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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 16:01

Bilans et destins

On estime à 565'000 le nombre de Juifs de Hongrie ayant péri durant la Shoah, dont 60'000 avant l’occupation allemande. Un Juif sur cinq ayant péri venait de la capitale, qui comptait en 1945 environ 130'000 survivants. Déterminer qui a sauvé les Juifs de Budapest a été une question controversée depuis la guerre et le reste.

Habituellement, Carl Lutz est crédité du sauvetage de 62'000 Juifs. Ce chiffre a été avancé en décembre 1948 par l’ancien président de l’Organisation sioniste hongroise, Michael Salamon, dans une lettre à Carl Lutz.

Les pionniers juifs (Chalutzim) ont joué un rôle décisif dans la défense de la Maison de verre et du ghetto international, ainsi que dans la distribution de documents de protection falsifiés. Il ne faut pas sous-estimer leur rôle, ni celui de Peter Zürcher et de son adjoint Ernst Vonrufs. Depuis Noël 1944, alors que Carl Lutz restait à Buda, ils ont repris son flambeau à Pest, avec détermination et courage – qualités dont ont aussi fait preuve alors Raoul Wallenberg, Friedrich Born et Harald Feller.

Capturé par les Soviétiques en 1945, comme le Suédois Wallenberg, Harald Feller revint en Suisse après une année passée dans les geôles moscovites. Il quitta la diplomatie peu après et fit carrière dans la justice bernoise. Carl Lutz acheva sa carrière consulaire à Bregenz dans un poste qu’il voulait proche de la Suisse pour raisons de santé. Friedrich Born quitta le CICR.

Bilan des sauvetages selon l’historien Yehuda Bauer

« Ce tableau des événements diffère de celui qu’on a présenté jusqu’ici. D’abord, les mouvements de jeunesse sionistes eurent un rôle décisif. Certes, ils n’auraient rien accompli sans le soutien des neutres – mais l’inverse est également vrai. Ils ont sauvé des dizaines de milliers de personnes. On a célébré les non-Juifs héroïques qui ont fait de grands sacrifices – y compris celui de leur vie dans le cas de Wallenberg – pour arracher des Juifs à la mort, et cela est compréhensible. Mais le fait est qu’il n’y eut pas seulement des « Gentils justes » à Budapest – Wallenberg, Lutz, Born, Rotta (le nonce apostolique), Perlasca : il y eut aussi des « justes juifs ». Ils ne recherchaient pas plus la gloire que leurs homologues non juifs, et ils nouèrent des amitiés durables avec ceux-ci ; mais lorsque vint le moment d’écrire l’histoire, après la guerre, ils furent tout simplement oubliés. Après tout, n’était-il pas tout à fait normal, de leur part, de s’être portés au secours de leurs coreligionnaires ? […]

Une seconde rectification est nécessaire, quelque délicate qu’elle soit, puisqu’elle touche Wallenberg, ce banquier suédois effacé qui fut un héros authentique. Mais s’il était resté des nôtres, il aurait été le premier à démentir certains récits, et surtout les chiffres énormes qui ont circulé. Il aurait dit que s’il avait sauvé 4'500 Juifs, avec ses passeports et permis d’en fabriquer quelques milliers de plus, pourquoi fallait-il qu’on lui attribuât le salut de 100'000 Juifs comme d’aucuns l’ont fait ?

Y a-t-il beaucoup de gens, durant le Génocide, pour sauver, à eux seuls, 4'500 personnes ? Parce que les Suisses accomplirent bien plus, Wallenberg en est-il moins admirable ?

Pour récapituler, Lutz et les Suisses protégèrent les 21'000 personnes déjà mentionnées [ceux du ghetto international et de la Maison de verre], plus 26'000 Juifs des ghettos qui détenaient des documents officiels ou fabriqués, 10'000 membres des bataillons de travail qui en reçurent par divers voies, et ils recommandèrent à d’autres légations neutres encore 5'000 Juifs – soit au total, 62'000 personnes sauvées. »

Ni les actions des Suisses à Budapest, ni les acteurs eux-mêmes n’attirèrent beaucoup l’attention dans notre pays après la guerre, que ce soit auprès des autorités ou dans le public. Certes, le conseiller fédéral a vanté les mérites de Lutz devant le Conseil des Etats en mars 1948 et le journaliste Werner Ring a réalisé dans les années 1960 une série télévisée puis un ouvrage (Advokaten des Freindes) thématisant les activités de délégués du CICR et de diplomates suisses à l’étranger durant la guerre (dont celles de Lutz, Zürcher et Vonrufs). Il fallut néanmoins attendre la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour que leurs actions deviennent mieux connues et reconnues ; deux ouvrages sur Carl Lutz, un sur Born, un monument érigé à Budapest. Le mouvement ne ralentit guère : en décembre 2006, les Américains ont inauguré un monument Carl Lutz à Budapest, place de la Liberté, devant leur ambassade.

Carl Lutz memorial » par Yelkrokoyade — Travail personnel

Carl Lutz memorial » par Yelkrokoyade — Travail personnel

Mais les Justes suisses restent méconnus. Cela vaut aussi pour ceux qui étaient actifs à Budapest ; bien que son nom soit inscrit sur une plaque de la grande synagogue de Budapest, qui dans notre pays, connaît Sœur Hildegard Gutzwiller et son action de sauvetage ?

Fin

Les Justes Suisses

Des actes de courage méconnus au temps de la Shoah

François Wisard

CICAD - Avec le généreux soutien des Fondations Edmond & Benjamin de Rothschild - 2007

Commentaires :

Incompréhension totale de ma part, moi qui jusqu’à la lecture du livre « Les Justes Suisses » de François Wisard, ne savais rien de ces Suisses qui sauvèrent autant de Juifs dans le conflit le plus destructeur de l’Histoire. Seul, l’histoire de Paul Grüninger, a été quelque peu répandue dans les faits divers, lors de sa réhabilitation tardive. Comment ne pas être admiratif devant ces femmes et hommes qui risquèrent ainsi leur vie, leur carrière et réputation, puisque souvent désavoués par les autorités suisses. Aucune reconnaissance après la guerre, pas de mise en valeur de leurs actions par notre pays, à croire qu’ils ont fautés en faisant ce qu’ils ont osés faire. En lieu et place des héros mythiques tel que Willem Tell ou Winkelried, on pourrait élever des monuments à ces femmes et ces hommes.

En Suisse on n’aime pas les têtes qui dépassent, c’est suspect et ceux qui tiennent le pays devraient s’incliner devant ces héros, et cela n’est pas envisageable. Très tardivement on découvre l’ampleur de ce qu’ont fait les Suisses lors de la seconde guerre mondiale, même les Américains le découvre tardivement (2006). Qu’aurait fait Steven Spielberg en ayant eu connaissance des faits réalisé par Carl Lutz et les autres, avant qu’il ne lise le roman de Thomas Keneally, La Liste de Schindler ?

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