de commerce de l’Union et pour desserrer l’étau qui les asphyxiait peu à peu, ils envisagèrent de passer des commandes à cet effet dans les chantiers navals anglais.

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Or, pareille livraison était expressément interdite par les lois de neutralité anglaises. Pas question donc pour les agents militaires sudistes, de lancer ouvertement des bâtiments de guerre dans les ports anglais. Mais pourquoi ne pas tenter de tourner la loi, en jouant sur les faux-semblants et en comptant sur des complicités plus ou moins occultes ? D’autant que la législation en vigueur en Angleterre ne permettait la saisie d’un navire suspect que sur preuve en bonne et due forme d’un délit caractérisé. Une présomption, aussi forte fût-elle, ne suffisait pas. Et en cette matière, la procédure anglaise était particulièrement exigeante.

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Bulloch, l’agent confédéré chargé des commandes d’armement en Angleterre, consulta des experts anglais. À condition, conclurent-ils de respecter la lettre du « foreign enlistment act » qui définissait les obligations de neutralité anglaises, il y aurait certainement moyen d’en violer impunément l’esprit. Seulement, quelques précautions élémentaires étaient à prendre. Il ne fallait pas avouer officiellement que le Gouvernement confédéré était l’acquéreur des bateaux, et n’installer des canons à bord qu’une fois les vaisseaux sortis des eaux territoriales britanniques.

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L’Oreto-Florida

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En mars 1862, le premier bateau lancé dans ces conditions quittait le port de Liverpool. C’était un beau trois-mâts portant le nom d’Oreto. Un homme de paille anglais avait été chargé de la commande, soi-disant destinée au Gouvernement italien. Que ce bateau, percé pour recevoir six canons, fût en réalité construit pour le compte du Sud, c’est ce que le consul américain à Liverpool n’avait pas tardé à apprendre. Lord Russell, chef du Foreign Office, en fut averti par les soins de C. F. Adams, le ministre plénipotentiaire américain accrédité auprès de lui. Russell se contenta de transmettre la plainte de la Légation américaine à l’administration des douanes de Liverpool ; celle-ci accepta aveuglément les fausses déclarations produites. L’Oreto put partir sans encombre et mettre le cap sur le golfe du Mexique. À l’escale de Nassau, il fut rejoint par un vapeur sudiste arrivant avec un chargement de canons. Cette curieuse coïncidence attira l’attention du consul américain dans l’île, lequel porta plainte auprès du gouverneur de la possession britannique. Un procès s’ensuivit, au cours duquel le capitaine de l’Oreto fut acquitté dans d’étranges conditions. Peu après, l’Oreto reçut, à l’abri des regards indiscrets, les canons et la poudre nécessaires pour en faire un navire apte à la guerre de course. Conservant son équipage britannique, il gagna le port confédéré de Mobile, reçut le nom de Florida et commença sa carrière de corsaire sudiste. [Le Florida fut capturé le 7 octobre 1964 dans le port de Bahia (Brésil), en violation flagrante de la souveraineté brésilienne, par le croiseur USS Wachusett.]

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L’équipée de l’Alabama

L’acquittement de l’Oreto-Florida fut un bel encouragement pour les insurgés car, dans le même port de Liverpool, s’achevait alors la construction d’un autre navire, destiné au même usage mais beaucoup plus perfectionné. Il portait, pour l’heure, la désignation de N° 290. C’était le futur Alabama, qui allait bientôt devenir célèbre par ses déprédations et donner son nom à toute l’affaire des bateaux lancés en Angleterre pour le compte des Confédérés. Le 290 avait été commandé en secret par Bulloch à la maison de construction navales Laird, dont l’un des chefs siégeait au Parlement de Westminster. Par précaution, on avait fait courir le bruit qu’il était destiné au Céleste-Empire. Le consul américain apprit sans peine que ce n’étaient pas les Chinois qui l’avaient mis en chantier : c’était le secret de polichinelle de la ville.

