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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 16:50

La Fête de 1905 (première fois filmée)

En préambule, je dois de vous dire que le film est une rareté car il ne resterait que deux copies. Pas plus de dix minutes de film que l’on peut trouver sur You Tube, mais j’ai privilégié Arte pour le dossier de présentation qui vous apprendra plus sur le sujet. Film visible sur Arte jusqu’en avril 2017. ICI

Il n’y eut qu’un espace de seize ans entre la Fête de 1889 et celle qui fut fixée sur les 4, 5, 7, 8, 10 et 11 août 1905. Fin du XIXe et les débuts du XXe siècle n’offrirent pas de particularités saillantes dans le domaine de la politique générale, ni dans celui de l’agriculture. Il y eut de bonnes et de mauvaises années, mais la moyenne se tint à un niveau raisonnable. Dans notre petit pays, les affaires marchaient normalement, aussi la population fit-elle bon accueil à la décision d’organiser la Fête en 1905, décision prise par les Conseils le 16 mai 1903, sous la présidence de M. Emile Gaudard, abbé-président depuis 1899. Soumise à l’assemblée générale, cette proposition fut adoptée d’emblée.

La « publication » de la Fête eut lieu le dimanche 21 mai 1905, en présence d’une grande foule de curieux venus d’un peu partout.

Les estrades, pour la première fois, furent disposées en arc de cercle ; elles pouvaient contenir 12500 spectateurs.

Santé!

Santé!

Un trio d’artistes de chez nous contribua à faire de la Fête de 1905 une manifestation dont on loua fort la tenue artistique. Ce sont MM. Gustave Doret pour la musique, René Morax pour le poème, et Jean Morax pour les costumes.

Le livret indique, en plus de ces trois noms, comme « artistes de la Fête », MM. William Pilet, chef des chœurs, et M. A. d’Allessandri, directeur des ballets.

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Les solistes étaient : Mme Emmy Troyon-Blaesi (Lausanne), prêtresse de Palès. Mme Emilie Welti-Herzog (Aarbourg), prêtresse de Cérès. M. Charles Troyon-Blaesi (Lausanne), grand-prêtre de Bacchus. M. Placide Currat (notaire à Bulle), soliste du Ranz des Vaches.

Jusqu’en 1889, les troupes se sont produites devant le public dans l’ordre suivant : Printemps, Eté, Automne et Hiver. Les organisateurs de la Fête de 1905 apportèrent un changement en faisant défiler, en premier, la troupe de l’Hiver.

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Cette petite modification n’a provoqué aucune critique. Elle a eu pour résultat de donner une progression logique aux diverses scènes champêtres, avec la bacchanale comme dernier ballet. L’allure endiablée des faunes et bacchantes fait toujours grande impression sur le public ; il est donc préférable qu’il n’y ait pas, après cette production, quelque scène ou danse plus paisible créant un trop grand contraste. L’ampleur du chœur final résume le spectacle par une splendide envolée.

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Dans la troupe de l’Hiver, on a ajouté les vieux et les vieilles avec les fileuses. Le chant du semeur « Quand la neige est disparue » obtint un grand succès, et le soliste, M. Castella, l’exécuta avec maîtrise. Les invocations firent grand honneur aux artistes.

Le notaire de la noce.

Le notaire de la noce.

Plusieurs des airs eurent la faveur spéciale du public, entre autres : « Chanson des glaneuses », « Chanson des jardiniers » etc. Un ballet qui obtint un très grand succès, c’est celui des « Feuilles mortes ».

M. Paul Perret, conseiller d’État, qui fit du journalisme avant d’entrer au gouvernement vaudois, a vu de près l’organisation de la Fête de 1905. C’est dans ce qu’il a rédigé à cette occasion que nous relevons les passages suivants :

Cette Fête grandiose a laissé dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège d’y assister des souvenirs impérissables. Chacun ne sait pas la place qu’elle occupe dans notre vie nationale et veveysanne, et le travail considérable que son organisation nécessite.

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Le fait qu’une ville de douze mille habitants réussit à mener à bien une entreprise artistique d’une telle ampleur ne s’explique que par des circonstances très spéciales et qui ne se rencontrent nulle part ailleurs. Respectueux, par nature, du passé, nous sentons intimement la force d’une tradition dont les origines augmentent encore la saveur.

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Le lent effort, poursuivi par les Conseils de la Confrérie depuis des siècles, avec une patience tenace, une foi tranquille en l’avenir, s’accomplit encore aujourd’hui avec la même régularité. L’histoire de la Confrérie est une illustration frappante des qualités solides de notre race. Un peuple qui a su créer et conserver une pareille institution peut avoir confiance dans sa destinée.

