Je possède un petit livre édité en 1941 par la Société Romande des Lectures Populaires à Lausanne. « Un Soldat Suisse d’Autrefois » par Louis Bégos.
A l’intérieur, un timbre de quatre centimètres sur cinq collé au-dessus du titre dit : « Etiquette de garantie. Vendu au profit de PRO JUVENTUE ».
La préface est une courte biographie de Louis Bégos 1784-1859 que je retranscris en intégralité.
Le colonel Louis Bégos, décédé en 1859 à l’âge de soixante-quinze ans, était un des derniers survivants des glorieuses phalanges de la Grande Armée. Il avait fait
ses premières armes dans les troupes helvétiques ; puis, au commencement du siècle, il fut incorporé dans le premier régiment suisse au service de France, avec lequel il fit campagne à
Naples. Plus tard, en Portugal où il entra avec l’armée française, son régiment se couvrit de gloire. Bégos fut mis à l’ordre de l’armée comme un des plus vaillants officiers, défenseur de la
forteresse d’Elvas. Il revint alors en France avec sa compagnie de Vaudois.
Quelques années plus tard, il devait faire avec les régiments suisses la mémorable campagne de Russie. C’est à cette campagne que se rapportent les pages que nous
donnons ici. Nos lecteurs en apprécieront le ton de simplicité franche, digne du soldat sans peur et sans reproche que fur Louis Bégos. Ecrites sous le feu de l’ennemi, et au milieu des
privations et des douleurs du bivouac, elles dépeignent l’âme et la vie d’un de nos compatriotes de jadis, comme nous souhaitons qu’il y en ait encore beaucoup aux jours où nous sommes.
Quelques observations.
La dernière phrase de cette préface a un contenu moralisateur qui s’explique premièrement que le récit proposé est « militaire » et qu’il est publié en 1941 en plein dans la seconde
Guerre Mondiale et deuxièmement que ce petit livre s’adresse à la jeunesse qui doit être la relève, les futurs citoyens soldats.
Mais en réfléchissant bien sur ce petit livre et à cette étiquette collée garantissant une bonne lecture pour la jeunesse et donc que le contenu ne peut être TOUS les souvenirs de Louis Bégos.
Qui était-il donc ?
A la création du département du Léman (1798), Louis Bégos a 14 ans, le canton de Vaud a embrassé la Révolution française et donc il est citoyen « Français » et jusqu’en 1814, avant de
redevenir vaudois et donc Suisse. Toute la carrière militaire est faite sous couleurs françaises.
Les faits d’armes au Portugal, en Espagne ou à Naples ne sont pas décrites et c’est bien dommage car s’il a été « mis à l’ordre de l’Armée », j’aurai aimé connaître ce qu’il a fait à la
forteresse d’Elvas. Mais ça signifie que Louis Bégos a embrassé la cause révolutionnaire et Bonapartiste très rapidement et avec fierté.
En cherchant des informations sur Internet j’ai trouvé une chose stupéfiante, un article dans 24heures paru le 24 mai 2009 sur la maison natale de Louis Bégos et qui fini par deux paragraphes qui
me pousse à en savoir plus sur le personnage :
«Bonapartiste enragé»
Pourquoi Louis Bégos, issu d’une famille bourgeoise d’Aubonne, militaire émérite au service de la France et en Suisse, puis engagé dans le canton comme instructeur des troupes vaudoises avant
de devenir commandant de la gendarmerie, est-il tombé dans l’oubli? L’une des explications consiste peut-être dans le revers qu’il a subi après que le Conseil d’Etat vaudois a demandé pour lui la
Légion d’honneur.
Emile Joyet a retrouvé aux archives militaires de Vincennes le document de 1816, soit ultérieur à l’Empire, qui atteste qu’un monsieur de Watteville, directeur de la police du canton de
Berne, a recommandé aux autorités françaises de ne pas accorder à Louis Bégos l’insigne d’honneur. Le Bernois estime que l’officier est un «Bonapartiste enragé» dont il est «urgent de se méfier».
Ainsi s’est achevée la quête de gloire du capitaine adjudant-major Bégos.
Stupéfiant, non?
