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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 17:54

Quelques Hôtels que dirigea César Ritz.

Pour ne pas oublier, il faut associer Escoffier à Ritz pour cette magistrale collaboration. Un rappel ici.

Le Grand Hôtel Monte-Carlo

Le Grand Hôtel Monte-Carlo

Carlton Hotel 1905

Carlton Hotel 1905

Frankfurter Hof de Francfort

Frankfurter Hof de Francfort

Menton hôtel des iles britanniques un coin du hall

Menton hôtel des iles britanniques un coin du hall

Publicité Hôtel des Iles Britanniques

Publicité Hôtel des Iles Britanniques

Grand Hôtel Nice

Grand Hôtel Nice

Les pionniers de l’hôtellerie en Suisse
Grand Hôtel des Thermes à Salsomaggiore

Grand Hôtel des Thermes à Salsomaggiore

Le Savoy Londres

Le Savoy Londres

Parmi les nombreux hôtels que César Ritz remonta et dirigea, certains ont disparus et d’autres ont changé de nom, puis nous ne connaissons pas tous les hôtels qu’il dirigea.

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 16:00

César Ritz

Il naît la même année que Michel Zuffrey, en 1850, dans le petit village de Niederwald, vallée de Conches. Son père est président de la commune. Les Ritz ne sont pas riches, mais ils sont cultivés. Une génération d’ancêtres, de Brigue à la Furka, et tout au long du Rhin, ont peuplé les chapelles d’admirables autels baroques. Les Ritz sont des imagiers de renom, et peut-être que le jeune César a hérité d’eux le goût du faste, de la perfection, gages de sa célébrité.

 

En attendant, César se rend à l’école communale, en apportant ses trois bûches, comme chacun. En été, il garde le bétail, et rêve à ce qui peut bien se trouver de l’autre côté des montagnes. Il faut souligner l’importance de la montagne sur l’imagination. Le grand humaniste Thomas Platter, de Grächen, au-dessus de Viège, Schiner, le futur cardinal, tous, au départ, ont eu ce tenace besoin de s’évader, pour voir ce qui se passe derrière les hautes murailles du décor natal.

« On devrait le mettre au collège », dit Mme Ritz (en même temps que Mme Zuffrey, puisque ces deux pionniers sont contemporains). César s’y refuse absolument, du moins jusqu’à l’âge de 12 ans, où il finit par apprendre, à Sion, des rudiments de français et d’algèbre.

 

Il y reste trois ans. Ses progrès sont maigres. C’est un cancre. Son père se fâche : ce gamin n’arrivera jamais à rien, il est temps qu’il travaille. Le voilà placé comme garçon de café à Brigue, Hôtel des Trois Couronnes et de la Poste. Au bout d’un an, tout va de travers. Le patron, Joseph Escher, excellant pionnier de l’hôtellerie, mais qui ne devine pas le talent du garçon, le convoque : « Tu n’arriveras à rien. Dans l’hôtellerie, pour réussir, il faut du flair. Permets-moi de te dire que tu n’en as aucun. » César Ritz n’ose plus rentrer chez lui, après ce nouvel échec.

Il trouve du travail à l’économat d’un séminaire de jésuites, à Brigue. L’économe est un ivrogne qui charge le malheureux garçon de toutes les erreurs qu’il commet. César l’envoie au diable. Il a 17 ans. Il apprend par les journaux que s’ouvre à Paris l’Exposition universelle. Il grille ses dernières économies en prenant un billet de train.

 

Jusqu’à présent, il y a beaucoup de parallèles dans sa vie avec celle de Zuffrey.

A Paris, son existence ne change pas du jour au jour. Au contraire. Ses débuts seront assez lents et difficiles. Il commence par le bas. Frotteur de parquet et cireur de chaussures à l’Hôtel de la Fidélité, puis porteur, enfin, garçon d’étage. Il sert les petits déjeuners. Tâche peu commode pour un jeune homme, plutôt bien fait de sa personne. L’inévitable (et banal) scandale arrive sous l’apparence d’une baronne russe. Intrigue d’amour. César Ritz est chassé de l’établissement.

 

Il ne se décourage pas et décide d’apprendre vraiment le métier dans un hôtel de toute première qualité. Il choisit l’établissement le plus élégant de Paris, Le Voisin.

C’est au Voisin qu’il fera l’apprentissage le plus important pour un hôtelier qui a l’ambition de voler un jour de ses propres ailes : celui du monde et du beau monde : Sarah Bernhardt, Alexandre Dumas fils, George Sand, Théophile Gautier, bien d’autres illustres Parisiens fréquentant l’endroit. César Ritz n’a que 20 ans. C’est au Voisin qu’il apprend vraiment ce que l’on nomme « les belles manières », l’ABC du métier. La carrière d’hôtelier ressemble un peu à celle du marin. Il faut bien, avant de passer capitaine, avoir été simple matelot. Ritz joue donc au mieux son rôle de parfait domestique. Etre un laquais bien stylé, correct et discret, silencieux, prévenant, n’est pas forcément un personnage facile à jouer, lorsqu’on est jeune, impatient et poussé par une ambition qu’il faut se garder de montrer. Il observe, fait ce qu’on lui dit, imagine en secret, sans indisposer personne.

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[Remarquez, dans cette biographie, pas un mot sur, par exemple, une lettre à ses parents, qui devaient être morts d’inquiétude. J’espère qu’il a eu la délicatesse d’écrire une ou deux lettres rassurantes, durant cette période.]

Mais il n’est pas pressé. Il devine que l’hôtellerie devient maintenant une affaire universelle. A Vienne, il sert toutes les têtes couronnées du moment : l’empereur d’Allemagne, le Kronprinz, Léopold de Belgique, le tsar et la tsarine, le roi d’Italie, von Moltke, Bismarck.

