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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 16:30

Les caches : résidences diplomatiques, couvent, maison privée

Avec celui procuré par le consul de Suisse à Bratislava, les abris offerts par Harald Feller d’une part, par Gertrud et Carl Lutz d’autre part constituent les seuls exemples connus de caches dans des résidences de diplomates suisses durant la guerre.

L’avocat bernois Harald Feller avait rejoint la légation de Suisse à Budapest en 1943 avant d’en assumer la direction effective à partir du 12 décembre 1944. Après l’arrivée au pouvoir des Croix-fléchées, le ministre Maximilian Jaeger était parti sans retour – manière pour Berne de prendre ses distances avec le nouveau régime. Son adjoint, Anton Kilchmann, fut rapidement rapatrié pour raisons de santé. Dès lors, Feller, supérieur hiérarchique de Lutz, puis de Zürcher et de Vonrufs, se dépensa sans compter, prenant souvent de grands risques. Sur ordre de Berne, il avait dû évacuer quatre Suisses d’origine juive qui avaient perdu leur nationalité en raison de leur mariage avec des Hongrois. L’une d’elles était la Saint-Galloise Berta Rottenberg-Passweg, accompagnée de deux filles : Eva, sept ans, et Vera, six semaines, qui deviendrait la première femme à exercer la fonction de juge fédéral. Harald Feller se démena pour organiser le voyage à travers la Hongrie, puis l’Autriche.

Fin 1944, Feller fut arrêté par les Croix-fléchées et soumis à un interrogatoire musclé de plusieurs heures à leur quartier général. Les services secrets soviétiques le capturèrent le 16 février 1945 pour des raisons qui restent en partie obscures. Il passa une année dans les geôles moscovites avant de bénéficier d’un échange de diplomates suisses capturés par Moscou contre des Soviétiques internés dans notre pays durant la guerre.

Harald Feller organisa deux caches, l’une dans sa résidence privée, l’autre dans la chancellerie de la légation suisse, qui se trouvait depuis mi-novembre dans le palais Esterházy à Buda.

Dans sa résidence privée, il cacha au total neuf Juifs pendant plusieurs mois, assurant également leur entretien à ses propres frais. L’un d’eux était le poète Gábor Devecseri, traducteur hongrois de Carl Spittler et de Gottfried Keller, que sa femme et ses deux fils allaient rejoindre, fin décembre, prenant de gros risques, Feller sortit du ghetto les beaux-parents de Devecseri et les emmena chez lui. Après l’arrivée au pouvoir des Croix-fléchées, il accorda aussi l’asile à Gyula Molnar, un Juif qui avait épousé la Suissesse Viola Goldberger dont il facilita le départ pour la Suisse, ainsi qu’à un ami de Molnar.

Dans le bâtiment de la chancellerie de la légation, palais Esterházy, Feller cacha une cinquantaine de personnes dont près de 40 étrangers. Parmi eux se trouvaient le ministre de Suède, Danielsson, et la plupart de ses collaborateurs, sauf Wallenberg qui poursuivait avec détermination et courage son action de sauvetage sous les tirs allemands et soviétiques. Les Suédois représentaient les intérêts soviétiques et, la veille de Noël, des bandes de Croix-fléchées avaient attaqué leur légation. Pour des raisons de sécurité, à la même époque, Feller avait conduit dans l’abri antiaérien du palais les personnes qui avaient trouvé refuge dans sa résidence privée. Six ou sept bombes étaient tombées sur le palais, une bombe de 1'000 kilos se trouvait dans le jardin sans avoir explosé.

Palais Esterházy

Palais Esterházy

Enfin, troisième cache diplomatique importante située à quelques centaines de mètres des deux autres, la résidence de Carl et Gertrud Lutz dans le bâtiment de l’ancienne légation de Grande-Bretagne. Plus petit et moins bien protégé que celui de la chancellerie au palais Esterházy, l’abri antiaérien servit tout de même de refuge à une vingtaine de personnes entre Noël et le 12 février 1945. Au personnel de maison de la légation suisse s’ajoutaient une famille britannique et quelques Hongrois, dont une mère et sa jeune fille ; Carl Lutz allait épouser Magda Csányi en 1949 et adopter sa fille Agnes. (Il divorça de Gertrud en 1946) Dans des circonstances là aussi très difficiles (il n’y eut très vite ni lumière ni nourriture), Gertrud Lutz se dépensa sans compter.

À suivre : Les Justes suisses [16.7]

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