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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 16:37

Les comités se mirent à l’œuvre au printemps 1926 déjà. Ce n’est pas tôt si l’on tient compte de ce que l’organisation d’une telle manifestation exige de dévouement et de travail. La coordination de tant d’efforts, le persévérant labeur de tous peuvent seuls – on ne le répétera jamais assez – assurer la réussite d’une Fête d’aussi grande envergure.

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Heureuse innovation : un comité de dames fut constitué pour venir en aide entre autres au comité des costumes. A sa tête se trouvait Mme Gaudard qui, comme l’abbé, son époux, sut faire apprécier ses qualités d’organisatrice, qualités acquises en s’occupant activement d’œuvre de bienfaisance.

Aussitôt la partition et le livret ébauché, et dès que le dessinateur des costumes fut à l’œuvre, il fallut trouver les artistes collaborateurs aptes à ordonner, à diriger les 2200 figurants enrôlés dans les troupes de l’Hiver, du Printemps, de l’Eté et de l’Automne. Et, cette fois-ci, M. Doret désirait la formation d’un grand chœur mixte de 250 exécutants.

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Le Grand-Chœur s’est mis au travail à l’entrée de l’hiver 1926. C’est certainement lui qui a accompli la plus grande tâche, aussi convient-il de le féliciter rétrospectivement.

Le Grand-Choeur, dirigé par Gustave Doret

Le Grand-Choeur, dirigé par Gustave Doret

Pour la direction générale M. Gustave Doret avait, sous ses ordres, M. Georges Fouilloux.

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Le travail des choristes s’est exécuté sous la direction du chef des chœurs : M. Charles Mayor, ayant comme adjoint : MM. Alexis Porchet, Maurice Gaulaz et Charles Hemmerling.

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Un maître de ballets, M. Georges Mériadec, s’occupa, avec compétence et savoir-faire, de la partie chorégraphique ; la mise en scène fut confiée à M. Ed. Vierne avec M. Durec comme régisseur général… et quel génial régisseur !

Pour les grands rôles de solistes on fit appel à Mme. Berthe de Vigier (1890 - 1987) (grande-prêtresse de Cérès) de Soleurs, M. René Lapelletrie (grand-prêtre de Palès), et M. Hector Dufranne (grand-prêtre de Bacchus), ces deux derniers occupants des emplois en vue à l’Opéra-Comique de Paris. [Lapelletrie et Dufranne, deux amis de Doret, un enregistrement de Lapelletrie. Une bio de Dufranne]

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Un rôle nouveau fut ajouté, celui du « Paysan » où notre bon ténor suisse, M. Ernest Bauer, [Ténor] symbolisa le travailleur de la terre et chanta, entre autres jolis airs, Le blé qui lève avec le refrain rapidement devenu populaire : « Blé qui lève, blé qui mûrit, tu deviendras notre pain ». [Écoutez ici]

On sait qu’en 1889 et 1905 ce fut le notaire Currat, de Bulle, qui chanta le Ranz des Vaches. Cette fois-ci, c’est à Châtel-Saint-Denis que l’on trouva son successeur en la personne de M. Robert Colliard, aujourd’hui conseiller national (1951-1960), à la belle prestance et à la voix forte.

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A signaler encore deux rôles nouveaux : le vannier – M. Emile Dutour, sympathique ténor veveysan – et le chevrier, dont la chanson alpestre fut lancée, à tour de rôle, par deux petits Fribourgeois.

[Il y avait donc deux chevriers ! Pourquoi, alors en présenté toujours un seul dans les documents d’archives ?]

 Fête des Vignerons [13.2]

Au cortège on vit apparaître le « Messager boiteux », seul vénérable témoin – né en 1708 – du prodigieux développement pris par la « bravade » d’autrefois.

La construction des estrades fut entreprise au début de mai. Disposée en fer à cheval, cette superbe arène pouvait contenir plus de 14000 personnes (le dernier jour il y en eut 16000). Elégante dans sa forme, répondant aux conditions exigées par le confort et l’acoustique, l’enceinte était fermée du côté nord par des remparts de ville ancienne, chemin de ronde et trois portes monumentales.

[La Photo du Grand-Choeur, ci-dessus, montre les remparts et portes monumentales.]

Il fut désigné, ensuite de concours, un photographe et un opérateur de cinéma officiels.

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Malheureusement, la technique n’étant pas encore très au point, une tentative de prise de films en couleurs échoua. Il fallut donc se contenter de contempler, sur l’écran, les scènes sans le chatoyant complément du coloris.

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[Ici, s’impose un commentaire. Les organisateurs ont donc été, déjà en 1889 en photographiant et en 1905 en filmant la Fête, dans la modernité, à la pointe du progrès ; pour 1927 en voulant filmer en couleur la Fête, le défi était un peu trop grand. Rappelons qu’en 1927 était l’année de sortie du premier film parlant : Le Chanteur de Jazz et que depuis quelques années déjà, des procédés de captages couleurs existaient un peu partout. Donc, on pouvait, lors de cette Fête des Vignerons, théoriquement, filmer et obtenir un long métrage qui aurait été une grandiose propagande pour Vevey. Mais, fallait-il encore avoir le matériel et les opérateurs de haut niveau pour une telle réalisation.]

