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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 17:35

Le Secours aux enfants et les camps d’internés

Elsbeth Kasser et Emmi Ott, comme Maurice Dubois, Elisabeth Eidenbenz, Friedel Reiter, Rösli Näf, Anne-Marie Piguet, Sebastian Steiger, Gret Tobler, Renée Farny, August Bohny, Emma Aeppli et Walter Giannini – des Justes suisses dont on va parler maintenant -, travaillaient pour la Croix-Rouge suisse, Secours aux enfants (CRS, SE), ou pour les organisations auxquelles elle a succédé.

Dans le Sud de la France, le second grand camp d’internement avec Gurs était celui de Rivesaltes, à l’autre bout de la chaîne des Pyrénées, près de Perpignan. Au milieu d’une plaine aride, écrasée sous la chaleur l’été et balayée par un vent glacial l’hiver, le camp se composait de baraques en ciment, celles d’un ancien camp militaire, regroupées en une dizaine d’îlots. Républicains espagnols, Juifs, Sinti et Roms y étaient enfermés. De janvier 1941 à novembre 1942, le camp a compté en moyenne 4300 internés. Mais là comme dans les autres camps, le volume et la composition de la population ont connu d’importantes fluctuations.

Le Cartel suisse y installa un poste de secours en août 1941, construisit une baraque pour mieux assurer la distribution de suppléments alimentaires, surtout de la soupe et du riz. La première responsable suisse était Elsie Ruth. Friedel Reiter, une infirmière née à Vienne et arrivée en Suisse en 1920, lui succéda en 1942.

Au total, 2300 Juifs ont été déportés de Rivesaltes entre août et octobre 1942, en neuf convois. Fridel Reiter a soustrait des enfants juifs aux convois en instance de départ et les a cachés dans son entrepôt de produits alimentaires. Elle les a ensuite envoyés dans un home de la CRS, SE au Chambon-sur-Lignon. En novembre 1942, lorsque Rivesaltes fut vidé de ses internés, elle rejoignit le Chambon – et son futur mari August Bohny.

Fridel Reiter tenait un journal intime. Il ne fut publié que 50 ans plus tard, en traduction française, par les soins de l’historienne Michèle Fleury-Seemuller. La cinéaste Jacqueline Veuve en a tiré un film.

Friedel Reiter, témoin des déportations

« 19 août 1942

Chaleur accablante sur le camp. Le fil de fer barbelé tiré étroitement autour des îlots K et F est oppressant. Les plaintes des gens tourmentés flottent encore dans l’air. Je les vois sortir en longues files de leurs baraques haletant sous le poids de leurs affaires. Les gardiens à leurs côtés. Se mettre en rang pour l’appel. Attendre des heures dans un champ exposé au soleil. Puis arrivent les camions qui les mènent vers les voies de chemin de fer. Ils sortent, les uns hésitants, les autres apathiques, quelques-uns d’un air défiant, la tête haute, dans les wagons à bestiaux. Cela dure des heures jusqu’à ce que tous soient entassés dans les wagons où il fait une chaleur étouffante. Je vois des visages connus à travers les barreaux. Formulant encore une demande, criant un remerciement. À chaque ouverture, deux gardiens. J’observe les visages. Même le désespoir ne s’y trouve plus dans ces visages, vieillis, délabrés et mornes. Du dernier wagon on entend un « au revoir ». Nous nous en allons vers le camp. Le lendemain matin – il fait encore nuit quand nous nous rendons vers la voie de chemin de fer. Le train se met lentement en marche – ils échappent à une destinée pour s’en aller vers une autre. Tout s’est déroulé en une semaine. Il me semble que c’était un mois. […]

26 août 1942

Au lieu de 200 ce sont 600 personnes qui ont été conduites ici. Les camions arrivent l’un après l’autre. L’îlot K se remplit à nouveau. Quand je l’ai traversé, j’ai rencontré plein de visages connus, des gens pour qui nous avons obtenus des libérations, qui ont vécu quelques mois heureux en liberté. Des gens que nous avons arrachés à la mort par la faim cet hiver, que nous avons vus quitter le camp avec bonheur. Le même sort les attend tous.

Ce soir tout un train est arrivé. Seize wagons. On sort des gens sur des civières. Il y en a qui ont des béquilles. Une longue procession de malheureux, d’exclus. A minuit, un deuxième train est attendu, à 5 h du matin un troisième. »

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