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Il s’occupe avec succès du Grand Hôtel de Nice. Engagé au Righi-Kulm, c’est dans ce haut lieu du tourisme qu’il rencontrera sa chance : l’original colonel-hôtelier-architecte Max Pfyffer lui confie la direction du formidable Grand Hôtel National de Lucerne. César Ritz y fait venir le plus célèbre chef du moment : maître Auguste Escoffier dont il entendait parler comme garçon d’étage, à Paris. Ces trois hommes se complètent parfaitement. Pfyffer, c’est l’original aristocrate qui a le sens du faste, Ritz, l’organisateur et le novateur sur tout ce qui concerne l’accueil : décoration, style du personnel, chauffage et confort (Ritz, c’est l’homme des salles de bains et de la propreté, il bouleverse les notions d’hygiène, jusqu’ici habilement évitées dans l’hôtellerie), la cuisine d’Escoffier enfin attire toute l’Europe. Une Europe qui n’a pas oublié, à Paris, ou à Vienne, l’atmosphère que César Ritz fait régner dans les hôtels qu’il dirige. C’est à cette époque que l’on commence à dire de lui : « L’hôtelier des rois et le roi des hôteliers. »

César et Marie-Louise Ritz en 1888

César et Marie-Louise Ritz en 1888

César Ritz dirige le National en été, un hôtel de Menton durant l’hiver. Il fait cela pendant onze ans, où il donnera la pleine mesure de son génie. Le petit garçon d’étage, natif de Niederwald, est devenu un maître à penser de l’hôtellerie. De toutes les capitales d’Europe, on vient chercher ses avis, sa collaboration, ses conseils, activités qui ne l’empêchent d’être à la tête d’un nombre impressionnant d’hôtels.

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Sur ce temps-là, Mme César Ritz nous confie dans l’ouvrage qu’elle a consacré à son mari :

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« Pendant ces dix années, les malles de César ne furent jamais complètement défaites. Il arrivait constamment d’un voyage pour en entreprendre aussitôt un autre. Chaque année voyait naître un nouveau projet, chaque mois provoquait une nouvelle crise, une nouvelle lutte ou un nouveau triomphe. Jusqu’en 1893, les itinéraires de César variaient peu, il se rendait de Londres à Cannes ou à Baden-Baden, puis, pendant trois ans, de Londres à Aix-les-Bains et à Rome, ensuite à Francfort-sur-le-Main, Lucerne, Monte-Carlo et Biarritz, enfin à Londres, Salsomaggiore et Paris. C’est alors qu’il organisa le personnel et dirigea le Savoy et le Carlton de Londres, le Grand Hôtel de Rome, le Frankfurter Hof de Francfort, le Grand Hôtel des Thermes à Salsomaggiore ; c’est alors qu’il déploya son activité et prêta son nom à des établissements de divers genres tel que la Villa Igiea, le Grand Hôtel de Palerme, le Restaurant Ritz à Biarritz, le Claridge et le Hyde Park Hôtel de Londres, le Kaiserhof et les bains Augusta Victoria, à Wiesbaden ; qu’il continua à s’intéresser au Grand Hôtel de Monte-Carlo, au National de Lucerne, au Grand Hôtel des Iles Britanniques à Menton, qu’il fonda la Société d’expansion hôtelière qui conçut immédiatement les plans de divers établissements au Caire, à Madrid, à Johannesburg. »

César Ritz. Le colonel Maximilien-Alphonse de Pfyffer d'Altishofen. Auguste Escoffier.

César Ritz. Le colonel Maximilien-Alphonse de Pfyffer d'Altishofen. Auguste Escoffier.

C’est ainsi qu’il s’attaque à ce qui sera la signature de son œuvre : la transformation du 15 de la place Vendôme, à Paris, en un hôtel qui portera désormais son nom, et dont il dira à sa femme : « Je ne connais rien du tout au fond, à l’architecture, et pas tellement non plus à la décoration. J’improviserai. Tout ce que je veux, c’est que ce palais soit à la fois élégant et rationnel, mais je n’ai aucune idée sur les moyens à utiliser pour y parvenir. »

Ouverture du Ritz en 1898

Ouverture du Ritz en 1898

Les pionniers de l’hôtellerie en Suisse

Pour l’inauguration, tout Paris était là. Il est vrai que depuis des années, César Ritz savait soigner ses relations publiques : il n’avait jamais laissé un client quitter ses établissements sans lui envoyer une lettre personnelle quelques jours après. Ce fut un succès complet. Toutes les « Belles » de l’époque s’y étaient donné rendez-vous. Marcel Proust aussi était là, au milieu des princesses.

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Ritz se retrouvait au lieu de ses débuts. Sa carrière était achevée. Il n’en continua pas moins à prodiguer ses conseils partout. Il meurt en 1918, âgé de 68 ans. Il est l’exemple d’une aventure personnelle, celle d’un tempérament d’artiste. Beaucoup plus que celle d’un grand homme d’affaires, comme nous en verrons d’autres en Suisse, dont les carrières sont étroitement liées au développement d’une région, aux luttes politiques aussi.

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César Ritz, c’est d’abord l’histoire du talent, allié à une très grande séduction ; pourquoi ne pas le dire, il était beau, et il le savait.

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 17:32

Premiers aventuriers du Valais et des Grisons

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Ces deux régions des Alpes suisses étaient dans une misère noire. Elles partageaient avec le Tessin et la Savoie cette malédiction qui plane sur la petite agriculture de montagne : « quand la famille s’agrandit, la terre diminue ».

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Dans les Grisons, en 1815, les villageois adoptent le remède traditionnel contre la disette : on tire au sort, toutes les dix familles, celle qui devra quitter la commune pour chercher son pain ailleurs. On se dirige vers l’Italie, exercer le plus souvent le métier de pâtissier-confiseur.

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Les Tessinois partent comme maçons, et deviennent souvent architectes.

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Les Valaisans suivent le Rhône et tentent l’aventure en France ; une aventure qui n’est pas toujours celle du commerce et de l’hôtellerie, mais de pur hasard.