Ceci nous fait toucher aux attaches profondes que la Fête des Vignerons a dans notre histoire et dans notre vie, et c’est là qu’il faut chercher les raisons de la facilité relative avec laquelle un spectacle de cette importance peut être organisé au moyen des seules ressources, à peu de choses près, que l’on peut trouver dans notre pays.

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Le compositeur de la Fête de 1905, M. Gustave Doret, est Vaudois. Vaudois également, M. René Morax, auteur du livret, et son frère, M. Jean Morax, peintre des costumes. Quant aux figurants, ils ont tous été recrutés à Vevey et dans les environs. Nous sommes donc bien en présence d’une œuvre authentiquement nationale, non seulement par son inspiration, mais encore par la personnalité de ses auteurs et exécutants.

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La Fête des Vignerons de 1905 qui vient de s’ajouter, fleuron magnifique, à la glorieuse couronne depuis si longtemps commencée, a été décidée, en mai 1903. Le travail d’organisation commença aussitôt. Il s’agissait de trouver d’abord les deux compositeurs de la Fête, poète et musicien.

Le nom de M. Gustave Doret s’imposa d’emblée. On ne pouvait en effet trouver un compositeur réunissant mieux que lui toutes les qualités requises pour s’acquitter de cette lourde mission. Et surtout l’on savait que M. Doret apporterait à cette tâche son âme d’artiste et son cœur de patriote. L’expérience a comblé, et bien au-delà, les espoirs que l’on fondait sur le nom de cet admirable musicien. Il fallut ensuite trouver un poète. M. René Morax, qui venait de se signaler à l'attention du public romand par des œuvres poétiques et dramatiques d’une saveur bien personnelle et d’un grand mérite littéraire, voulut bien se charger du livret et se mit à son travail avec un enthousiasme superbe, qui ne s’est pas démenti un seul instant jusqu’à la clôture de la Fête. La même ardeur anima dès le début M. Jean Morax, dont les costumes, composés avec un goût très sûr, une impeccable science de coloriste, furent un enchantement pour les yeux.

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Lever un contingent de près de deux mille exécutants, pourvoir à leur préparation musicale et chorégraphique, à leur habillement, donner à leur travail un cadre digne du spectacle, prévenir les difficultés de tout genre inséparables d’une affluence énorme de spectateurs, résoudre enfin le problème financier de l’entreprise, tout cela représente une somme considérable d’efforts d’autant plus méritoires qu’ils sont désintéressés.

Une organisation très bien comprise a présidé à tous ces préparatifs.

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L’organisation pourra paraître quelque peu compliquée, mais ceux qui ont suivi de près la préparation de la Fête auront pu se convaincre qu’il n’y avait aucun rouage inutile dans tout cela. Tous les comités ont fait preuve d’un dévouement exemplaire et ont travaillé avec une ardeur intelligente pour la réussite de la Fête.

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Une fois de plus on a pu constater l’intérêt que la population romande porte à toutes les grandes manifestations de notre vie nationale, et surtout la force des traditions dont nous parlions plus haut.

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Dans de nombreuses familles on a participé de père en fils, depuis plusieurs générations, aux Fêtes des Vignerons. Aucune fête au monde ne peut s’appuyer sur de pareils fondements. D’une façon générale, le recrutement a bien marché.

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Les répétitions de danse et de chant ont commencé dès la première quinzaine de janvier et se sont continuées jusqu’à la Fête. Il fallait cela pour mettre au point l’interprétation d’une œuvre longue et complexe, dont certaines parties renfermaient de sérieuses difficultés pour des amateurs.

Des six représentations qui ont été données, une seule, la dernière, a été contrariée par la pluie. Toutes ont attiré à Vevey des foules considérables et durant les deux dernières journées, la population de notre ville a été presque quintuplée. Beaucoup de personnes sont venues de très loin pour assister simplement au cortège.

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Nous avons vécu pendant huit jours un rêve merveilleux dont la vision nous est encore présente et nous suivra durant toute notre vie. Nous avons vibré, figurants et spectateurs, dans un commun frisson de joie haute et saine. La Beauté nous est apparue dans une de ses manifestations les plus complètes et les plus merveilleuses.

Des articles très élogieux ont paru dans un grand nombre de journaux suisses et étrangers.

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Il fut naturellement édité un livret officiel, mais pas d’album dépliant. Celui-ci fut remplacé par seize estampes de 33 X 25,5 cm dessinées par E. Biéler.

La fête en chiffres

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1800 figurants
6 spectacles et 2 cortèges

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Les places coûtent entre 2 et 25 francs
La Fête coûta 625 338 francs
Bénéfice: 40 664.70 francs (les affaires marchent !)

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