L’élan de charité en faveur des victimes fut magnifique. De toute part, du Valais, de tous les cantons suisses, de l’étranger aussi, les dons
affluèrent. Des travailleurs vinrent en grand nombre de toutes les localités de la plaine et de la montagne, depuis Monthey jusqu’à Sion, pour aider à la remise en état des routes, des ponts
et des digues. Une commission pour la répartition des dons fut nommée, sous la présidence du Prévôt de la maison du Grand St-Bernard. Le Gd Bailli proposa de prélever une quarantaine de mille
francs pour des travaux, afin d’empêcher le retour de semblables événements. Cette proposition fut acceptée par les cantons et le conseil d’Etat. L’avenir, en effet, était inquiétant :
le glacier subsistait, les chutes de glace aussi, la tranchée allait se remplir et les mêmes dangers se reproduiraient. Ce fut la grande préoccupation de Venetz. Le 24 juillet 1818 déjà, il
accompagne Escher de la Linth au Giétroz ; il est très pessimiste.
Le doyen Bridel déploya une grande activité pour recueillir les dans en faveur des populations sinistrées… En juillet 1818, avait lieu à
Lausanne la session de la SHSN (Société Helvétique des Sciences Naturelles, aujourd’hui Académie suisse des sciences naturelles.). Bridel écrit au chef du gouvernement valaisan pour
le prier d’autoriser l’ingénieur Venetz à participer à cette réunion. Il espérait que la vue du directeur des travaux du Giétroz, que les détails qu’il serait à même de donner à cette réunion
de savants, que les rapports qu’il pourrait établir avec plusieurs étrangers de distinction favoriseraient la générosité. C’est bien grâce aux exhortations et aux prières du doyen que la
collecte du canton de Vaud a été, après celle du canton de Berne, la plus fructueuse de la Suisse.
A la session de la SHSN à Lausanne, Bridel lut la relation de sa deuxième excursion dans la vallée de Bagnes ; Venetz était présent.
Avec Escher, il avait modelé un relief de la vallée qui avait été mis sous les yeux de l’assemblée. Escher donna aussi un compte-rendu de son voyage ; son rapport verbal fut publié. Son
récit concorde avec celui de Bridel. Il s’attache à montrer que, si la tranchée n’avait pas été creusée, le volume d’eau aurait été de 1700 millions de pieds cubes, au lieu de 530
millions ; la débâcle aurait été retardée d’environ un mois et serait arrivée vers le 20 juillet, au moment des hautes eaux du Rhône, ce qui aurait produit une inondation de toute la
plaine comprise entre Martigny et le Léman.
Il étudie aussi le moyen de prévenir des événements semblables. Il n’existe, dit-il, qu’une seule mesure pour mettre cette vallée à l’abri de
tels désastres, c’est d’ouvrir une galerie souterraine dans les rochers de Mauvoisin, assez longue pour que son entrée et sa sortie ne risquent pas d’être encombrées par les chutes de glace.
Il donne des données techniques à l’assemblée sur l’ouvrage à faire.
Résumé des phases principales de ce drame.
Dès que les autorités cantonales et celles des communes de vallée de Bagnes et de Martigny ont connaissance de la formation du la et des
dangers qu’il représente, on nomme des commissaires, puis une commission centrale, et l’Etat charge l’ingénieur Venetz d’étudier les moyens de prévenir ou du moins d’atténuer une
catastrophe.
Seul Venetz se rend compte de la situation ; les autres se rassurent en pensant que le barrage de glace est trop grand pour qu’il puisse
être emporté. Venetz craint que le bouchon, formé pendant l’hiver, cède sous la pression de l’eau : ce serait la catastrophe.
Pour la prévenir, il ne voit qu’un moyen : creuser une tranchée dans la glace, au point le plus bas, pour empêcher le lac d’atteindre
son maximum ; l’eau s’écoulera et l’approfondira graduellement ; ainsi le lac se videra sans dommage. Solution théorique élégante, mais elle présente des dangers qui n’échappent pas
à Venetz : en s’approfondissant, la tranchée va diminuer la solidité du barrage. De plus, faire travailler des hommes dans cette gorge présente de graves dangers pour sa vie et pour
celle des ouvriers, car des blocs de glace tombent constamment du glacier supérieur et, sur l’autre rive, ce sont des chutes de pierres et d’avalanches. D’autre part, il voit le danger qui
menace toute la population de la vallée de Bagnes, de Martigny et peut-être même de toute la plaine jusqu’au Léman. On se représente la lutte qui a dû se produire dans l’esprit de cet homme,
seul pour prendre une telle décision. Venetz est un montagnard courageux, il accepte les risques, décide héroïquement la construction de la tranchée.