MICHEL ZUFFREY

Michel Zuffrey et sa femme

Michel Zuffrey et sa femme

A Saint-Luc, dans le val d’Anniviers, nait en 1850 l’un des vingt-quatre enfants du vice-préfet Zuffrey : Michel, un garçon que ses parents souhaitent voir devenir prêtre. La discipline du collège de Saint-Maurice ne plaît qu’à moitié au gamin. Il fait le mur un beau matin et part à pied pour Lausanne. (On notera ce début très classique : combien d’hommes ont réussi leur existence en commençant par s’échapper du collège.) Arrivé en gare de Lausanne, il regarde fasciné la manœuvre des locomotives. Un étranger l’aborde. Le jeune Michel est dépourvu de timidité, au contraire. Il s’exprime avec clarté et vivacité. L’étranger, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, l’engage dans sa suite, et lui confie la charge de courrier diplomatique. Dans la même nuit, équipé de neuf, muni d’une avance de traitement et sans aucune formation politique, ni aucun mot de russe dans son bagage linguistique, composé d’un peu de latin et de beaucoup d’accent de Saint-Luc, le jeune homme roule vers la Sainte Russie, dans un de ces merveilleux wagons qu’il voyait pour la première fois il y a quelques heures.

Après deux ans de représentation diplomatique à Saint-Pétersbourg, Zuffrey est recommandé à Napoléon III. Il devient courrier secret de l’impératrice Eugénie. Il suivra de près les vicissitudes de la famille impériale : siège de Paris, Commune, exil en Angleterre. Dans la bonne tradition du mercenaire suisse, n’ayant plus rien à faire dans la diplomatie française, il prend du service où il se trouve, en Angleterre, et part explorer les sources du Nil pour l’amiral Seymour. Cet insolite Valaisan devient un spécialiste du monde arabe. Au nom de Sa Gracieuse Majesté, il intervient dans tout le Proche-Orient, et de l’Egypte au Maroc.

Après quoi, il épouse une Anglaise et ouvre à Londres une boutique d’antiquaire et d’objets d’art.

 

Vers 1880 (30 ans), fortuné, père de cinq enfants, il retourne au pays, s’achète des vignes dans la Noble Contrée, et acquiert l’ancien château de la Cour à Sierre. Il décide alors de ne plus bouger, et de recevoir des voyageurs dans son château transformé en un hôtel idéal. Le ravitaillement est autarcique, grâce aux domaines qu’il achète autour : il produit son vin, ses fruits, sa viande. La demeure est une sorte de musée rempli d’objets qu’un grand voyageur et un antiquaire comme lui a su collectionner. Ses écuries offrent aux connaisseurs d’admirables chevaux de selle.

Les origines du château, la Maison de la Cour

Les origines du château, la Maison de la Cour

L'Hôtel Bellevue Sierre

L'Hôtel Bellevue Sierre

L'Hôtel Bellevue Sierre de l'arrière

L'Hôtel Bellevue Sierre de l'arrière

Aujourd'hui devenu L'Hôtel de Ville de Sierre

Aujourd'hui devenu L'Hôtel de Ville de Sierre

Grâce à ses nombreuses relations, son château, maintenant transformé et baptisé d’un nom bourgeois assez ridicule : Le Château Bellevue, devient le rendez-vous de l’élite britannique : lord Roberts, vainqueur de la guerre des Boers, lord Beaverbrook, magnat de la presse, Whymper, le conquérant du Cervin qui offre, en hommage à Zuffrey, le piolet qui servit à la fameuse première du vendredi 13 juillet 1865, sont ses hôtes.

Ingénieux, Michel Zuffrey crée, à l’orée d’un petit bois, une glacière qu’il fait remplir chaque hiver par des blocs de glace en provenance du lac de Finges, ceci pour servir frais, champagnes et whiskies que les clients de l’hôtel appréciaient à leur juste valeur comme les crus du pays.

 

Dernier volet de cette existence, la découverte par Zuffrey de l’importance touristique du Valais, qu’il prospecte et parcourt dans tous les sens, en imaginant des moyens d’accès et créant des sites, ceux de Montana et Vermala, où il fait construire deux hôtels avec son beau-frère. C’est lui qui fait bâtir la première usine électrique, sur la Navisence, pour apporter à Sierre son courant électrique. Premier funiculaire Sierre-Montana, premier chemin de fer Loèche-les-Bains, projet (non réalisé) d’un « Thermaloduc » destiné à amener par conduite les eaux de Loèche à Sierre. Michel Zuffrey se mêle de tout.

Le collégien échappé de Saint-Maurice finira président de la ville de Sierre. Pionnier par fantaisie, par besoin de dépenser son imagination, il occupe dans l’histoire de l’hôtellerie une place à part : celle de l’improvisateur à qui tout réussit, qui sait changer de profession tous les dix ans, et dont la vocation consiste à n’en avoir aucune.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:52

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[Il y a aussi des pionniers qui contribuent au développement du tourisme en faisant autre chose que bâtirent des hôtels.]

Si Bucher est surtout connu comme constructeur de chemins de fer de montagne, c’est à Niklaus Riggenbach que revient le mérite d’avoir imaginé la crémaillère. (Je vous en ai déjà parlé ici.) Son ingéniosité se doublait d’un réel talent d’écrivain, puisqu’il a laissé un petit chef-d’œuvre intitulé Mémoires d’un Vieux Mécanicien devenu un classique de la littérature suisse alémanique, et auquel le lecteur passionné par l’histoire des transports doit absolument se rapporter. (Il semblerait n’avoir jamais été édité en français. Hélas.)