M. henry Bordeaux, le grand écrivain et académicien français, écrivit dans L’Illustration ce qui suit :

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Je sors de l’amphithéâtre, grisé de soleil, de musique, de couleurs, avec l’enthousiasme que devaient éprouver les Grecs aux processions des Panathénées. Tout un peuple communiant dans un même sentiment d’amour, collaborant à la même œuvre d’art non point en se contraignant, mais tout simplement, parce qu’il est guidé vers sa poésie naturelle, c’est là une sensation si pleine et si heureuse qu’on regrette un peu de l’éprouver hors de chez soi.

Dans le décor romantique par où va paraître le cortège, le public est rassemblé sous le soleil qui est éblouissant et achève le décor de plein air sur les montagnes avoisinantes. Les portes s’ouvrent et ce sont les chars et les cortèges des saisons : la déesse Palès, blanc et or sur son char doré ; la déesse Cérès, toute rouge, avec les canéphores chargées de bluets et de coquelicots ; Bacchus couché sur un lit de vendange. Deux mille figurants aux costumes multicolores, vont se masser dans le fond et, tandis que défilera l’une des saisons, les autres ne cesseront pas de garnir ce fond de décor et, par les mouvements et les changements continuels des acteurs, lui communiqueront la diversité de la vie. Invocations, défilés, chants, danses, ballets, la Fête des Vignerons est un mélange de poésie, de musique et de couleur. Elle est l’hymne au travail et à la paix. Hymne au travail et à la paix à quoi l’on souhaiterait l’assistance de nos professeurs, de nos instituteurs, de notre jeunesse, parce qu’ils y apprendraient comment on aime son pays, sa gloire et sa liberté et comment les fêtes se marient heureusement à l’effort et à la peine. Il faut pour la réussite de tels vastes mouvements rythmés la collaboration d’un peuple tout pétri de traditions locales.

Le cortège des saisons commence par l’hiver. La nature ne s’endort plus. Les bûcherons abattent le bois, les forgerons préparent les outils, les laboureurs vont surveiller le blé qui lève sous la neige, les vanniers passent dans leur roulotte, et c’est un des plus charmants tableaux.

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A partir du printemps, l’effet ne cessera pas de grandir jusqu’à la bacchanale de l’automne.

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A la grandeur de ce spectacle, on détachera tel tableau plus achevé ou plus émouvant : la roulotte des vanniers avec l’éclat de ses châles bohémiens, l’offrande à Cérès avec le merveilleux et lent ballet des porteuses de bluets et de coquelicots, la bacchanale finale avec les faunes bondissants vêtus de peaux de panthères et les nymphes éperdues aux tuniques orange, soufre ou jaune paille. Moi, j’en admire surtout l’ensemble parce que j’y recueille l’attestation d’un cœur populaire battant à l’unisson.

Magnifique et lumineux spectacle, mais né tout simplement d’une petite manifestation locale : la récompense publique donnée en présence de tout le canton à de braves vignerons. Et l’on a maintenu la tradition. Avant les somptueux défilés, l’abbé-président de la vieille confrérie a fait l’appel des vignerons couronnés. Quand le premier lauréat a été appelé, tout vieux et tout courbé sous le poids des ans, du travail et de l’honneur, avant qu’il s’en allât sur l’estrade recevoir sa couronne de laurier comme un triomphateur, sa vieille femme, qui était parmi les figurants, l’a attrapé au passage et lui a donné l’accolade. Elle ne jouait pas de rôle et le geste n’était pas prévu. Il y a, dans la Fête des Vignerons, une partie qui n’est pas jouée et qui vient du cœur de tout un pays traditionnel. Ce baiser de vieille femme, c’était tout le rappel naturel du passé ! Il donne un sens humain à cette merveilleuse parade qui cesse d’être une parade parce qu’elle exprime réellement tout un peuple…

La jeune fille et la vache… la modernité est sur cette photographie, la jeune fille fait une photo et l’on voit sur son poignet une montre bracelet.

La jeune fille et la vache… la modernité est sur cette photographie, la jeune fille fait une photo et l’on voit sur son poignet une montre bracelet.

La Fête des Vignerons de 1927 s’est terminée en beauté, sans un seul accident ou incident de nature à la troubler. Toutes les représentations ont eu lieu par un temps agréable, et le soleil a bien voulu être presque constamment de la partie.

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Un seul cortège, celui du samedi 6 août, a dû être écourté à cause d’un orage qui éclata intempestivement alors que les troupes revenaient en ville après avoir traversé La Tour-de-Peilz. Il n’en est résulté aucun dommage appréciable et, lundi 8 août, les toilettes étaient aussi fraîches qu’avant.

D’unanimes et enthousiastes témoignages de satisfaction ont été publiés par la presse mondiale. Plusieurs personnalités diplomatiques, accréditées à Berne, assistaient à la représentation officielle du 1er Août. Elles ne tarissaient pas d’éloges sur l’organisation et la magnificence de la Fête veveysanne ; elles exprimaient aussi leur étonnement de ce que, dans un si petit pays, puisse surgir une manifestation aussi belle et aussi vaste.

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Ces louanges, ajoutées au succès de la Fête des Vignerons, sont la vraie, la seule récompense qu’en attendent la Confrérie des Vignerons, organisatrice, et les figurants.

La fête en chiffres

2000 figurants, 5 corps de musique, 1 orchestre de 150 exécutants
6 représentations

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Les places coûtent entre 5.50 et 82.50 francs

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La Fête coûta 1 202 497 francs
Bénéfice: 216 215 francs

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Capital de garantie: 388 500 francs souscrits par 725 souscripteurs et 75 000 francs par la Confrérie

Emile Gétaz

[Emile Gétaz, Abbé-président de la Confrérie des Vignerons de 1941 à 1952]

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