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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 17:44

Capsa-reliquaire d’Althée

La capsa-reliquaire carolingienne, commandée par Althée, abbé de Saint-Maurice et évêque de Sion (772-814), est particulièrement intéressante. À la base, se trouve une inscription datable des années 800 : En l’honneur de la sainte Vierge Marie, l’évêque Altheus a fait réaliser ce coffret.

Trésors d’église [3]

Le texte, disposé sur deux registres séparés par un rang perlé, est encadré sur les côtés par deux paires d’animaux marins fabuleux disposés en S.

Althée reconstruisit l’ancienne basilique d’Agaune, rasée vers le milieu du VIIIe siècle. Des liens entre l’abbé et Charlemagne auraient facilité le financement de l’agrandissement de l’abbaye, rendu nécessaire du fait de l’affluence des pèlerins. Charlemagne aurait séjourné à Saint-Maurice, puis se serait rendu à Rome en compagnie de l’abbé, lequel reçut à cette occasion un privilège papal.

Le reliquaire a été élaboré pour une église mariale du diocèse, certainement pour la cathédrale elle-même. L’inscription peut également signifier que l’écrin a été conçu pour recevoir des reliques mariales. Althée a pu s’en procurer lors de son voyage à Rome.

La face principale du reliquaire comprend quatre compartiments encadrés d’un rang perlé. Les deux sections inférieures sont ornées d’un arbre de vie, alors que les sections supérieures renferment deux figures en relief avec l’inscription : + SCA MARIA, + SCS IOHANNES. Sur les petits côtés se trouvent, de part et d’autre, deux personnages représentés de manière analogue, en buste, bénissant à l’orientale d’une main et tenant une croix surmontés d’un anneau auquel était rattachée primitivement une sangle permettant le port du reliquaire en bandoulière. La boucle de suspension s’inscrit dans une étoile à cinq branches, surmontée d’un arbuste à trois étages qui rappelle de nombreuses représentations de ceps de vigne.

Sur la face postérieure, deux plaques émaillées – ainsi qu’un médaillon – représentent des ecclésiastiques en buste, avec tonsure et vêtements liturgiques.

L’inversion des deux émaux ci-dessus est visible.

L’inversion des deux émaux ci-dessus est visible.

Cette face a été restaurée en 1673 par l’orfèvre Jean Nicolas Ryss. Les émaux se trouvaient initialement sur le reliquaire. Leur nouvelle mise en place au XVIIe siècle ne respecte pas les angles respectifs d’inclinaison des côtés ; il y a eu inversion.

Les émaux représentent très certainement les quatre docteurs de l’Eglise. Ils ont été exécutés, tout comme le travail au repoussé, au cours de la dernière décennie du VIIIe siècle dans le diocèse de Salzbourg. Althée était présent au Concile de Tegernsee pour régler un différend entre cette ville et Freising avant 798. L’abbé a certainement eu l’occasion de voir l’art produit dans les monastères environnants et de confier à un atelier l’exécution de la bourse-reliquaire qu’il désirait pour sa cathédrale.

[Commentaire : Pas trace d’un Concile à Tegernsee dans la liste des Conciles d’églises. Au lieu de Concile, assemblée judiciaire serait peut-être plus plausible dans ce cas de trancher un différend entre deux villes. Au VIIIe siècle, les évêques étaient le relais indispensable entre le roi et ses administrés et ce sont eux les évêques qui administraient les conflits au sein même des diocèses. D’autant que l’on parle de deux « Grandes » villes, de deux couvents, probablement de deux grandes familles et ecclésiastiques, pour déplacer plusieurs évêques, dont celui de Sion.]

Des liens entre Rome et Salzbourg sont effectifs au VIIe siècle déjà. À l’époque carolingienne, les artistes salzbourgeois connaissaient la production romaine. Par exemple, les têtes d’apôtres en médaillon de la chapelle Saint-Zénon, à Sainte-Praxède, sont proches des celles des docteurs du coffret d’Althée.

La capsa-reliquaire d’Altheus du trésor de Sion est une pièce extrêmement significative pour la compréhension des échanges en milieu alpin à l’époque carolingienne, avant le développement de l’art de la cour impériale.

Objets de comparaison :

- La bourse et le coffret aux camées, IXe siècle (Museo Civico, Cividale)

- la bourse de la crèche, IXe siècle (Trésor de la cathédrale, Verceil)

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