Caspar Blaetter, le plus ancien de ces pionniers, puisqu’il est né en 1791, se passionne pour la navigation lacustre à vapeur. Il commence par la barque à rames, qu’il manie lui-même, pour transporter le papier que son père fabrique avec un petit moulin du Rotzloch, en Nidwald, à Lucerne. Lorsqu’il apprend que les Anglais ont inventé une machine à vapeur montée sur bateau, ce jeune homme, déjà passionné d’inventions nouvelles, puisqu’il vient de construire le premier pont tournant à Acheregg, entre le Lopper et Stansstad, qui permet une heureuse combinaison de circulation navale et routière, découvre à Hambourg un petit bateau à vapeur pour lequel il a le coup de foudre. Il le ramène en cadeau pour sa femme en le faisant tirer à travers toute l’Allemagne, par six chevaux. Premier bateau de son espèce sur le lac des Quatre-Cantons, il navigue sous le nom de Rotzberg, suivi bientôt d’un frère jumeau, le Pilatus.

C’est Blaettler, en 1856, qui fera bâtir sur le Mont-Pilate, troisième grand sommet à panorama de la région, l’Hôtel Klimsenhorn, grand rival du Righi et, dix ans plus tard, du Bürgenstock de Bucher. Il mourra avant de voir ces trois sommets gravis puis conquis par chemins de fer et funiculaires, que se partagent des milliers d’amateurs de levers et couchers de soleil.

 l’Hôtel Klimsenhorn

l’Hôtel Klimsenhorn

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 15:51

Donc les premiers palaces ont fait leur apparition, bien groupés dans l’Oberland bernois. Nous sommes en 1850, des régions entières restent encore sous l’empire des diligences et des bonnes vieilles auberges. Zermatt est un village à peine indiqué sur la carte. Seuls quelques excentriques Anglais s’y rendent. Voici Saint-Moritz, décrit par Rodolphe Toepffer : « Une petite bourgade composée d’étables et de cafés-billards, où des baigneurs barbus tuent le temps, un de ces endroits qui doivent au séjour momentané des malingres un peu de fausse vie, beaucoup d’odeur de cigare et ce grotesque mélange de pâtres occupés et de messieurs fainéants, de liquoristes et de faiseurs de fromages, de laitage et de carambole. »

 

En résumé, un tout petit trou de campagne.

Pour terminer, voici Montreux, la « perle de la Riviera vaudoise » telle qu’elle apparaît dans un guide des étrangers en 1845 : « Entre Vevey et le Château de Chillon, on traverse la paroisse de Montreux (prononcez Montru), consistant en une vingtaine de fermes dispersées, parmi des collines couvertes de vignobles. On y fait d’excellents fromages et la vendange y commence plus tôt que dans les autres parties du canton de Vaud. »

Survient des constructeurs bâtisseurs audacieux.

Chemins de fer, funiculaires, ascenseurs en plein air et autres merveilles firent leur apparition sitôt que l’imagination hôtelière se mit à rêver d’installer les gens, non pas au pied des monts, mais sur les lieux mêmes d’excursions fameuses : au sommet.

 

Ces sommets célèbres sont dans les environs de Lucerne : le Righi, le Pilate et le Bürgenstock. Le plus entreprenant de ces mécaniciens du tourisme est un natif de l’Obwald, qui ne fréquentera que l’école communale et deux classes du collège de Sarnen. Il ne parlera jamais d’autre langue que l’obwaldien. Ses seules lectures seront ses carnets de compte. Ce petit bagarreur paresseux désespère ses pauvres parents. Il ne fait rien de bon avant l’âge de 29 ans où il rencontre son compère Joseph Durrer (1841-1919) en tournée au Melchtal, et qui lui propose de s’associer pour quelques bonnes affaires. Durrer est un artisan, habile et bon calculateur, Bucher n’est rien mais va se révéler extrêmement malin.

Les deux compères commencent par bâtir et revendre des granges et des maisons pour se faire la main dans l’immobilier. En 1869, ils bâtissent et revendent tout neuf l’Hôtel Sonnenberg à Engelberg. Ils ont un capital. C’est le vrai départ.

Bucher est tenté depuis longtemps par la crête rocheuse du Burgenberg (qu’il rebaptisera plus tard : Bürgenstock). C’est un projet insensé. Personne n’y croit. Il achète à bon compte des terrains considérés comme inaccessibles et construit à ses frais une route privée conduisant au sommet. Là-haut, il mine le terrain, fait sauter les pierres pour en tirer sur place la chaux nécessaire à la construction de l’hôtel, qui s’élève bientôt sur des plans dressés par lui, pour économiser les frais d’architecte. Tout le monde se reconnaît à trouver l’hôtel sobre, hardi, harmonieux de proportion, plutôt mieux inséré dans le paysage que beaucoup d’autres, à son ouverture en 1873. C’est un coup de maître. Un amateur sans formation, sans expérience et sans culture, vient de s’imposer dans un lieu tout à fait original. Le succès est tel que les hôtes font la queue parfois plusieurs semaines à Lucerne avant de trouver une chambre au Bürgenstock.

Bürgenstock Grand-Hôtel

Bürgenstock Grand-Hôtel

L'ingénieux ingénieur-bâtisseur-hôtelier Bucher-Durrer (assis) en reconnaissance au Stanserhorn.

L'ingénieux ingénieur-bâtisseur-hôtelier Bucher-Durrer (assis) en reconnaissance au Stanserhorn.

Bucher continue sur sa lancée. Il aménage, loue ou dirige des hôtels un peu partout, à Bâle, à Lugano. A Lucerne, toujours innovateur technique, il construit au bord du lac, le Palace-Hôtel sur une forêt de pilotis.

 

En 1888, Bucher et Durrer font construire le premier chemin de fer électrique Kehrsiten-Bürgenstock, ridiculisant celui du Pilate qui s’époumone encore à la vapeur.

