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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 16:35

Le lundi 3 août 1914, l’armée suisse était mobilisée.

Le Premier Août, toute vibrante encore des émotions profondes ressenties lors des fêtes inoubliables du Centenaire, Genève avait entendu le roulement tragique des tambours battant la générale. À l’allégresse des semaines précédentes succédait une angoisse intense.

La Patrie appelait ses fils…

Et sa voix anxieuse avait arrêté tout à coup les labeurs de tous les jours. Dans les villes, les hommes étaient descendus dans la rue, pour essayer de savoir. Dans les champs, le moissonneur avait redressé son torse bruni, et suspendu le balancement de son corps au-dessus des épis mûrs. Sur la paroi abrupte de la montagne âpre, l’alpiniste avait renoncé à la conquête du sommet convoité.

… Et partout le cœur des femmes pleurait.

On allait se battre. Contre qui ? Pour quoi ?

Bientôt la stupeur fit place à l’enthousiasme. Toutes les préoccupations mesquines, les vilenies humaines, les rivalités petites s’évanouirent sous le grand souffle d’orage qui tordait les âmes. Et sans hésiter, sans se plaindre, braves, ardents, prêts au grand sacrifice, ils vinrent se presser sous les plis du drapeau rouge à croix blanche.

Chacun dans sa langue, et tous avec la même sincérité et la même conviction, ils dirent : « Je le jure ! » et partirent pour défendre le pays menacé…

Ils ont fêté la Mobilisation de 14

Et voilà que ceux qui rêvaient de montrer à l’Europe qu’ils étaient « dignes des pères », fiers de leurs antiques vertus guerrières, ceux-là étaient condamnés à l’inactivité. Au lieu de conquérir la gloire sur le champ de bataille, ils passaient des jours, des semaines à rabâcher leur métier de soldat bien loin de la frontière. Cette guerre n’était pour eux qu’un cours de répétition de durée indéfinie.

Ils ont fêté la Mobilisation de 14

La Suisse ne se battit pas.

Le Destin lui avait réservé un autre rôle, magnifique. À elle incombait le devoir de sauvegarder la Charité perdue au milieu du carnage atroce.

Et peu à peu, ce qui avait semblé une malédiction se révéla un bienfait ; ce qui avait paru une déchéance devint une raison de vivre. Les souffrances de nos voisins étaient si cruelles, que nous remerciâmes le Ciel de nous avoir miraculeusement épargnés, pour nous permettre de venir au secours de l’humanité blessée.

Alors… comme, au lendemain d’un grand deuil, les membres d’une même famille se rapprochent davantage, de même les habitants de notre pays resserrèrent le lien d’amour qui unit leurs natures diverses.

Ils ont fêté la Mobilisation de 14

Soldats de ma Patrie, c’est le dixième anniversaire de ces choses que nous célébrons.

Ceux qui ont pris l’initiative de vous convier à cette commémoration, ont senti profondément la nécessité de vous rassembler, comme cela fut en ce lundi 3 août 1914.

Cette manifestation doit être simple et digne. Ce n’est pas, comme certains le croient, une fête populaire et bruyante que nous désirons. Il ne s’agit pas de discours creux, de cortège ou de banquets. C’est un acte de reconnaissance que nous accomplirons. Et nous irons aussi en pèlerinage à Mon Repos, rendre hommage à ceux qui sont morts obscurément pour le Pays.

Qu’on me comprenne bien cependant. Au matin du 17 août 1924, quand vous retrouverez vos camarades, vos yeux brilleront de joie, vos mains, loyalement tendues, s’étreindront bien fort, car vous serez heureux de reprendre dix ans après, votre place dans le rang, comme aux jours des mobilisations passées. Et vos cœurs bondiront sous l’uniforme, quand les drapeaux des bataillons flamboieront une fois de plus devant les troupes, car vous vous souviendrez…

C’est pour faire revivre vos souvenirs que quelques-uns de vos camarades ont écrit les pages qui suivent. Ils les ont écrites pour vous, et en pensant à vous. Ils les ont écrites aussi pour que vos familles les lisent, et pour que, vous tournant vers vos fils, vous leur disiez : « Tu vois, il y a dix ans, - tu étais bien petit, - j’étais de ceux-là dont on raconte l’histoire ».

Alors, fiers de leur papa, ils comprendront, et suivant votre exemple, comme vous, seront fidèles à notre vénérable emblème qui brille tout là-haut, au sommet de notre Idéal.

Albert-E. Roussy, Ier Lieutenant.

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Published by G.Tell
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