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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 16:18

LE GÉNÉRAL DUFOUR

Esquisse biographique, par Jean-Etienne Genequand, Genève, Département militaire cantonal, 1987

Les ponts [2]

Paradoxalement, l’un des Suisses les plus célèbres du XIXe siècle et de notre histoire confédérale, Guillaume-Henri Dufour, n’est pas né dans sa patrie, mais en Allemagne. En effet, son père, Bénédict Dufour, descendant d’une très vieille famille de la campagne genevoise, avait émigré lors des troubles que connut Genève à la fin du XVIIIe siècle et c’est à Constance, où demeurait la famille Dufour, avec une importante colonie d’exilés genevois, que Guillaume-$Henri naquit le 15 septembre 1787.

Le séjour de la famille Dufour sur les bords du Rhin ne dura que trois ans : autant dire qu’il ne marquera pas le jeune garçon, dont les premiers souvenirs comme la première instruction sont genevois.

En 1797, il entre au Collège, mais l’on ne saurait dire qu’il y fut le meilleur. Sauf à organiser des batailles entre « galopins » et à regarder manœuvrer les troupes françaises – qui depuis 1798 ont envahi Genève – il ne manifeste guère de talents particuliers. Sorti du Collège au début du XIXe siècle, il commence par se tourner vers la chirurgie et entre dans un hôpital militaire. Ce qu’il y vit fut peut-être pour lui une ouverture sur le sort des blessés des champs de bataille et permet de mieux comprendre son attitude future comme commandant en chef lors de notre dernière guerre civile, le « Sonderbund », ou comme fondateur de la Croix-Rouge.

Sa véritable vocation ne lui vint pourtant que le jour où il apprit l’existence à Paris d’une école polytechnique, qui préparait de futurs officiers et permettait d’échapper à la conscription qui sévissait à Genève comme dans tous les territoires soumis au pouvoir français. Il veut y entrer et décide son père à lui faire donner les leçons de mathématiques nécessaires, ce qu’il avait retenu de l’enseignement du Collège n’étant guère suffisant. Il donne en outre des leçons de dessin pour ne pas trop grever la bourse familiale et passe le concours d’entrée, qu’il réussit, en 1807. (20 ans)

Il part donc pour Paris où les deux années qu’il y passe révèlent l’homme qu’il sera toute sa vie : travailleur, sérieux, intelligent, voire brillant et dévoué à ses camarades. Entré cent-quarantième au concours, il sort de Polytechnique cinquième en 1809. Devant choisir une arme, il opte pour le génie. Affecté à « l’école pratique » de Metz pour parfaire sa formation, il s’y rend en passant par Genève où il revoit sa famille pour la première fois depuis deux ans. Son séjour à Metz est de courte durée : à la fin de 1809 en effet, les cinq premiers de l’école d’application sont envoyés sans délai à Corfou, limite orientale extrême de l’empire napoléonien, pour participer aux travaux de fortification de l’^le contre les Anglais. Nommé capitaine pendant son séjour corfiote, Dufour participe et dirige certains travaux de fortification et lève le plan de la forteresse selon une méthode de dessin permettant de voir le relief.

Il courut à Corfou le plus grand danger de sa vie, le jour où les Anglais attaquèrent les canots avec lesquels les Français avaient fait une reconnaissance. Le feu ayant pris aux réserves de poudre, Dufour, sévèrement brûlé, dut s’enfuir à la nage en grande tenue.

Le premier retour des Bourbons obligea les Français à remettre l’île aux Anglais, puis à embarquer pour Marseille d’où, par Aix, Dufour gagne Grenoble, ville dans laquelle il s’occupe de l’organisation du génie. Il obtient ensuite un congé qui lui permet de revenir à Genève. C’est là que la nouvelle du retour de Napoléon l’atteint ; il est alors envoyé à Lyon, pour collaborer aux travaux de fortification de la ville contre une attaque prévue des Autrichiens. La seconde défaite de Napoléon, à Waterloo, fait de lui un officier en disponibilité avec, en consolation, la croix de la Légion d’honneur. Il ne lui reste plus qu’à rentrer à Genève, incertain de son sort et de son avenir.

En 1817 (30 ans), l’offre lui est faite d’un commandement à Briançon, à condition, Genève étant maintenant suisse, qu’il se fasse naturaliser Français. Dufour hésite, puis choisit son ancienne patrie. Il n’aura pas à le regretter : rapidement de nombreux travaux lui sont confiés. Il devient en effet commandant du génie genevois, ingénieur cantonal – chargé comme tel du cadastre et de la levée de la carte du canton – ainsi que chargé de cours de mathématiques à l’Académie. En 1819, il entre au Conseil Représentatif.

À suivre

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