Le Palace-Hôtel à Lucerne

Le Palace-Hôtel à Lucerne

Passant outre aux injonctions comminatoires des ingénieurs officiels épouvantés par leur audace, les deux compères créent le funiculaire à voie unique, avec évitement à mi-parcours, ainsi qu’un nouveau système de freinage automatique en cas de dépassement de la vitesse normale. Bucher en fait lui-même la démonstration devant des officiels effarés et tremblants. Le système Bucher-Durrer est bientôt imité par le monde entier. Ils ont négligé de prendre un brevet, bien trop occupés à prendre d’assaut tous les sommets disponibles : San Salvatore, en 1890, Stansstad-Stans par tramway, et le Stanserhorn par funiculaire, en 1893, Mont-Pèlerin en 1897, chutes du Reichenbach en 1899, par funiculaire encore mus par des usines autonomes d’électricité. Enfin, au début du siècle, Bucher s’offre une petite fantaisie personnelle, genre Eiffel : le fameux ascenseur en plein air de la Hammetschwand, qui s’élance à 165 mètres de hauteur, à l’extrémité d’un chemin en corniche dans un panorama gigantesque.

Tout en posant ses crémaillères, il passe et repasse le Gothard, poursuivant une double carrière d’hôtelier en Italie. Il ne sait pas l’italien et ne l’apprendra jamais. On l’appelle le « Segnor Subito ». Il fait valser ses armées d’employés dans un grand hôtel qu’il tient près de Gênes, sur la Riviera. Dans cette même ville, toujours passionné de grands travaux, c’est lui qui fait percer le tunnel de la gare au centre de Gênes, construit la première ligne de tramways et un funiculaire menant au port. Puis revend l’exploitation de ses inventions urbaines à la ville de Gênes pour un million or, qu’il fourre dans une sacoche, et rentre au pays, le gourdin à la main. Arrivé à son village, l’étonnant vieux galopin d’Obwald, maintenant nanti d’une superbe barbe, vide sa sacoche sur la table, et devant l’amoncellement de billets et pièces d’or, invite ses amis et paie à boire au village.

Mais tout cet argent ne passe pas en schnaps et en Veltliner. Il achète un autre hôtel près de la gare de Milan, l’Hôtel Quirinal, à Rome, puis, toujours avec son compère Durrer, il se lance dans les matériaux de construction. Ils acquièrent au Gouvernement hongrois deux mille troncs de chêne en Transylvanie, puis des forêts entières en Bosnie, Moldavie et Valachie, ils fondent leur propre fabrique de meubles et parquets à Bucarest, où les bois sont travaillés, puis expédiés en Suisse, France, Allemagne, Egypte pour la construction d’hôtels nouveaux. Les deux aventuriers d’Obwald sont devenus les empereurs de l’industrie hôtelière. Il y a bien quelques petits malheurs ici et là. Un prince balkanique, nommé Dadra de Mingralia, leur vend pour 1 200 000 francs de superbes forêts qui ne lui appartiennent pas. La fabrique de Bucarest est détruite par le feu. Mais Bucher a les reins solides. Il tient une dizaine d’hôtels, des chemins de fer, des funiculaires et des usines électriques. Il trouve encore le moyen de construire le Grand Hôtel Braunwald dans les Alpes, jusqu’ici peu fréquentées, de Glaris, avec un funiculaire de plus. Un beau jour, Bucher débarque en Egypte, avec l’intention d’acquérir au Caire le Continental. Faute d’y parvenir, il acquiert un grand marécage au bord du Nil, et refait l’expérience de Lucerne en grand. Il y fait planter des pilotis et lance 1300 ouvriers sur le chantier. Il bâtit le Sémiramis, encore debout aujourd’hui, ouvrage énorme, pour lequel arrivent de Suisse par cargaisons entières, les machines, les ascenseurs, les meubles, le linge, les fourneaux, la vaisselle.

L'Hotel Quirinale à Rome

L'Hotel Quirinale à Rome

Grand Hôtel Braunwald

Grand Hôtel Braunwald

Le Semiramis, Caire

Le Semiramis, Caire

Le Semiramis en 1976

Le Semiramis en 1976

Bucher succombe d’une double congestion pulmonaire, après avoir passé en revue toutes les chambres et toutes les installations du Sémiramis battant neuf, qui s’ouvrira quelques jours après sa mort.

 

De mauvaises langues disent que c’était peut-être mieux ainsi, nous aurions très probablement aujourd’hui un funiculaire sur la Grande Pyramide et un téléphérique pour passer de Chéops à Khephren, et du Sphinx à Mykérinos.

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 18:33

Après ce premier chapitre sur les grands hôtels qui parsèment les sommets de nos montagnes et de grands lieux touristiques, je m’aperçois qu’il aurait fallu vous dire que les grands hôtels existèrent bien avant ceux dont on parle. En effet, dans nos villes, déjà de très connus et célèbres Hôtels ont été bâtis. Pour exemple : Hôtel des Trois Couronnes à Vevey, l’Hôtel Euler à Bâle, Grand Hôtel Baur-en-Ville, Hôtel Baur-au-Lac à Zurich et l’Hôtel Gibbon à Lausanne. Déjà avant le boum des hôtels sommitaux, de très bons hôtels ont donc parsemés le territoire et rayonnés loin à la ronde.

Donc ceux qui, en plaine, souvent au bord de l’eau, bâtissent des hôtels…

 

Des pionniers de l’hôtellerie, il en apparaît partout. Leur densité suit les hasards de la mode : cela commence par l’Oberland bernois, où Interlaken et la Jungfrau restent le pôle du voyage en Suisse.

