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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 17:42

Enfin, ce fut la Fête.

Les représentations, qui se déroulèrent au nombre de onze entre le 1er et le 14 août, furent précédées de diverses manifestations. Ainsi, le 24 juillet, la musique de la Garde Républicaine donna un concert « triomphal » dans l’enceinte même où allait se dérouler la Fête, sous la direction de son chef, François-Julien Brun. La première répétition, en costumes, se fit le mercredi après-midi, 28 juillet. Enfin, le samedi soir 30 juillet, une répétition générale, avec un prix des places modique, attira déjà une très grande foule de spectateurs.

Toutes les représentations prévues purent avoir lieu, soit cinq le matin, les 1er, 4, 6, 9 et 12 août et six le soir, les 2, 5, 7, 10, 13 et 14 août. Pour être précis, disons que la représentation du 7 août, qui débuta sous la pluie, fut reportée au 8 août, et celle du 12 août, à cause du mauvais temps également, fut reportée le même jour à 14 heures. Elle se déroula, comme les autres représentations diurnes, sous un gai soleil.

Le souvenir de la première représentation, qui eut lieu le lundi 1er août 1955 – même date et jour qu’en 1927 – ne s’effacera pas de sitôt de la mémoire de ceux qui l’ont vécue. Les tonnerres d’applaudissements qui s’élevèrent, par moments, firent craindre aux membres du comité des constructions que les estrades ne s’écroulent. Il n’en fut rien. Les assemblages tubulaires tinrent bon, comme ils résistèrent à la dernière représentation, le soir du 14 août, au poids des centaines de spectateurs occupant des places supplémentaires, car personne ne voulait manquer de voir ou de revoir la Fête.

Au banquet officiel du 1er août, l’enthousiasme débordant de tous fut absolument émouvant. A l’heure des discours, quelques solides figurants, d’un geste spontané, portèrent en triomphe, à travers la vaste tente-cantine, installée à la rue Louis-Meyer, le président de la Confrérie, M. Max Petitpierre, le général Guisan et M. Paul Chaudet, conseiller fédéral et membre d’honneur de la Confrérie.

L’ordonnance du spectacle fut impeccable. Contrairement à ce qui se passait aux autres Fêtes, les figurants, après avoir fait leur tour de danse et de chant quittaient l’arène pour assister à la représentation dans des niches pratiquées sous les estrades.

Les ensembles de la musique de la Garde Républicaine et du Grand Chœur donnèrent une ampleur particulière aux compositions de Carlo Hemmerling.

A chaque entrée des chars, abondamment fleuris, des déesses Palès et Cérès et celui, couvert de pampre, de Bacchus, des exclamations crépitaient. Palès, déesse du printemps, était Mlle Françoise Broillet, domiciliée à Corseaux, la blonde Cérès était Mlle Monique Muller, de Savigny, et Bacchus était représenté par le jeune Henri Payot, de Montreux. Le Bacchus d’hiver, Dionysos, était M. Henri Neyroud. Quant à Silène, juché sur son âne, il était représenté par M. Raymond Monnier, de La Tour-de-Peilz.

Chaque saison avait ses ballets, ses chants et ses danses et l’on ne saurait dire lesquels eurent le plus de succès. A part les productions populaires et folklorique, comme le célèbre « Ranz des Vaches », la « Lauterbach », certains ballets, comme celui des fleurs avec la participation de 150 jeunes filles en primevères, violettes ou pâquerettes entourant la danseuse étoile Vyroubova, celui des archers du soleil, aux casques étincelants d’or, avec Michel Renault, la grande roue du pressoir dont les rayons étaient formés par 600 enfants en tenue d’automne, et surtout la bacchanale, suivie de la bouillonnante, trépidante et haute en couleurs farandole, resteront gravés longtemps dans les mémoires.

Que dire aussi des superbes Cent-Suisses sous le commandement du Conseiller aux Etats Frédéric Fauquex, de Riex, tandis que le groupe des cavaliers comptait, dans ses rangs, le Colonel Commandant de corps Robert Frick ?

Tout fut fait pour donner aux représentations un éclat spectaculaire encore jamais égalé.

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Comme à chaque Fête, il y eut des sorties de groupes, en costumes, à Morges, à Evian, à Rolle, en Gruyère, etc., qui portèrent hors des murs, et d’une façon vivante, l’exceptionnelle ampleur de la Fête des Vignerons.

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Il y eut trois cortèges, le 1er, 7 et 24 août.

Ils attirèrent une foule considérable dans les rues de Vevey et La Tour-de-Peilz, décorées avec faste selon les plans du comité de construction et décoration. L’effort de la population, dans ce domaine, fut remarquable. On évalua à près de 200 000 les spectateurs accourus pour voir le cortège du 14 août.

