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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 17:30

A Elne, non loin de Rivesaltes, Elisabeth Eidenbenz, une jeune institutrice zurichoise de retour d’Espagne, avait installé fin 1939 une maternité dans un château à l’abandon. Elle avait été témoin des conditions effroyables dans lesquelles les femmes devaient accoucher dans les camps voisins de Saint-Cyprien et de Rivesaltes. En règle générale, les femmes venaient à Elne un mois avant l’accouchement et repartaient au bout de deux mois. La maternité accueillait aussi des enfants très malades de Rivesaltes. Jusqu’à sa fermeture à Pâques 1944, plus de 600 enfants y virent le jour.

La colonie pour enfants de La Hille, la rafle d’août 1942 et l’intervention de Maurice Dubois à Vichy

Si on s’en tient à la soixantaine de Juifs encore présents au moment des déportations d’août 1942, l’histoire de cette colonie d’enfants occupe une place marginale aussi bien dans l’histoire de la CRS, SE que dans celle de l’aide apportée aux Juifs se trouvant dans les camps, foyers ou homes du Sud de la France. Et pourtant cette colonie gérée par des Suisses ne comptait quasiment que des enfants juifs qui partageaient un destin collectif depuis 1938-1939 et dont bon nombre allaient échapper à la déportation, en particulier grâce au courage, à l’imagination et à l’action collective de collaboratrices et collaborateurs de la CRS, SE.

Les enfants et adolescents qui seraient installés au Château de La Hille au printemps 1942 venaient d’Allemagne et d’Autriche. Leurs parents les avaient placés en 1938 dans des homes à Bruxelles pour leur épargner les mesures antisémites dont eux-mêmes faisaient l’objet. L’occupation de la Belgique en mai 1940 provoqua leur départ précipité pour le Sud de la France. La situation très précaire dans laquelle ils se trouvaient, à Seyre près de Toulouse, conduisit à leur prise en charge par le Cartel suisse en octobre 1940. Ellen Dubois parcourut alors la région à bicyclette, à la recherche d’un toit pour ses protégés. Elle le trouva en Ariège, dans un château inhabité depuis 20 ans de la petite commune de Montégut-Plantaurel non loin de Pamiers. Un château fortifié certes, mais en mauvais état, sans eau ni électricité. Les jeunes, secondés par des ouvriers espagnols, s’activèrent à sa rénovation. Bientôt toute l’équipe, soit une nonantaine de personnes, put emménager sous la conduite d’une nouvelle directrice, Rösli Näf, une infirmière glaronnaise qui venait de passer plusieurs années chez le docteur Schweitzer à Lambaréné.

Les enfants poursuivirent leur éducation en fréquentant la bibliothèque bien vite installée au château, ou, pour les plus petits, l’école de Montégut-Plantaurel. La colonie était très bien acceptée par les paysans du voisinage. La menace s’abattit brusquement sur elle dans la matinée du 26 août 1942.

L’heure était très grave. 45 enfants avaient été emmenés. Rösli Näf apprit le même jour de la préfecture de Foix (le château ne disposait pas du téléphone) que ses protégés avaient été enfermés dans le camp du Vernet, un camp dit de redressement, mais en l’occurrence une étape avant Drancy et Auschwitz-Birkenau. Le lendemain, 27 août, elle se rendit au Vernet, parvint à retrouver ses protégés. Elle décida de rester avec eux aussi longtemps qu’ils ne seraient pas libérés.

Maurice Dubois, quant à lui, s’était rendu à Vichy. Il menaça le chef de la police de fermer toutes les maisons d’enfants de la CRS, SE en France si les enfants juifs arrêtés n’étaient pas libérés. Ce langage énergique fut entendu. Rösli Näf put quitter Le Vernet avec ses protégés le 2 septembre. Pour sa part, Ellen Dubois avait fait le voyage de Berne pour avertir la Croix-Rouge suisse, mais aussi tenter d’obtenir une meilleure protection des enfants juifs logés dans les homes et colonies de la CRS, SE.

La rafle du 26 août 1942 au château de La Hille

« Vers cinq heures du matin, Jean [Garfunkel] est de nouveau derrière la porte. « Il y a deux autobus sur la route, de nombreux policiers sur le chemin, et deux dans la cours. » Rösli enfile une robe de chambre, descend toute tremblante, pousse la lourde barre de fer de la porte. Sa lampe de poche éclaire deux gendarmes, elle lui tombe presque des mains. […] Elle remonte s’habiller, mais déjà l’escalier est barricadé par des hommes en uniforme. Tel un monstre à vingt têtes, ils montent. A l’étage, le chef de la gendarmerie de Pamiers tend une liste de quarante noms, ceux des enfants de plus de seize ans et du personnel juif. Rösli éclate en pleurs et lui crie à la figure : « Vous ne pouvez pas faire ça dans une maison de la Croix-Rouge ». Lui hausse les épaules, marmonnant « Ordre ». D’un geste, il ordonne : « Allez ! Tous dans la cour ! ».

Les hommes montent à l’assaut dans les chambres et gardent portes et fenêtres. Rösli aurait au moins voulu prévenir elle-même les enfants, afin de leur éviter un choc. Le chef refuse. Une fois les jeunes dans la cour, premier appel. Les Grands avaient si souvent été les témoins d’événements tragiques qu’ils savaient que seule une attitude calme était possible à cette heure. Personne ne se laissa aller, les dents serrées, chacun prépara sa valise. […] L’officier dit : « S’ils ont des bijoux en or, des montres, qu’ils vous les remettent ! » En un éclair, Rösli comprend : ils vont au camp de la mort. […]

L’officier autorise encore un petit déjeuner. Puis par deux, la colonne se met en marche vers les autobus branlants. Les plus petits suivent le sombre défilé, tandis que les paysannes voisines sont accourues et s’indignent. La directrice est effondrée, elle ne peut que sangloter. Toni, une Petite de onze ans, glisse sa main dans la sienne, et pour la consoler : « Maintenant que les Grands sont partis, on va vous aider ! » »

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