Les zones d’hôtellerie s’étendent ensuite aux environs du lac des Quatre-Cantons, au bord du Léman, puis aux trois cantons retirés du Valais, des Grisons et du Tessin. Parallèlement, l’hôtellerie citadine qui a toujours existé, s’étoffe et s’agrandit naturellement. En 1844, la première édition du fameux guide Baedeker résume la situation : « La Suisse possède incontestablement les meilleurs hôtels du monde. Des maisons comme Baur à Zurich, Les Bergues ou l’Ecu à Genève, Bellevue à Thoune, Gibbon à Lausanne, Trois Couronnes à Vevey, Trois Rois à Bâle ou le Faucon à Berne sont des établissements exemplaires dont les installations ne laissent rien à désirer. Mais on est reçu fort agréablement aussi dans des hôtels plus modestes, et l’on trouvera fort rarement des auberges tout à fait mauvaises. »

La première génération de pionniers naît entre 1800 et 1815. La plupart d’entre eux sont des paysans, originaire de l’Oberland bernois, où l’on assiste à un fourmillement d’initiatives individuelles. Beaucoup d’auberges traditionnelles, de relais de passage sont naturellement agrandis, c’est l’industrie familiale qui suit son cours. Mais ici et là apparaît l’original : Peter Ober est Alsacien d’origine, né en 1815, étudiant en médecine, précepteur à Paris. Il accompagne les enfants d’une famille anglaise à Interlaken. Il s’éprend du pays. Excellent éducateur, la famille anglaise qui l’emploie lui facilite l’achat d’une maison à Matten. Il a l’idée de la transformer en pension, puis en hôtel, l’Hôtel Ober. Le jeune médecin-précepteur-hôtelier a la passion de la botanique. Il se rend compte que la flore alpestre est très mal connue. Il organise pour ses hôtes des excursions botaniques (nous sommes en pleine époque des herbiers ; pas de jeune fille qui ne transporte avec son matériel d’aquarelliste, son herbier, cet étrange tonnelet oblong de fer blanc, généralement peint en vert), l’Hôtel Ober devient rapidement le rendez-vous des grands naturalistes européens. Plus tard, déjà conscient des dégâts que le tourisme pourra occasionner à la nature, Ober crée une société de protection, la Höhematte, destinée à préserver à perpétuité la prairie du même nom, qui est la plate-forme où tout le monde se rend pour contempler la Jungfrau. L’idée de précurseur car sans lui il y a belle lurette que cet alpage aurait été vaincu par la spéculation.

De plus en plus prospère, Ober fait construire le Kursaal d’Interlaken et, toujours grand défenseur des beautés naturelles, en fait écarter les « beautés professionnelles » qui hantaient, dit-on, les jardins et les parterres fleuris, véritables jardins botaniques. Sur ses vieux jours, Ober rédige un guide, qu’il fait éditer en trois langues, Interlaken et ses Environs, qui connaît un immense succès. Cet homme, qui n’était pas Suisse (au début), mais Alsacien, fut contemporain d’un autre pionnier, natif lui de Bönigen : Friedrich Seiler, né en 1808, qui débute dans la carrière militaire.

On sait de lui, qu’après s’être battu dans les corps-franc bernois contre Lucerne, il devint préfet d’Interlaken, industriel à Unterseen, où il dirige une parqueterie (détail non anodin, beaucoup d’hôteliers auront des intérêts dans l’industrie du bois, premier matériau de construction dans les montagnes à l’époque), puis grand responsable des chemins de fer du Bödeli et du Bunig, enfin conseiller national à Berne. C’est à la fin de sa carrière qu’il construira un des premiers palaces de Suisse : le Grand Hôtel de la Jungfrau, dépassé quelques années plus tard par le Grand Hôtel Victoria, sur le Höheweg, construit par son jeune disciple Edouard Ruchti, qui rachètera le Jungfrau.

Grand Hôtel Victoria

Grand Hôtel Victoria

Le luxe du Victoria

Le luxe du Victoria

A Thoune et à Interlaken, d’autres carrières assez semblables se dessinent. Les trois frères Knechtenhofer transforment leur campagne de famille en Hôtel Bellevue (eux aussi possèdent une parqueterie). Ils fondent la Compagnie de Navigation sur les lacs de Thoune et de Brienz et possèdent bientôt dix vapeurs.

L'Hôtel Bellevue à Interlaken

L'Hôtel Bellevue à Interlaken

Johann Strübin, à force d’économie, construit le Schweizerhof, entre l’Aar et le Höheweg, là où se dressaient un malheureux chalet et des étables. Son service d’omnibus entre débarcadère et hôtel, avec valets de pied en livrée, devient rapidement célèbre : il est le premier à imaginer de venir chercher le touriste en voiture avec du personnel aux couleurs de la maison.

Le Schweizerhof

Le Schweizerhof

Cet hôtel a célébré son centenaire en 1956. Le 3 février 1971, il a entièrement brûlé. Espérons que son livre d’or a été sauvé : on y trouve les signatures de Richard Wagner et du cardinal Pacelli, entre autres.

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 16:41

Comme le pays n’a d’autres ressources que le tourisme, il fallait bien commencer à un moment l’exploitation de celles-ci. En premier il y eu les visites d’ « explorateurs » Anglais qui passèrent partout comme au zoo. Les paysages les intéressaient, c’est sûr, mais la curiosité se portait aussi sur les montagnards aux mœurs curieuses, aux parlé incompréhensible.

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Le XVIIIe siècle fut donc la période où le montagnard vendait son bol de lait, un morceau de fromage à ces visiteurs inattendus.

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Le romantisme arrivait avec le XIXe siècle et quoi de mieux pour ces plus fervents personnages que les sauvages montagnes, les lacs les plus clairs comme les plus sombres et les cascades les plus impressionnantes pour frapper l’imagination des romantiques. C’était pour presque partout en Suisse la période la plus prolifique des « Bains » que l’on proposait partout dans toutes les villes. Cette première vague de tourisme était donc très propre !

Dès que l’on comprit tout l’attrait que pouvait avoir le paysage du pays, on construisit des pensions, des auberges et des hôtels pour l’étranger curieux.

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De ces vagues de « touristes », pas encore désigné ainsi, donna à certains des idées, ils furent les vrais pionniers de l’hôtellerie en Suisse. Ils se démarquèrent par leur audace, leur persévérance et parfois par leur génie.

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En voici quelques-uns qui laissèrent leurs noms, non seulement en Suisse, mais aussi dans le monde.

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Les histoires racontant leur parcours sont tirées d’un livre : PIONNIERS SUISSES DE L’HOTELLERIE, Louis Gaulis, René Creux, Editions de Fontainemore et Office National Suisse du Tourisme, 1975.