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La traditionnelle fête de nuit sur le lac eut lieu le samedi 6 août. Elle obtint un certain succès, malgré un lac légèrement maussade.

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Les animaux eurent une grande part dans cette Fête, puisqu’il y avait non seulement quelque soixante chevaux, des bœufs, un magnifique troupeau de vaches, mais aussi des moutons, un mulet, un âne, des chiens et des milliers de pigeons.

Enfin, une manifestation annexe ne concernant pas la Confrérie des Vignerons, mais certains de ses membres, la Foire aux Vins vaudois – qui avait été instituée à Vevey, il y a une trentaine d’années – eut lieu en 1955 aux même dates que la Fête et à proximité de l’emplacement de celle-ci.

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La Fête prit fin le soir du 14 août, ou plutôt au matin du 15, puisque la représentation du 14 fut suivie du traditionnel bal des figurants, en costumes, qui dansèrent sur l’emplacement même où ils avaient si bien tenu leur rôle au cours des onze représentations de la Fête.

De toutes parts, ce ne fut qu’un concert de louanges à l’adresse de la Fête. Des écrivains comme Emile Henriot, de l’Académie française, qui l’avait vue en 1905, ou comme Gérard Bauer, de l’Académie Goncort, ne cachèrent pas leur enthousiasme de revoir la Fête. Elogieux furent aussi Jacques Chenevières, écrivain à Genève, et tant d’autres, dont Emile Vuillermoz, célèbre critique musical à Paris. Ces échos et d’autres furent portés aux quatre coins du monde, par la presse, la radio, la télévision, et même le cinéma. En effet, un film en couleurs dit « officiel » fait la joie de quantités de spectateurs, à côté de nombreux films d’amateurs, fort bien exécutés.

A mentionner également, le plaisir que prit René Morax qui avait été l’auteur du livret de la Fête de 1905, soit cinquante ans auparavant.

Voici une opinion de Mme Béatrix Dussane, de la Comédie française, un nom qui fait autorité en matière de théâtre :

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Pendant toute la durée de ma carrière, j’ai entendu les spécialistes du théâtre citer la Fête des Vignerons de Vevey comme une manifestation unique, grande non seulement par le nombre des participants ou l’importance des moyens mis en œuvre, mais aussi par son caractère de célébration traditionnelle, où tous les citoyens d’un même terroir harmonisent leurs efforts, dans une même allégresse à la fois fière et fidèle.

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Je pense (et je ne suis pas seule de cet avis) que la Fête des Vignerons est le seul événement de cet ordre qui offre des ressemblances sociales avec les grandes solennités du théâtre antique. Elle peut aussi nous donner une idée de ce que furent nos grands « mystères » du Moyen Age, où toutes les activités d’une ville concouraient à la tâche collective, où il y avait place pour les chefs-d’œuvre de toutes les confréries et corporations.

Il nous souvient d’une réception organisée par l’Abbé-président et Mme Dénéréaz, où le grand acteur et cinéaste Charlie Chaplin déclara que son émotion avait été telle que des larmes roulaient sur ses joues pendant les phases les plus belles et les plus prenantes du spectacle.

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Serge Lifar, le célèbre danseur étoile et maître de ballets de l’Opéra de Paris, venu pour une représentation, resta à Vevey et en vit cinq. Enfin, des personnes de tous les milieux, grands de ce monde ou modestes citoyens, furent enthousiasmés par le « miracle » de Vevey.

L’ampleur du succès de la Fête, s’est traduit par des chiffres. Tout d’abord le capital de garantie constitué pour la Fête fut largement souscrit et, malgré des dépenses d’un montant d’environ 4 millions 700 mille francs, la Fête laissa un joli bénéfice, qui a permis aux Conseils de faire deux parts avec la fortune de la Confrérie, l’une servant à l’encouragement de la culture de la vigne soit par les visites des experts et la distribution de récompenses aux vignerons méritants, soit par la mise à disposition de l’Etat d’une vigne expérimentale. L’autre partie restant à disposition pour la garantie des Fêtes futures.

Et maintenant, la Confrérie, dont on peut admirer le musée et la salle des Conseils, au Château – qui fut la Belle Maison de Tavel au temps des ducs de Savoie, puis la résidence des baillis bernois – peut aller de l’avant vers la prochaine Fête en honorant sa belle devise « Ora et Labora » (prie et travaille).

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Lors de la Triennale du 24 avril 1961, il a été inauguré une pierre commémorative, placée au centre de la place du Marché. Il s’agit d’une pierre de pressoir offerte à la Confrérie par M. Paul Demierre, l’actuel président du rière-conseil, sur laquelle ont été gravées les dates des Fêtes célébrées sur la place, dès 1897, et la devise de la Confrérie.

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Emile Gétaz Abbé-président, 1969

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