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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 16:21

Jesha Sapir retrouve en 1997 ses sauveurs valaisans

« Avis de la commune de Champéry

Nous communiquons ci-après une lettre de lecteur, parue dans le magazine américain « TIME » […]. Le but est de favoriser la recherche de la famille champérolaine. […] Administration communale.

[…] Ma famille et moi avions commencé notre fuite d’Amsterdam qui était occupé par les Nazis en juillet 1942. Nous avions voyagé à travers la Hollande, la Belgique, la France – notamment Vichy – et les Alpes. Après avoir gravi des montagnes un jour de septembre à midi, sans savoir que des garde-frontières suisses étaient en observation avec leurs jumelles afin d’attraper des réfugiés, nous avons atterri en Suisse.

Juste là, une famille suisse de Champéry nous a rencontrés par hasard. Les membres de cette famille nous ont informés du va-et-vient des garde-frontières ; ils nous ont cachés dans les bois ; ils sont venus nous chercher quand il faisait nuit ; ils nous ont donné à manger ; ils nous ont habillés pour nous donner l’air de gens respectables. [Après un voyage en train] comme une famille suisse qui s’apprêtait à rentrer à Zurich […], nous nous sommes enregistrés au Consulat hollandais et, de la sorte, nous n’avons pas pu être refoulés.

J’ai honte de devoir admettre que je ne peux pas me souvenir du nom de cette famille. Je ne les ai plus jamais revus. Maintenant en contraste tranchant des révélations des actes et attitudes du gouvernement suisse, j’aimerais remercier et saluer cette merveilleuse famille suisse, pour son comportement courageux qui a sauvé un groupe de misérables réfugiés d’être jeté dans le noir de la « Solution finale ».

Jesha Shapir – Tel Aviv »

Marguerite Constantin-Marclay se manifesta. Il apparut que ses parents, Emile et Lina Marclay, et elle-même, alors âgée de quinze ans, avaient secouru non seulement Jesha Shapir et les six personnes qui l’accompagnaient. Quelques semaines plus tard, la famille Marclay était encore venue en aide à un autre groupe de sept personnes, relié au premier par des liens de parenté ou de connaissance.

En septembre 1942, le jeune Bernhard Blumenkranz franchit la frontière grâce au curé d’Archamps, le Fribourgeois Jean Bovet. Un passage hors filière, où fugitifs et futur sauveur ne se connaissaient pas. Dans de tels cas, identifier et quantifier les passages se révèle très difficile. S’agissant de Jean Bovet, Bernhard Blumenkranz assura avoir entendu que le curé « avait aidé à sauver beaucoup d’autres Juifs ».

Tous les autres Justes suisses ou honorés comme tels par Yad Vashem qui ont favorisé le passage clandestin de réfugiés juifs près de Genève – hors des filières de la CRS, SE – étaient liés à la Résistance française. René Nodot possédait la nationalité suisse par son père, secrétaire de la colonie suisse de l’Ain, et la nationalité française par sa mère. Né à Bourg-en-Bresse (Ain), influencé très jeune par le protestantisme social, il se lia au pasteur de la ville, qui cachait des Juifs et des résistants dans le clocher de son temple. Il s’établit à Lyon en 1941 et y découvrit d’autres activités de secours aux persécutés et de résistance, notamment en tant que « homme de confiance » du consulat de Suisse. A ce titre, il devait apporter une aide aux ressortissants des États en guerre contre la France dont la Suisse protégeait les intérêts, en premier lieu la Grande-Bretagne, les États-Unis et plusieurs États d’Amérique latine.

René Nodot organise un passage en Suisse

« Toutes mes communications téléphoniques ayant trait à une action illégale sont établies par une postière de l’interurbain de Lyon-Franklin qui n’est autre que ma femme. Elle s’assure chaque fois que la ligne n’est pas écoutée, et bien entendu elle ne laisse aucune trace de la relation qu’elle a établie. C’est toujours elle qui m’appelle, soit à mon bureau à Lyon […], soit au domicile de mes parents à Bourg, soit dans n’importe quel bureau de poste de l’Ain, du Jura, ou de la Saône-et-Loire. […] J’entre dans la cabine. Alors s’établit la banale conversation suivante :

- C’est toi ?

- Oui, ne quitte pas. Je te passe Jeannot.

- Bonjour Jeannot. Comment ça va ?

- Très bien Christian. J’ai donné ton petit livre à l’ami Potot.

- Merci beaucoup. A part ça ?