La seconde vague de pionniers naît entre 1820 et 1840. Ils passeront de la bougie à la lampe à pétrole et plus tard du pétrole à l’électricité. Ils verront les chemins de fer, les funiculaires remplacer les berlines et les chaises à porteur qui servaient à monter les dames sur les sommets. Bref, ils vivront le majestueux et sacro-saint Progrès, dont personne ne doute, qui sera la grande fièvre des quarante dernières années du siècle. L’ère du cheval-vapeur chasse celle du cheval, et tous les arts sont bouleversés. L’architecture prend des proportions inconnues. Plus personne ne sait à quel style se vouer. Ce mélange d’imitations et d’innovations finira par sécréter ce que l’on nomme le style fin-de-siècle, qui dit tout sans rien décrire, et que l’on commence seulement d’étudier, et même, ici et là, de classer à l’inventaire du patrimoine, pour le témoignage historique, culturel et inventif qu’il représente avec le recul.

C’est frappant de voir, en consultant les archives, à quel point les hôteliers de cette période se passionnent pour les inventions nouvelles. Maximilien de Pfyffer d’Altishofen (1834-1890) de la grande famille des Pfyffer, est le type même du pionnier hôtelier qui a le sens de la construction. Il faut dire qu’il est armé pour cela. Il est l’un des tout premiers diplômés de la toute nouvelle Ecole polytechnique de Zurich. Passionné d’hôtellerie, c’est lui qui fait les plans de l’Hôtel National, en bordure de la rade, à Lucerne. C’est une sorte de grand palais dans le goût italien. Directeur de ce nouveau palace, il mène tout de front : fêtes brillantes pour une clientèle presque uniquement aristocratique – organisées avec son ami César Ritz, l’illustre Valaisan, et son maître queux, le Français Escoffier, fameux dans l’Europe entière – construction des fortifications militaires du Gothard. Chef d’état-major, auteur du plan de mobilisation en quarante-huit heures, spécialiste en place forte, il est consulté par le duc d’Aumale sur celle de Belfort, ce qui ne l’empêche pas de fonder deux autres hôtels à Rome : le Grand Hôtel et l’Excelsior dont son fils aîné s’occupera après sa mort. Son autre fils dirigera pendant soixante-quatre ans le National, désormais célèbre.

Grand Hôtel National Lucerne

Grand Hôtel National Lucerne

Grand Hôtel, Rome

Grand Hôtel, Rome

Hôtel Excelsior Rome

Hôtel Excelsior Rome

Les hôteliers inventeurs développent leur génie sur trois fronts : les moyens de transports sur route, en montagne et par les lacs, l’architecture hôtelière, les innovations intérieures pour l’amélioration du confort, qui reste à inventer presque en entier.

 

Le premier de la dynastie des Pfyffer.

[On est là dans les grands hôtels, que l’on nomme Palace, les « paquebots » terrestres, qui sont encore pour la plupart présents.]

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 17:09

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Lundi 10 juillet 2017, on fête les 80 ans de Bellerive Plage à Lausanne.

1937 – 2017

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Pour les Lausannois c’est « La Piscine », celle qui compte, celle qui offre le plus d’infrastructures possibles pour satisfaire tous les gouts et toutes les envies.

 

Que dire de plus, si ce n’est qu’il vous faut passer sur le site de la ville de Lausanne pour en savoir plus. Le site décrit tout ce que vous désirez savoir sur cette piscine unique.

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Il a été construit (le site) en 2012, lors des 75 ans de la Piscine, ce qui ne manque pas d’être très bien fait et complet. Allez à cette adresse et une fois sur cette page, de nombreux liens vous conduisent là où vous désirez en savoir plus sur un sujet particulier. De la construction, avec de nombreuses photos d’époques, jusqu’à nos jours, en chiffres et en photos pour une carte de visite des plus belles. Les vidéos doivent vous plaire.

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La plus belle contribution des chômeurs lausannois à la communauté, en effet, 1937 était la période de crise qui vit le chômage exploser, la municipalité socialiste lança le projet d’une piscine publique et d’utiliser les chômeurs pour la réalisation de celle-ci.

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La Municipalité Rouge n’a pas fait que des bêtises.

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 16:25

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Les faux blessés, ceux qui n’ont pas envie et les mauvais perdants sont remarqués cette année à Wimbledon.

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Daniil Medvedev n’a pas réussi à digérer son exploit face à Stan Wawrinka. Pire, il a littéralement craqué, hier (5 juillet), au moment où il prenait la mesure de Rubens Bemelmans.

Le Russe avançait avec le break au 5e set lorsqu’il se sentit floué par un « overrule ». Hors de lui, il exigea le superviseur, récolta un point de pénalité et ne marqua plus un jeu.

Il quitta le court en lançant des pièces aux pieds de l’arbitre.

L’amende risque d’être salée. (Le Matin)

Aujourd’hui est tombé l’annonce de l’amende, c’est 15'000 dollars.

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Bien dommage que ce petit « joueur » a été celui qui élimina Stan.

GTell

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Published by G.Tell - dans Actualité INFOS
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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:06

Quand Calvin enflammait l’Europe.

Extrait tiré de : VINGT SIÈCLES A GENÈVE, par Edmond Privat, Imprimerie de l’USC, Bâle, 1963

 

Où la devise genevoise est exportée au pays des Peaux-Rouges

Au dix-septième siècle, on voit le système genevois gagner des ailes et passer l’Océan.

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Après chaque révolution d’idées, l’Europe subit la terreur des résistants épouvantés. Les bûchers flambent longtemps après la Réformation. Sous Marie-la-Sanglante, les réfugiés anglais s’assemblaient à Genève, où leur chef était John Knox.

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Ces hommes de foi n’aimaient pas les compromis. Quand Elisabeth établit l’Eglise anglicane avec un fond protestant sous des formes catholiques, ils s’indignèrent et Thomas Cartwright, destitué à Cambridge, vient remplacer Théodore de Bèze à la chaire de Calvin.

