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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 19:21

Après l’Anschluss de l’Autriche

Des visas généreusement délivrés à Bregenz : Ernest Prodolliet

Le visa ayant été rendu obligatoire pour les détenteurs de passeports autrichiens, Ernest Prodolliet, un collaborateur du consulat de Suisse à Saint-Louis aux Etats-Unis, dut interrompre ses vacances européennes pour renforcer l’agence consulaire de Suisse à Bregenz à partir du 1er avril 1938. Responsable du bureau des passeports de l’agence consulaire, il se trouva vite confronté à de nombreuses demandes de visas.

Son activité reste mal documentée, mais on évalue à au moins 300 le nombre de visas de transit accordés à des Juifs cherchant à gagner la Palestine ou d’autres pays. On connaît de lui toutefois d’autres actions : passage de la frontière en emmenant dans sa voiture un réfugié sans visa, intervention auprès d’un douanier pour qu’il laisse entrer un médecin juif, tentative de franchir clandestinement la frontière avec un réfugié. Cette dernière action se solda par des tirs allemands et l’arrestation en Suisse de Prodolliet. Celui-ci fut ensuite rappelé à Berne. Nommé vice-consul de Suisse à Amsterdam en 1939, il y aurait aussi délivré des attestations de complaisance à des Juifs.

Paul Grüninger

Les Justes suisses [1]

Si en Suisse, une figure symbolise une générosité envers les persécutés sanctionnée par les autorités, c’est bien l’ancien commandant de la police du canton de Saint-Gall. Pourtant, rien ou presque ne prédestinait Paul Grüninger au rôle qu’il a joué en 1938-1939. Instituteur de formation, membre du parti radical, il se passionnait davantage pour le football que pour les activités caritatives. Il déploya l’essentiel de son activité de sauvetage après la fermeture complète des frontières – à laquelle il s’était opposé. Sur les quelques 450 autorisations de séjours délivrées dont la trace est conservée, 400 l’ont été après le 19 août. [Le 19 août, le Conseil fédéral décida la fermeture des frontières : refoulement de tous les réfugiés se présentant sans visa à la frontière et renvoi de tous ceux qui l’avaient franchie illégalement. Certains fonctionnaires refusèrent néanmoins d’appliquer ces directives.] Grüninger alla jusqu’à falsifier des documents. Il est établi qu’il en a antidatés au moins 67, indiquant une date antérieure à la fermeture des frontières et à l’ordre de refoulement. Il a fermé les yeux devant de faux visas, envoyé des citations à comparaître et des invitations à des détenus du camp de concentration de Dachau, afin de les faire venir en Suisse.

Malgré ses contacts avec Prodolliet, Grüninger a surtout travaillé avec deux autres personnes : son supérieur direct, le conseiller d’Etat socialiste Valentin Keel, et le dirigeant de l’aide israélite de Saint-Gall, Sydney Dreifuss. Une des conditions d’admission en Suisse, même pour un simple transit, voulait que le réfugié ne coûte rien à l’Etat : soit il pouvait subvenir à ses besoins, soit des œuvres d’entraide privées le prenaient en charge. Grüninger avait donc des contacts très réguliers avec Dreifuss pour assurer que le réfugié qu’on voulait laisser entrer ou ne pas refouler serait entretenu financièrement.

Quant à son supérieur, Paul Grüninger répéta qu’il n’avait cessé d’agir avec son aval. Or quand sa postion se fragilisa – Rothmund réclamant chiffres et explications dès janvier 19339 -, le conseiller d’Etat Keel ne fit guère d’efforts pour prendre sa défense. Grüninger fut suspendu de ses fonctions en mars 1939, licencié six semaines plus tard. En 1940, le tribunal du district de Saint-Gall le condamna à une amende pour falsification de documents et manquement aux devoirs de sa charge. Paul Grüninger vécut ensuite péniblement de diverses activités avant d’enseigner à l’école primaire d’Au. Des rumeurs de corruption et de copinage avec les nazis circulèrent. Encore aujourd’hui, elles resurgissent épisodiquement.

Bien que déposées régulièrement depuis 1968, les demandes de réhabilitation ont abouti seulement dans les années 1990, soit une vingtaine d’années après sa mort. À la réhabilitation politique (1993) ont succédé la réhabilitation juridique (1995), puis le versement par le gouvernement saint-gallois de 1, 3 million de francs à la Fondation Paul Grüninger, à titre de dommages et intérêts pour le licenciement immédiat de 1939. Aujourd’hui, plusieurs places portent son nom. Vienne abrite une Ecole Paul-Grüninger.

On ne peut plus déterminer le nombre de personnes qui doivent leur entrée en Suisse à l’ancien chef de la police saint-galloise. Alors que l’encyclopédie de la Shoah avance le chiffre de 3600, la Fondation Paul Grüninger parle de quelques centaines, chiffre probablement plus proche de la réalité. Il est certain en revanche que le comportement de Grüninger et de son supérieur à l’égard des réfugiés a incité des douaniers et policiers saint-gallois, à l’instar de Wlhelm Hutter, Jakob Spirig et Johann Spirig ; la Commission de réhabilitation du parlement a récemment annulé leurs condamnations.

Rothmund se plaint des milliers de visas délivrés dans les consulats de Suisse en Italie.

« Au cours du mois d’août dernier, plusieurs cantons se sont plaints de la présence sur leur territoire de nombreux émigrants provenant d’Autriche et entrés en Suisse avec des visas délivrés par nos consulats en Italie. Les plaintes des cantons se répétant, nous avons fait savoir, le 30 août, à nos consulats en Italie qu’ils ne devaient plus délivrer désormais aucun visa de leur chef à des émigrants d’Autriche. […] Trois consulats surtout se font remarquer par le nombre des visas délivrés : en effet, alors qu’à eux tous notre Légation à Rome et nos consulats à Florence, Gênes, Naples, Turin et Catane avaient délivré environ 250 visas, notre consulat de Trieste en avait octroyé 450, celui de Venise 500 et celui de Milan 1600. […]

Les faits exposés ci-dessus dénotent chez certains fonctionnaires de nos consulats à Trieste, Venise et Milan une telle incurie (on peut se demander s’ils n’ont jamais lu les instructions de notre Département) et un tel dédain des intérêts de notre pays ou alors une telle incapacité qu’à notre avis des mesures s’impose. En agissant comme ils l’ont fait, ils ont non seulement causé un grand surcroît de travail aux polices fédérales et cantonales des étrangers, occasionné des frais supplémentaires à ces administrations et aux organisations qui s’occupent de l’aide aux réfugiés, mais surtout ils ont contribué à aggraver les difficultés dans lesquelles notre pays se trouve, du fait de la présence d’un trop grand nombre d’émigrants juifs sur notre territoire »

Les deux fontionnaires concernés du bureau des passeports du consulat général de Suisse à Milan étaient Pio Perucchi (1870-1945) et Candido Porta (1892-1988). Perucchi prit sa retraite fin 1938. Porta resta au consulat, mais fut réaffecté aux affaires militaires, poste qu’il avait déjà occupé en début de carrière.

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