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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 17:28

Alors que la Vaudoise faisait passer plusieurs groupes par le Risoux, entre septembre 1943 et mai 1944, la Zuricoise Gret Tobler emmena deux jeunes filles en décembre 1943 jusqu’en Suisse, sans le secours de personne. Les filles avaient des visas d’entrée en Suisse, bientôt échus, mais bien sûr aucun visa de sortie. Après plusieurs tentatives infructueuses de passer à travers les barbelés et un interrogatoire par des douaniers français, le trio atteignit le sol suisse.

D’autres colonies de la CRS, SE : Faverges et Le Chambon-sur-Lignon

En Haute-Savoie, la CRS, SE disposait aussi d’une autre colonie, à Faverges. Le Zurichois Walter Giannini y travaillait comme enseignant, de même que sa future épouse, Suisse elle aussi, Emma Aeppli. La colonie comptait plusieurs dizaines d’enfants dont une quinzaine de Juifs, lesquels partirent peu à peu chercher refuge ailleurs, comme Paul Bairoch, le futur professeur d’histoire économique. En août 1943, il ne restait que deux petites filles juives. L’une d’elle, dont les parents avaient été déportés, raconte leur sauvetage.

Sauvetage de Rose Spiegel et Berta Silber

« En août 1943, il ne restait plus que moi et une autre fille juive, Rose Spiegel. C’est alors qu’on nous dit que, étant les plus anciennes […], nous étions toutes deux invitées à une fête dans une autre maison d’enfants de la région. M. Giannini et Mlle Aeppli devaient nous accompagner. Nous avons pris le bus pour Annecy et ensuite le train jusqu’à Annemasse. Mais au lieu d’arriver à une autre colonie comme annoncé, nous avons marché le long de la frontière suisse, tous les quatre, avec interdiction de parler. […] Subitement, m. Giannini s’est arrêté, montrant un trou dans la clôture. Soulevant les barbelés, il nous a ordonné, à Rose et à moi, de passer en dessous et de courir aussi vite que nous pouvions. Après quelques minutes, M. Giannini et Mlle Aeppli nous rejoignirent – nous étions en Suisse ».

Depuis mai 1941, la CRS, SE possédait une colonie au Chambon-sur.Lignon. en plein cœur du pays huguenot, Le Chambon a joué un rôle très important dans le sauvetage de Juifs de France, principalement en offrant des caches dans des institutions et chez des particuliers, mais aussi comme point de départ de filières d’évasion vers la Suisse, notamment via Collonges-sous-Salève chez le curé Marius Jolivet.

A l’invitation d’André Trocmé, le Secours aux enfants ouvrit une première colonie au Chambon le 16 mai 1941 : La Guespy. Elle accueillit aussitôt 16 enfants sortis des camps d’internement du Sud de la France, de Gurs en particulier. Comme celle d’autres œuvres humanitaires représentées dans le Comité de Nîmes, la présence du Secours suisse aux enfants s’étendit progressivement, sous la direction du jeune instituteur Bâlois August Bohny. Une deuxième maison d’enfants (L’Abric) s’ouvrit en novembre 1941, une troisième (Faidoli) plus éloignée du village, une année plus tard. Une partie des enfants pouvait suivre une instruction dans des « fermes-écoles » et quelques-uns pratiquer – en compagnie d’enfants hébergés par d’autres institutions – la menuiserie et le bricolage dans l’Atelier cévenol, généralement le samedi ou pendant les vacances.

Jusqu’à l’été 1943, tous les enfants de la CRS, SE fréquentèrent les établissements scolaires du Chambon.

August Bohny évalue entre 800 et 1'000 le nombre d’enfants qui ont été hébergés dans ces institutions de la CRS, SE pendant la guerre et à environ 10% la proportion de Juifs parmi eux. Il s’agissait pourtant presque toujours de courts séjours, généralement de trois à six mois. Les trois colonies offraient environ 100 places, auxquelles s’ajoutent les 45 d’une colonie de l’Armée du Salut dans laquelle la CRS, SE avait aussi placé ses protégés. Aucun des enfants juifs des établissements dirigés par August Bhony ne fut réellement inquiété. Mais l’angoisse des rafles restait quotidienne. Parmi les enfants que le Bâlois a accueillis se trouvaient ceux que lui envoyait depuis le camp de Rivesaltes Friedel Reiter, qui une fois le camp vidé de ses internés fin 1942, rejoignit Le Chambon et y dirigea Faidoli, puis l’Abric. August et Friedel unirent leurs destinées en octobre 1944, le couple s’établit à Bâle après la guerre.

Le Chambon-sur-Lignon

A ce jour, Yad Vashem a dérogé deux fois à sa règle de n’attribuer la médaille des Justes qu’à des particuliers : pour la commune néerlandaise de Nieuwlande et pour Le Chambon et les communes avoisinantes. Le nombre exact de Juifs qui y ont trouvé refuge n’est pas connu. Le chiffre symbolique de 5'000, équivalant à celui des habitants et qu’un film a popularisé, est assurément exagéré. La mairie du Chambon a compté « chaque rescapé, chaque réfugié qui apparaît sur un document » et en dénombre près de 3'500 ; quant à l’historienne Limore Yagil, elle parvient au chiffre de 900 Juifs.

Le nom de Chambon est d’abord associé à celui d’André Trocmé, pasteur de la communauté ; avec l’aide notamment de son confrère Edouard Theis, il a exhorté ses paroissiens, dès le lendemain de l’armistice, à résister avec les armes de l’esprit. Néanmoins, au-delà de ces grandes figures, c’est bien toute une population, jusque dans les fermes retirées de ce plateau à 1000 mètres d’altitude, qui a refusé de se plier à la politique antijuive de Vichy. Septante personnes qui résidaient dans la région du Chambon ont été honorées par Yad Vashem. Parmi elles, on trouve trois Suisses : le pasteur Daniel Curtet, son épouse Suzanne et le directeur des colonies de la CRS, SE, August Bohny.

Fils d’un pasteur de Château d’Oex, Daniel Curtet exerça son ministère pastoral au Fay-sur-Lignon. Avec son épouse Suzanne, il hébergea temporairement des réfugiés avant de les placer dans la communauté protestante de Chambon. Il aida également des fugitifs cherchant à passer clandestinement en Suisse. Daniel Curtet envoyait aussi des lettres codées à ses parents à Lausanne. Ainsi, en février 1943, avec le décodage qu’en a fait Lucien Lazare :

« « Ces jours, je suis un peu bousculé, surtout par le placement des livres de la bibliothèque du Chambon sur l’éternel sujet pour lequel la région se passionne bon gré mal gré (Mathieu, 15/24). […] Je suis tout fier que mes paroissiens se soient montrés si pleins d’intérêt pour se genre de lecture. » Dans Mathieu 15/24, on lit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis égarées de la Maison d’Israël. Chacun aura compris que la lecture de livres est l’hébergement de juifs arrivés au Chambon à la recherche d’un refuge ».

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