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Le ministre Adams attira l’attention de lord Russell sur le 290, dont la construction était en voie d’achèvement. Une nouvelle fois, celui-ci se contenta de transmettre l’affaire aux commissaires de la douane à Liverpool, lesquels estimèrent qu’il n’existait pas de base juridique concluante pour opérer une saisie. Le mois suivant, nouvelle communication de C. F. Adams à Russell, accompagnée d’un dossier plus étoffé et réaction identique de la part de ce dernier. Cependant, quelques jours plus tard, le chef du Foreign Office sortait quelque peu de son flegme lorsque le ministre américain lui transmit l’expertise d’un éminent juriste anglais : l’obligation, pour le Gouvernement de Sa Majesté, de séquestrer le 290 y était clairement établie. Russell demanda une contre-expertise urgente aux jurisconsultes attitrés de la Couronne. On perdit du temps : la malchance voulut que le premier spécialiste à qui le cas fut soumis venait de perdre la raison ; le sacro-saint week-end britannique fit le reste. La saisie du 290 fut finalement fixée au lundi après-midi 28 juillet 1862 : le matin du même jour, une fuite mystérieuse lui permettait de prendre le large sous un faux prétexte. Russell, se voyant joué, voulu réparer ses négligences passées en demandant à la marine britannique de poursuivre le fugitif, et aux autorités portuaires de la Couronne de s’en emparer s’il entrait sous leur contrôle. Mais le Cabinet refusa d’adopter cette mesure. Le 290 gagna tranquillement les Açores, où il fut rejoint à son tour par un vapeur lui amenant canons et munitions ; une fois armé, il fut baptisé Alabama et fut enrôlé comme corsaire sudiste avec la quasi-totalité de son équipage anglais.

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Commandé avec compétence et dureté par le capitaine Semmes, l’Alabama traversa plusieurs fois l’Atlantique, parcourut le golfe du Mexique, longea les côtes du Brésil, passa le cap de Bonne-Espérance, croisa jusque dans l’océan Indien, toujours à la poursuite des vaisseaux de commerce et des bateaux de pêche américains. Il effectua plus de soixante prises, la plupart brûlées en haute mer. Les primes d’assurances payées par les compagnies de navigation arborant le drapeau étoilé des USA montèrent en flèche, tant et si bien qu’une partie notable du commerce transocéanique américain fut transférée à des firmes d’États neutres. L’Angleterre en fut la première bénéficiaire. [Comme de juste !]

À suivre, demain le duel en mer

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 16:53

Liens utiles à la compréhension de cet arbitrage célèbre.

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Arbitrage (droit)

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Réclamation de l’Alabama

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Corsaires

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Yankee 

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Hôtel de ville Genève

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Charles Francis Adams, Sr.

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Fitzmaurice

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Annexes

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LES TROIS RÈGLES

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Énumérées à l’article VI du Traité de Washington

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Un gouvernement neutre est obligé :

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  1. A faire toutes les diligences nécessaires pour s’opposer dans les limites de sa juridiction territoriale à ce qu’un navire soit mis en mesure de prendre la mer, à ce qu’il soit armé ou équipé, quand ce gouvernement a des motifs suffisants de penser que ce bâtiment est destiné à croiser ou à faire des actes de guerre contre une puissance avec laquelle il est lui-même en paix. Ce gouvernement doit faire également toutes les diligences nécessaires pour s’opposer à ce qu’un navire destiné à croiser ou à faire des actes de guerre, comme il est dit ci-dessus, quitte les limites de sa juridiction territoriale, dans le cas où il aurait été spécialement adapté, soit en totalité, soit en partie, à des usages belligérants.
  2. Un gouvernement neutre ne doit ne permettre ni tolérer que l’un des belligérants se serve de ses ports ou de ses eaux comme d’une base d’opération navale contre un autre des belligérant ; il ne doit ni permettre ni tolérer non plus que l’un des belligérants renouvelle ou augmente ses approvisionnements militaires, qu’il se procure des armes ou bien encore qu’il se procure des hommes.
  3. Il est tenu de faire toutes les diligences requises dans ses ports et dans ses eaux, en vue de prévenir toute violation des obligations et devoirs ci-dessus énoncés ; il agira de même à l’égard de toutes les personnes qui se trouvent dans sa juridiction.
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