- Tu peux venir mardi prochain avec ton neveu.

- Entendu. A mardi.

Il faut maintenant traduire. Jeannot est le curé de Collonges-sous-Salève, en Haute-Savoie. Le petit livre représente un enfant passé en Suisse (un dictionnaire serait un homme, une brochure une femme). L’ami Potot ? J’ai eu l’idée de traduire ainsi tout un passage clandestin en Suisse. La frontière suisse était bordée d’une haie serrée de fils de fer barbelés tendus entre de solides poteaux de bois. Le neveu est un homme à « passer » prochainement. »

Pour René Nodot, l’expérience la plus décisive fut toutefois sa désignation comme délégué pour l’Ain et le Jura du Service social des étrangers (SSE). Dirigé par Gilbert Lesage, que Yad Vashem allait honorer en 1985, le SSE s’attachait au regroupement familial des étrangers incorporés dans les Compagnies de travailleurs étrangers et à la libération des étrangers internés dans le Sud de la France. Une partie des étrangers auxquels il portait secours, René Nodot les fit passer en Suisse entre janvier et octobre 1943. Il en a conduit lui-même à la frontière, près d’Annemasse. Mais il a surtout utilisé la filière de Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève.

Dans un cas, celui du passage en Suisse de la petite Eva Stein par cette filière en avril 1943, la préparation demanda deux mois, incluant l’apprentissage rudimentaire du français pour passer pour une réfugiée de Lorraine et la fabrication de faux papiers. René Nodot précise : « J’avais même prévu des bonbons (rarissime friandise en 43) pour occuper la bouche de la fillette au moment des contrôles allemands à Ambérieu et à Bellegrade. La petite, j’en suis persuadé, saisissait la gravité de la situation. Mais un mot d’enfant s’envole si vite d’une petite bouche ».

Lors des rafles à Bourg-en-Bresse les 24 et 25 août 1943, il protesta contre l’arrestation de personnes dont le consulat de Suisse é Lyon assurait la protection. Après son intervention, toutes les personnes arrêtées et rassemblées dans une école – au moins 30 Juifs étrangers – furent libérées. En automne 1943, suspecté par la Gestapo, René Nodot, par ailleurs jeune père de famille, décida de quitter le SSE, conscient qu’il ne pourrait s’abstenir d’activités illégales s’il y restait.

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commentaires

eleana 02/01/2016 09:50

Lors de la guerre au Kosowo nous avons recueilli une famille Serbe.Nous les avons logé dans un petit appartement que nous venions de retaper pour y passer des congés .Bref nous avons fait ce que nous avons cru bon pour ces gens leur offrant même du travail .Mais la présence régulière de certains policiers aura fait vivre des heures chaudes à tout le monde Avec le recul ayant encore des jeunes enfants à la miaison et travaillant je me suis rendu compte avec le recul qu'eux mêmes avaient souffert du manque d'attention de notre part car trop affairés à sauver ces gens et à les protéger de l'inquisition policière
-Aussi quand on sait le nombre de Suisses ayant accueilli des petits réfugiés chez eux lors de 30-45 et il y en eut beaucoup dont personne ne parla jamais on est end droit de se poser certaines question ou comment se fait-il qu'il y ait tellement eut d'enfants placés dans des foyers pour y être battus alors que d'autres pouvaient profiter de l'amour de certains adultes sans remettre en cause ce qu'ils ont fait pour ces adultes et enfants en danger .Mais ma propre expérience m'a permis d'ouvrir les yeux me prouvant par là même qu'on ne peut être au four et au moulin en même temps

G.Tell 02/01/2016 18:12

Pour bien comprendre ce qui s’est passé en 39-45, une chaîne d’intervenants ont permis les sauvetages et non une personne seule qui faisait tout. Chaque action était le fait d’une personne, soustraire un enfant des griffes Allemandes, une autre accueillant l’enfant, d’autres nourrissaient l’enfant, encore une autre voyageait avec l’enfant, une autre encore passait la frontière et d’autres encore accueillaient et plus loin encore d’autres se chargeaient au final d’établir documents ou trouvaient une famille d’accueil sous le sceau de la clandestinité. Et bien comprendre que toutes ces personnes étaient en danger, toutes, aidants et aidés.
Cet engagement personnel est le résultat de l’invasion allemande et le sauvetage une obligation morale sans considérations de race ou de religion, pour des personnes ayant probablement un peu plus de compassion que la moyenne de la population.