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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 16:51

La Fête de 1851

Il se passa dix-huit ans avant que fut entreprise l’organisation d’une nouvelle Fête des Vignerons.

Entre-temps, en 1847, les statuts de l’Abbaye furent révisés, et c’est sous le nom de Louable Confrérie des Vignerons que nous la retrouvons. Elle décide que la solennité serait fixée sur les 7 et 8 août 1851. La décision fut prise par l’assemblée du 29 décembre 1850, et la publication eut lieu le 25 mai.

La Troupe de Palès 1851

La Troupe de Palès 1851

Un auteur inconnu publia, au début de 1851, un ouvrage intitulé : La Fête des Vignerons et les Rives du Léman et qui débute par un avant-propos disant :

Heureux voyageurs qui parcourez, cette année, la Suisse, venez tous voir la merveille du Léman, la Fête des Vignerons, qui se célèbrera les 7 et 8 août, à Vevey.

Puis suit une notice historique sur les origines de la Confrérie et de sa Fête.

L’auteur a dû s’informer du programme de la Fête car il publia les renseignements suivants qui nous fixent sur ce qu’il est prévu de nouveau :

J’apprends que l’amphithéâtre, sur la Grande-Place, sera barré par de grandes portes (arcs de triomphe par où pénétreront les divers corps.) [Ces portes furent dessinées par le peintre François Bocion.] Il y aura ainsi les portes de Palès, Cérès et Bacchus. Les estrades pourront contenir 8000 personnes. Le tout sera richement décoré et rien ne sera épargné pour donner à la Fête tout le lustre possible.

Bacchus sera traîné par quatre chevaux blancs, conduits par des Indiens en costumes très rutilants. Les déesses Palès et Cérès, dans des chars aux dais brillants, seront traînées par des bœufs blancs aux cornes dorées. La scène du couronnement sera de toute beauté : l’invocation des Suisses à la vieille Liberté Helvétique, par M. Richard, d’Orbe, musique de M. Grast, de Genève, exécutée par 160 musiciens, est grandiose et toute nationale. L’invocation à la Divinité, qui sera chantée par 500 chanteurs, 200 enfants, et accompagnée de plus de 200 musiciens, promet d’être parfaite comme exécution ; la musique en est sévère, et le chant large de M. Monnier restera longtemps dans la mémoire. Les chants doux et suaves de la troupe du Printemps et de celle de l’été, puis la grande Bacchanale, sont autant de morceaux qui feront fureur ; les intermèdes, remplis de finesse, du rémouleur, du meunier et de la noce, feront le plus grand plaisir. Joignez à cela les gracieux ballets des bergers, des jardiniers, des vignerons et d’autres corps, composés par M. Archinard, et vous aurez une juste idée de l’ensemble et du lustre de cette manifestation.

Chacun voudra aussi entendre le Ranz des Vaches et les chants en patois dans toute leur simplicité. Les soli seront exécutés par MM. Mülhauser, Massol et Coindet. Quant à la richesse des costumes, ils ne laisseront rien à désirer.

L’abbé-président était M. François Déjoux, négociant en vins.

M. Mülhauser, à qui fut confiée la composition du livret, s’entoura de collaborateurs : Albert Richard, Marc Monnier, Petit-Senn, Oyex-Delafontaine.

Le musicien genevois François Grast avait composé une partition qui contribua au succès éclatant de la Fête.

C’est un jeune Anglais, en séjour chez nous, qui représenta Bacchus. [Pourquoi ! N’y avait-il pas un jeune garçon de Vevey pour ce rôle ? Ou alors, le riche papa Anglais a payé pour obtenir ce privilège ?]

L’enthousiasme populaire doit être contenu à l’entrée du char de Bacchus dans l’arène de la Fête des Vignerons 1851,

L’enthousiasme populaire doit être contenu à l’entrée du char de Bacchus dans l’arène de la Fête des Vignerons 1851,

Les couplets chantés par le rémouleur obtinrent un succès extraordinaire ; ils étaient dus à la verve du spirituel poète genevois Petit-Senn. Le refrain était :

Je fais piquant, je rends poli

Ce qui n’est plus neuf ou joli.

Et voici quelques-uns des couplets :

Vignerons, par moi vos outils

Coupent sans cesse à votre guise ;

Mais pour vos brillants appétits,

C’est le travail qui les aiguise.

***

Gens de tant d’orgueil revêtus,

Dont la race en tous lieux abonde,

Venez, je vous rendrai pointus

Et vous percerez dans le monde.

***

Orateurs dont les longs discours,

De nos Conseils font la détresse,

Venez, je vous rendrai plus courts,

Et l’on bénira mon adresse.

Le repas fut servi à un millier de participants sous les marronniers de l’Aile ; « il fut – dit la chronique – simple et frugal, mais une gaîté du meilleur aloi ne cessa d’y régner. »

Les musiques participant aux Fêtes étaient, en premier lieu, ce que la chronique appelle des « joueurs d’instruments ». Il est fait mention, au début du XIXe siècle, de la « Musique Hoffmann », laquelle, constituée par un groupe assez important d’exécutants, était très connu et fort populaire à Lausanne, Vevey et dans le canton. On trouve ladite Musique déjà mentionnée aux manifestations des « Patriotes » du banquet des Jordils (Ouchy) en 1792.

Les Hoffmann se succédèrent de père en fils jusqu’à l’extinction de la branche vers 1880.

L’un d’eux, Jules-Louis (1812-1898), fut trois ans organiste et maître de musique au Collège de Vevey.

En 1819, il est simplement mentionné que : Les musiques exécuteront, après le couronnement des vignerons, l’air : « O ma Patrie ! O mon Bonheur ! » Il est parlé aussi d’une Fanfare des trompettes des Suisses et de Tambours et Fifres. En 1833 on lit que : 90 musiciens exécuteront l’air : « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa Patrie ? » En 1851 ce sont les trois musiques (Palès, Cérès et Bacchus) qui entonneront la Marche triomphale d’entrée. Il est mentionné, pour les accompagnements : Musiques de cuivre et orchestres d’harmonie.

Il fut publié cinq grandes planches de 50 centimètres sur 36, représentant les troupes d’honneur, de Palès, de Cérès, de Bacchus et de la Noce, en cortège avec chars et attributs. En plus il y eut deux planches : vue d’ensemble sur la Grande-Place.

Dès 1851 il fut édité et mis en vente une partition, avec accompagnement de piano, des chants et airs de ballets exécutés aux Fêtes des Vignerons.

Les Chiffres :

900 figurants, 3 représentations

Les places coûtent entre 1 et 5 francs

La Fête coûta 64 850 francs

Déficit 20 367 francs

Commentaires : On s’aperçoit que la Fête suscite de l’intérêt dès ses débuts, pour enfler et arriver à un statut presque définitif en 1851. Pourtant, on constate aussi qu’un déficit est signalé à chaque fois, et il faudra attendre 1889 pour voir un bénéfice. Pour ce XIXe siècle, il semble que la Fête doive grossir encore, avec plus de participants, plus d’estrades, plus de public et plus d’ambitions, peut-être, des organisateurs.

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