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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 17:47

Achever le sauvetage dans Pest assiégée : Peter Zürcher et Ernst Vonrufs

Résidence à Buda et bureau à Pest, dans les bâtiments des deux principales puissances dont il devait protéger les intérêts : des choix s’imposaient pour Carl Lutz en cas de rupture des communications entre les deux quartiers de la ville. Il anticipa ce moment et, avec l’aval de Berne, désigna pour le représenter à Pest deux Suisses qui avaient rejoint son service peu auparavant : Peter Zürcher et Ernt Vonrufs, actifs depuis plusieurs années dans l’industrie textile de la capitale hongroise. Ils « succédèrent » à Lutz fin 1944.

Leur engagement se révéla de courte durée, Pest étant libérée du joug des nazis et des Croix-fléchées le 18 janvier 1945. Mais combien important, puisque le quartier abritait les 76 maisons protégées suisses du ghetto international, la Maison de verre et le grand ghetto où s’entassaient quelque 70'000 Juifs, dont des porteurs de lettres de protection de la Suisse et du CICR. Des bandes de Croix-fléchées multipliaient les attaques contre ces trois îlots dont l’existence venait leur rappeler l’échec des maîtres qu’ils avaient suivis aveuglément.

Peter Zürcher

Peter Zürcher

La nuit de la Saint-Sylvestre, les bandes Croix-fléchées attaquèrent la Maison de verre, tirant des coups de feu et lançant une grenade. 800 personnes furent mises à la rue. Alertés, Zürcher et Vonrufs intervinrent. Le calme revint finalement, mais Arthur Weisz y perdit la vie.

La situation devenait toujours plus chaotique. Tirs et incendies rythmaient les jours et les nuits d’un hiver particulièrement froid. Le gouvernement était replié à Sopron, près de la frontière autrichienne. Des bandes de Croix-fléchées toutes-puissantes poursuivaient les rafles ; elles avaient ainsi capturé près de 300 Juifs dans les maisons protégées suédoises, puis les avaient abattus sur les rives du Danube et jeté leurs cadavres à l’eau. Zürcher et Vonrufs avaient encore deux interlocuteurs chez les Croix-fléchées : le maire de Budapest et le représentant à Budapest du gouvernement, Ernö Vajna, le frère du ministre de l’Intérieur. Le premier leur déclara qu’il respectait l’immunité diplomatique des bâtiments, mais pas de leurs occupants Juifs. Début janvier 1945, toute l’œuvre de sauvetage mise sur pied par Lutz et son équipe se trouvait donc menacée. Les deux Suisses obtinrent du commandant militaire de Pest que les SS protègent l’ancienne légation américaine.

Ernst Vonrufs

Ernst Vonrufs

Dans les maisons protégées du ghetto international, des bandes de Croix-fléchées capturèrent 5'000 Juifs, puis les placèrent dans le grand ghetto, surpeuplé et objet d’attaques incessantes. Un sort identique menaçait les 12'000 Juifs protégés par la Suisse qui se trouvaient encore dans le ghetto international. Mais Zürcher et Vonrufs négocièrent avec Ernö Vajna et cherchèrent surtout à gagner du temps avant l’arrivée de l’armée Rouge. La dernière alerte eut lieu le 15 janvier. Zürcher et Vonrufs eurent vent de préparatifs d’une attaque d’envergure contre le grand ghetto. Ils coururent avertir l’adjoint au maire, qu’ils savaient sensible à des arguments humanitaires. L’arrivée des Suisses semble avoir achevé de convaincre Pál Szalay de réagir, en sortant le grand jeu : il menaça le général allemand Schmidthuber de le traduire en justice après-guerre s’il ne protégeait pas le grand ghetto avec ses hommes. Schmidthuber acquiesça, l’attaque n’eut pas lieu.

À suivre : Les Justes suisses [16.5]

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