Par ailleurs les souvenirs sont numérisés par Google books et là on peut y lire les souvenirs de Louis Bégos au complet. link
Je vous livre si dessous le début, à vous de lire la suite sur Google books.
SOUVENIRS
DES CAMPAGNES
du lieutenant-colonel
LOUIS BÉGOS
ancien capitaine-adjudant-major
au deuxième régiment suisse au service de France.
LAUSANNE
LIBRAIRIE A. DELAFONTAINE
1859
Ici est copié des bribes de l'histoire composée de souvenirs du colonel L.Bégos tirés de son ouvrage dont ci-dessus est
la page de garde. L'original dont je me sers pour copier est l'exemplaire numérisé du livre qui est dans la bibliothèque HARVARD COLLEGE LIBRARY dont l'exemplaire est enregistré le 7 mai 1917.
Numérisé par Google books.
je pense que les motivations de publier des souvenirs de guerre a germé dans l'esprit de Louis Bégos par une injustice
insupportable pour un citoyen suisse qu'était alors notre colonel. L'explication est là dans l'avant-propos.
J'étais dernièrement à parcourir la correspondance que j'avais entretenue avec ma mère durant mes campagnes d'Italie, de
Portugal et de Russie, lorsqu'un de mes anciens amis et compatriotes, M. de G..., vint me rendre visite. M'ayant interrogé sur ma lecture, je lui en fis connaître l'objet, et il m'engagea à lui
confier ma correspondance et mes notes, ce que je fis de grand cœur.
Si je me décide à publier ces "Souvenirs" tirés des documents que je possédais, et dont la rédaction, ainsi que
l'arrangement, ont été en partie abandonnés aux soins de mon ami, c'est principalement dans le but de réparer, d'après mes faibles forces, l'oubli que M. Thiers, l'éminent historien du Consulat
et de l'Empire, a voué, pour ainsi dire, aux régiments suisses, qui, de l'aveu même de témoins oculaires et désintéressés, ont sauvé par leur héroïsme, dans les champs de Polotsk et de la
Bérésina, les derniers débris de la grande armée.
J’ai toujours regretté qu'une plume plus habile que la mienne n'ait pas écrit l'histoire de nos régiments. Je suis trop
vieux d'ailleurs pour faire les recherches nombreuses que nécessiterait un tel ouvrage. Ce serait pour moi, du reste, une œuvre de trop longue haleine, car, à mon âge, on ne se souvient guère que
des faits auxquels on a pris part. Je ne m'étendrai dons pas sur les campagnes qu'ont pu faire tous les régiments capitulés. Je parlerai essentiellement du deuxième, dans lequel j'ai servi, en
qualité de capitaine-major, et des événements dont j'ai été témoin. je m'efforcerai d'être clair, véridique et juste.
Dans un moment où l'empereur Napoléon III récompense les glorieux débris des armées du premier empire; alors que 3000 de
mes concitoyens vont voir briller sur leur poitrine la médaille de Ste. Hélène, il leur sera peut-être agréable de suivre avec moi la marche de l'une de nos légions. Quelques-uns de mes frères
d'armes de l'armée française ne seront pas fâchés non plus de connaître ce que les Suisses, leurs alliés, ont su faire.
J'adresse mon récit à mes frères d'armes, à mes concitoyens, au milieu desquels je m'honore de distinguer l'empereur actuel
des Français, que j'a connu officier d'artillerie à Thoune, et dont la destinée, comme celle de l'empereur son oncle, est l'une des plus étonnantes que puisse enregistrer l'histoire.
Je diviserai mon travail en chapitres. C'est pour moi le moyen le plus facile de suivre ma correspondance, de classer les
événements et de raviver mes souvenirs.
Lausanne, 10 janvier 1858.
Louis Bögos,
ancien capitaine adjudant-major au deuxième régiment
suisse; lieutenant-colonel des carabiniers et
instructeur chef des milices vaudoises, dès 1819 à 1844.
Voilà! c'est donc pour réparer une injustice de Monsieur Thiers envers les suisses qui participèrent à l'aventure de
Napoléon, que Louis Bégos se souvient pour nous et pour bien d'autres que la grande armée n'était pas que composée de français.
Gtell Internet 24heures
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