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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 17:02

Autre pasteur suisse grandement influencé par Karl Barth, Marcel Pasche partit à Lille en 1937 pour un stage pastoral. Il fut consacré pasteur de l’Eglise réformée de Roubaix quatre ans plus tard. La situation de Lille et de Roubaix était particulière. Avec l’occupation, les départements du Nord et du Pas-de-Calais avaient été détachés de la France et dépendaient de l’administration militaire allemande de Bruxelles. Forte d’environ 4'000 personnes, la communauté juive de Lille fit l’objet d’une rafle le 11 septembre 1942.

Marcel Pasche

Marcel Pasche

Les activités de secours de Marcel Pasche présentent une diversité aussi grande que celles de son collègue Roland de Pury. Avec le policier Léon Coghe, il fit passer la frontière suisse via Besançon à Joseph Winischki et à son fils Léon, des Juifs allemands réfugiés en Belgique et que Coghe avait accueillis à Roubaix. En revanche, Sonia Winischki et ses deux filles, qui avaient voulu rejoindre leur famille ne parvinrent pas à franchir la frontière ; elles revinrent à Roubaix où Marcel Pasche et Léon Coghe s’occupèrent d’elles jusqu’à la Libération.

Au-delà de ces activités qu’on pourrait appeler classiques, le pasteur suisse créa, avec un groupe d’amis, le Secrétariat d’assistance judiciaire devant les tribunaux allemands du Nord et du Pas-de-Calais. Grâce à des complicités allemandes*, ce secrétariat put fonctionner sans autorisation officiel, laquelle n’aurait bien entendu jamais été accordée. Cet organisme privé, à la dénomination apparemment officielle, offrit aux familles de personnes inculpées pour infraction réelle ou supposée contre l’occupant nazi une protection que les deux seuls avocats germanophones de la place ne voulaient pas procurer. De 1942 à 1944, les familles de 430 inculpés eurent recours au secrétariat et 70 d’entre eux obtinrent ainsi une libération.

*En contournant la censure, les initiants parvinrent à publier dans la presse un communiqué annonçant l’existence de ce secrétariat.

Le principal allié du pasteur était Carlo Schmid, conseiller juridique auprès du commandement militaire allemand et une des grandes figures du parti social-démocrate allemand de l’après-guerre.

Marcel Pasche s’engagea aussi, cette fois avec Fred Huber, le consul honoraire de Suisse à Lille, pour le sort des prisonniers de Loos, la grande prison de la région où les Allemands avaient entassé toutes les personnes accusées de résistance. Les deux Suisses jouèrent aussi un rôle dans un des épisodes les plus dramatiques de la Libération, auquel un mémorial a été consacré : la déportation de 870 prisonniers de Loos par les Allemands, alors en déroute, le 1er septembre 1944. Seuls 250 d’entre eux survécurent. Ayant appris, à la Libération de Paris, que le consul de Suède à Paris et la Croix-Rouge française avaient obtenu la responsabilité de tous les détenus politiques se trouvant dans des camps et prisons de la région parisienne, Marcel Pasche eut l’idée d’obtenir la même chose pour la Suisse et la prison de Loos. La réouverture du consulat de Suisse fut acceptée par le commandement militaire à Bruxelles, et, le 1er septembre, il se présenta à la prison avec Fred Huber…

Marcel Pasche, le consul de Suisse et la prison de Loos

« Le capitaine Siebler [directeur de la prison] – nous l’apprîmes après coup – venait de faire charger sur des camions plusieurs centaines de « terroristes » à destination de la gare de Tourcoing où ils devaient être « enwagonnés » pour la déportation. Débarrassé des détenus les plus dangereux, il se montra favorable à suivre les instructions de l’Oberfeldkommandantur et à envisager la mise en liberté. […] On convint de les libérer par groupes de 20 […]. Le consul fit aussi transporter à la clinique Ambroise-Paré quelques malades et blessés. […] Au sujet du train de déportés, nous étions plutôt rassurés. Le Dr [Carlo ] Schmid avait agi sur les cheminots allemands et la résistance ferait dérailler le train s’il se mettait en marche. La résistance belge était aussi alertée. Pendant la nuit – je logeais chez le consul avec ma famille -, on nous informa que le train avait quitté Tourcoing. Fort de notre succès de la veille, et misant sur le sabotage de la résistance belge, nous décidâmes de partir à la recherche de ce convoi que nous imaginions bloqué quelque part. Dans ce cas, notre offre de prise en charge aurait quelque chance de succès. […] Nous arrivâmes finalement à Gand où [on] nous renseigna : le train avait passé normalement et il n’était peut-être déjà plus sur le réseau belge. »

Marcel Pasche revint en Suisse quelques années après la fin de la guerre et y poursuivit son activité pastorale. En 1992, la Mairie de Roubaix lui décerna la Médaille d’honneur de la ville, et l’année suivante Yad Vashem le titre de Juste.

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