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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 15:51

Les chances d’une agression militaire [suite]

Mais pourquoi ne détruire les armes et les munitions que lorsqu’elles sont en route pour le front ? Elles sont bien fabriquées quelque part et – pense le chef de l’armée ennemie – il suffira de détruire les usines avec des bombes d’avion pour que le front soit réellement affaibli : les hauts-fourneaux, les laminoirs, les presses, les tours servent à la production du matériel de guerre. On n’aura pas encore l’idée d’atteindre la population ou les industries qui ne servent pas à l’armement. L’attaque aura d’abord en vue des installations d’importance militaire considérable. Toutefois, ce coup porté à l’intérieur du pays ennemi sera le premier pas dans la voie de la lutte contre la population civile et contre l’économie générale de ce pays.

D’ailleurs, il est bien difficile de dire si les chaussettes de laine que produit une usine seront portées par un civil ou un soldat. De même, les rouages de l’armée ne marchent pas sans montres. Et même le trou d’une aiguille n’est percé que pour, finalement, servir à l’équipement personnel du troupier. La pacifique charrue ouvre le sol pour faire pousser le blé qui servira à nourrir l’armée. Plus vite tout cela sera mis hors service, et plus vite sera affaibli le front qu’on ne pouvait franchir. Ce n’est pas une fausse conclusion à laquelle aboutira le chef de l’armée attaquante, ce n’est que le terme logique du terrible raisonnement qu’impose la résistance du front ennemi et des moyens techniques dont il dispose.

Et, comme conclusion finale du raisonnement, une question se pose : comment réagira le front ennemi, comment réagira psychologiquement le peuple ennemi ? Si, comme à Barcelone, une bombe explose dans une école enfantine, le soldat du front n’en sera-t-il pas moralement ébranlé ? Ne pensera-t-il pas que, d’avance, le sacrifice qu’il fait de sa vie est vain, s’il n’est pas capable de protéger ses enfants, sa femme, sa mère ? Il y a eu, au cours de la guerre mondiale, des régiments qui, en quatre années d’hostilités, ont perdu quatre fois leur effectif entier, sans qu’ils aient pour cela livré passage à l’adversaire. Mais, à l’opposé de ces combattants aguerris, ne verra-t-on pas une population moins stoïque mendier la paix dès les premières pertes ?

Il existe deux moyens pour le défenseur d’annihiler ce raisonnement dans l’esprit de l’agresseur : soit de développer au maximum sa capacité défensive et d’entretenir, même parmi les civils, la ténacité propre aux militaires, soit, et nous revenons ainsi au début de ce chapitre, d’obtenir un accord international sur l’interdiction de bombarder des villes ouvertes à l’arrière du front.

Ce serait en tout cas une erreur de dissimuler, à l’armée ou au peuple, l’étendue éventuelle de ce danger. La population, au contraire, doit savoir qu’une guerre totale réclamera, d’elle aussi, de grands sacrifices. Il ne suffit pas pour cela d’une simple explication, une éducation appropriée et des exercices pratiques doivent la familiariser avec ce qui peut se produire le cas échéant. Les hommes, qui se trouveront alors sur le front, doivent, dès aujourd’hui, en parler à leurs femmes et les préparer à agir courageusement et à savoir protéger leurs enfants contre des malheurs inutiles, aura su ainsi conseiller et réconforter ses vieux parents, sa femme ou ses enfants, celui-là partira au feu le cœur moins lourd. [Vraiment ?]

LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [6]

A ce propos, nous considérons comme de notre devoir de souligner la nécessité urgente de donner au recrutement de nos troupes un caractère moins exclusivement régional. Notre nouvelle organisation militaire n’a malheureusement pas osé s’attaquer à ce problème.

Nous autres Suisses, nous devons avant tout savoir aussi que, pour nous, une guerre totale ne serait pas terminée si nous nous soumettions au premier agresseur. Comme nous combattrions à ses côtés – en qualité de ses sujets – et que nous devrions peu vraisemblable que le nouvel adversaire nous traite mieux que le premier. Nous ne pouvons gagner la guerre que si les pertes subies par l’arrière ne nous font pas faiblir.

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Published by G.Tell
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