Le travail commence ; les ouvriers sont effrayés, les dangers des chutes de glace dépassent les prévisions et ils s’en présentent
d’autres : à deux reprises, d’énormes fragments de glace se détachent vers le fond du lac, montent brusquement à la surface, produisant de fortes vagues qui déferlent dans la tranchée.
Les ouvriers s’enfuient, on a beaucoup de peine à les ramener ; pendant ce temps, le niveau du lac monte : arrivera-t-on à temps ?
Le 13 juin la tranchée est terminée, l’écoulement de l’eau commence, le niveau du lac s’abaisse ; c’est le succès, semble-t-il. Mais à
deux reprises, des glaces flottantes s’introduisent dans la tranchée et l’obstruent. Chaque fois, il s’est trouvé un homme assez courageux pour exposer sa vie en se faisant descendre pour
désagréger les glaces ! Ils purent se sauver. Tout le monde se réjouit du succès de l’entreprise, mais Venetz est inquiet ; il voit qu’à la sortie de la tranchée l’eau se précipite
en cascade, ronge les éboulis sous la glace, creuse aussi trop fortement la glace.
Saisi de frayeur en voyant la masse d’eau qui s’écoule, en entendant le vacarme effrayant dans ces gorges, le factionnaire de garde au port
de Mauvoisin croit que c’est la débâcle et donne le signal d’alarme en allumant son bûcher. Devant cette fausse alerte et voyant la Dranse couler à pleins bords, les populations reprennent
confiance. Mais Venetz est très inquiet, il passe la nuit du 15 au 16 juin sur le glacier pour surveiller les événements ; un engorgement se produit, un homme consent à se faire
descendre au péril de sa vie pour dégager la tranchée ; il arrive à se sauver.
Au matin du 16 juin, Venetz constate que l’abaissement du niveau du lac a atteint 9 mètres, mais il remarque aussi avec terreur que les eaux
se frayent un passage à travers les éboulis, sous la glace ; des craquements se font entendre. Venetz comprend que la catastrophe devient inévitable et prochaine ; dans
l’après-midi, il descend dans la vallée. A 4 h. 30, la couche de glace qui subsistait sous la tranchée s’effondre : Les eaux se précipitent.
La commission du Châble n’avait pas fait rétablir les signaux d’alarme ; seule, la commune de Martigny l’avait fait, mais les
factionnaires du Mont-Chemin n’ont pu faire fonctionner le leur que lorsqu’ils ont vu la masse d’eau et de boue descendre dans la vallée, soit 15 minutes seulement avant son arrivée à
Martigny. Si les signaux avaient été rétablis, on aurait été avisé 1 h. 15 plus tôt ; bien des vies humaines auraient été épargnées.
Avant de finir sur cette débâcle, vous aurez remarquez des noms orthographiés différemment qu’aujourd’hui, par exemple :
Giétroz, aujourd’hui Giétro, la Dranse pour Drance. Et bien sûr, Escher de la Linth ainsi dénommé depuis la correction remarquable de la
Linth qui le rendit célèbre en Suisse et à l’étranger.
Encore un mot, la barme. Les
dictionnaires ne connaissent pas « barme » et Internet donne des lieux, chalets et divers hôtels portant le nom de Barme. J’ai demandé à l’office du tourisme de Champéry la
signification de « barme », puisqu’ils ont sur leur territoire communal une route de Barme ; voici leur réponse : En effet, dans notre commune il y a une route portant le nom de Barme. Cette
route conduit directement au plateau appelé « Le plateau de
Barme », lieu dit où l’on peut trouver deux cantines
d’altitude. Une des deux cantines s’appelle la cantine de Barmaz, en référence au nom patois de Barme. Barme ou Barmaz en patois correspond à une grotte, à un abri sous roche ou encore à un
alpage.
gtell
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