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C’est de leur école, et de leur élève Browne, qu’est issue l’idée de la démocratie religieuse, la « congrégation » sans évêque, une communauté souveraine à la lumière de la Bible.

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En 1620, en plein hiver, un petit navire jette l’ancre au cap Cod. (A 80 kilomètres au sud du futur Boston.) C’est le 21 décembre et le bateau s’appelle Fleur-de-Mai.

La centaine d’hommes et de femmes transies, qui débarquent sur la terre inconnue, fuyaient l’Europe étouffante où il fallait, pour vivre, mentir à sa foi. Comme on les comprend !

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Les pèlerins du Mayflower étaient des Brownistes, réfugiés en Hollande. À Londres, un fils de Marie Stuart succédait à la reine Elisabeth et voulait forcer tout le monde à se conformer à l’ordre anglican. Impatienté déjà par les Presbytériens d’Edimbourg, Jacques Ier tolérait mal ces dissidents qui parlaient du nez, sur un ton prêcheur ou qui restaient couverts en présence du roi :

« Nous harcèlerons et chasserons du Royaume tous les non-conformistes. »

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Pour un roi qui croyait au droit divin de la monarchie, tous ces discuteurs sentaient Genève et la République. Sous Cromwell et les Puritains, son fils Charles allait perdre en 1649 et son trône et la tête.

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Exilés à Leyde, les réfugiés ne veulent pas se faire Hollandais. Ils préfèrent élever leurs enfants dans la culture anglaise et fonder quelque part leur Nouvelle Angleterre.

Le pilote du Mayflower devait les mener en Virginie. Il se trompe et les débarque au nord en pleine solitude. Il faut tout inventer, tout créer, tout bâtir, par un hiver plus froid que jamais.

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Pendant ce long voyage, ils avaient décidé que leur colonie serait démocratique, une sœur de la République genevoise dont ils prennent la devise : Post Tenebras Lux.

 

Assemblés sur le pont du navire, ils rédigent une constitution et chacun, à son tour, vient la signer sur le parchemin : « Au nom de Dieu Amen… Nous nous unissons mutuellement par le présent contrat solennel devant Dieu, et en présence les uns des autres, en un corps civil et politique pour le bon ordre et le salut commun et la poursuite des fins susdites et, en vertu de ce pacte, pour élaborer, décréter, établir telles lois justes et égales… qu’il sera jugé opportun et convenable pour le bien général de la colonie. »

Quand l’Amérique se faisait.

Le texte et la scène sont gravés sur le mur des Bastions, mais plus profondément encore dans la mémoire des écoliers d’Amérique, où les enfants l’apprennent par cœur. Pour en parler, l’historien national devient lyrique :

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« A cette heure », écrit Bancroft, « naquit la liberté garantie par une constitution populaire… Sur le pont du Mayflower l’humanité a recouvré ses droits et institué le gouvernement sur la base de lois égales, établies par tous pour le bien général. »

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La légende ici prend des ailes, mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’on en retrouve les accents dans la Déclaration d’indépendance et même dans la Déclaration des droits de l’homme à travers Franklin et Jean-Jacques Rousseau.

En 1630, deux mille Puritains anglais s’embarquent pour Boston. Ils fondent la colonie de Massachusetts, à l’abri des persécutions. Mais leur idée n’est pas encore la tolérance envers tous. Ils ont leur système et leur dogme, une théocratie fermée, à la genevoise, où l’Eglise et l’Etat se contrôlent, où le citoyen vote également pour le pasteur et le magistrat.

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Comme désormais les navires apportent chaque année une nouvelle masse de colons, les premiers arrivés serrent les rangs. L’électeur devient aristocrate, comme à Genève les premières familles.

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Les esprits libéraux protestent et s’en vont plus loin fonder d’autres colonies, plus ouvertes et plus vraiment démocratiques. C’est le Connecticut, avec la séparation de l’Eglise et du Gouvernement. C’est Rhode Island, avec le suffrage au bulletin secret, la tolérance religieuse et l’égalité des citoyens dans la liberté d’opinions.

Roger Williams, un pasteur qui fonde la ville de Providence, proclame le droit de chaque homme « à marcher comme sa conscience le guide ». Tous les serments obligatoires développent l’hypocrisie. Le pays n’appartient pas à tel ou tel, mais aux Indiens, avec lesquels il est chrétien de s’entendre. Williams parle comme les Quakers, amis des hommes et trouvant Dieu dans la bonté d’âme. Avec Penn, ils fonderont plus tard la Pennsylvanie et lutteront pour abolir l’esclavage des Noirs.

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La tolérance est aussi la base du Maryland, où Lord Baltimore fonde un refuge pour les catholiques en 1632. Les protestants y gagnent vite la majorité, mais la liberté religieuse est maintenue par l’Assemblée de la colonie.

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Désormais l’Amérique est vraiment un nouveau monde, car, en Europe, on continue à s’exclure mutuellement à chaque victoire d’un parti sur l’autre, et Genève en reste là.

Son Académie est illustre. Elle attire les jeunes princes d’Allemagne et compte plusieurs des grands noms d’Europe, les Spanheim, les Turrettini, les Diodati. C’est chez le fameux professeur de ce nom que le poète anglais Milton s’arrête à Genève en 1639.

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Mais les conseils et la Compagnie des pasteurs imposent aux candidats un serment d’orthodoxie.

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A Dordrecht, où siège un grand synode international des réformés d’Europe, les délégués de Genève insistent pour l’exclusion des esprits libéraux. En vain Tronchin et Mestrezat élèvent-ils timidement leur voix à Genève pour protester contre l’intolérance. Il faut attendre à la fin du siècle un philosophe comme Chouet pour enseigner Descartes et préparer la route au libre examen.

[Voilà comment Genève a influencé le Nouveau Monde et ce n’est pas la meilleure chose qui soit arrivé en Amérique.]

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