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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 15:09

« Ce parti pris, le conseil se sépara à huit heures du soir, et tandis que les seigneurs de la cour armaient leur suite, pour la joindre aux gardes du corps et aux chevaux légers, le colonel Pfyffer donna ses ordres pour cette retraite. Vers minuit du 28 au 29 septembre, dix compagnies Suisses prirent les devants et se formèrent en bataille, à un quart de lieue de Meaux, pendant que les dix autres compagnies faisaient la garde, avec beaucoup de vigilance, auprès de la maison royale. Plusieurs habitants escaladèrent les murs avant la pointe du jour, afin d’informer le prince de Condé de ces dispositions. Le roi et toute sa famille monta à cheval, dès que le jour commença à poindre, suivi de toute la cour, il coupa par divers sentiers, et se rendit de cette manière, auprès de la première division du régiment de Pfyffer, dont les dix dernières compagnies sortirent en même temps de Meaux, et formèrent l’arrière-garde. Les deux flancs de cet espace étaient couverts, à la droite, par le connétable, à la tête d’un escadron de seigneurs et de gentilshommes de la cour, et à la gauche, par le duc de Nemours, conduisant les gardes du corps et les chevaux légers, ou archers de la garde. Les Suisses marchaient d’un air déterminé, et avec beaucoup d’allégresse, en chantant les chansons de guerre, faites sur les victoires remportées par leurs ancêtres, dans les guerres de Bourgogne et de Souabe.

« Après avoir marché de cette façon, pendant une lieue, l’on découvrit la cavalerie des protestants, au-delà de la Marne, derrière des arbres, et le prince de Condé faisant passer la rivière, sur un pont de bateaux, à 1000 cavaliers, qui au bout d’une demi-heure, furent renforcés par 1000 autres chevaux, cachés dans les villages voisins. Dans ce moment critique, Pfyffer forma son bataillon quarré, sur cinq rangs, dont les piquiers composèrent les trois premiers et les hallebardiers les deux derniers. Il plaça les arquebusiers dans les quatre angles, en leur défendant de tirer, à moins qu’ils ne fussent sûrs d’abattre un ennemi à chaque coup. Le roi avec ses frères, la reine mère, les ambassadeurs et les dames de la cour, se mirent au milieu de ce bataillon quarré, tandis que le connétable et le duc de Nemours en couvraient les flancs, avec le peu de cavalerie qu’ils avaient. Comme les protestants s’approchaient, Pfyffer fit faire la prière à genoux à son régiment, après quoi il fit serrer les files, présenter les piques aux ennemis, et exhorta les officiers et les soldats à bien conserver leurs rangs et leurs files en marchant.

« Ces précautions prises, ce corps continua sa marche ; ce fut en vain, que le prince de Condé et l’amiral l’attaquèrent de front, à la tête de 2000 chevaux, tandis que d’Andelot et le comte de la Rochefoucauld le chargeaient en queue, avec un gros de cavalerie. Le bataillon s’arrêta, et avec une contenance fière, fit face toutes les fois qu’il fut attaqué, continuant sa marche, après avoir repoussé les ennemis, et chaque soldat observant, avec une précision admirable, les ordres de ses officiers. Les généraux protestants voyant l’impossibilité d’entamer les Suisses, et ayant perdu beaucoup de monde par le feu aussi vif que soutenu de leurs arquebusiers, se retirèrent dans les villages voisins, après avoir attaqué et côtoyé le régiment de Pfyffer, pendant sept lieues de chemin ; tantôt le devançant et tantôt le chargeant de tous côtés. Cependant le connétable averti, qu’il arrivait de Lagny aux protestants, un renfort de 1500 arquebusiers, pressait la marche du bataillon, afin de lui faire passer un ruisseau qui traversait la plaine, et qui n’était guéable qu’en peu d’endroits. Ce passage se fit avec beaucoup d’ordre, en présence des ennemis, qui ne le troublèrent point, ce renfort d’arquebusiers ne leur étant pas arrivé.

Image pour illustrer les piquiers, ne correspond pas aux événements décrits.

Image pour illustrer les piquiers, ne correspond pas aux événements décrits.

« Ce fut le moment le plus dangereux de cette retraite, le jour étant déjà sur son déclin. Le ruisseau passé, le prince de Condé et l’amiral firent leur retraite dans les villages voisins. Dès qu’on les eût perdus de vue, la famille royale et toute la cour se rendirent avant la nuit tombante, à Paris, le connétable et le duc de Nemours couvrant cette troupe illustre, avec 900 à 1000 chevaux, à quoi se montaient leurs deux escadrons. Le régiment de Pfyffer continua sa marche sur deux colonnes, jusqu’au Bourget à deux lieues de Paris ; il s’arrêta deux heures dans ce bourg, pour repaître et se reposer, après quoi il se remit en marche, formé de la même manière, et arriva après minuit dans les faux-bourgs de Paris, extrêmement fatigué d’une journée aussi pénible, que remplie de dangers, dans laquelle il ne perdit cependant que 30 hommes.

« Le lendemain, les Suisses entrèrent dans Paris en fort bon ordre, le roi les vit défiler à la porte de St. Martin, fit beaucoup de caresses au colonel et aux principaux officiers, et dit publiquement, qu’après Dieu il reconnaissait devoir sa liberté et celle de sa famille, de même que le salut de son royaume, à la fidélité et à la bravoure de son régiment des gardes Suisses. Tous les princes et seigneurs de la cour, remplis de même que les principaux habitants de Paris, de reconnaissance pour un pareil service, comblaient les officiers Suisses, d’honneurs et de caresses ; c’était à qui leur ferait le premier, les festins les plus somptueux.

« Le roi ayant accordé la solde de bataille au régiment de Pfyffer, le fit repartir et loger dans le faux-bourg de St. Honoré.

« Nous remarquerons encore ici, que toute la gloire dont ce corps se couvrit à cette journée mémorable, fut autant due à sa discipline, qu’à sa bravoure. »

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