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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 17:52

Si son commandement n’est pas ce qui a le plus marqué, son travail d’ingénieur a laissé des traces jusqu’à nos jours. Le cadastre genevois levé sous ses ordres sert encore aujourd’hui, dans certains cas, de point de repère. La carte du canton, dressée à l’échelle 1 :12'500, en seize feuilles, est restée manuscrite. En revanche, un exemplaire au 1 :12'000, en quatre feuilles, fut gravé (les cuivres existent encore) et tiré à de nombreux exemplaires d’une grande qualité.

Les ponts [3]

Mais c’est comme ingénieur civil qu’il donna toute sa mesure. Membre du Conseil Représentatif, il plaide pour une amélioration de l’esthétique et de l’urbanisme de sa ville du côté du lac. Il fait triompher ses choix et le Grand Quai, le quai et le pont des Bergues, de même que l’Ile Rousseau – tels que nous les connaissons – sont le fruit de ses travaux. Il participera aussi à l’installation, par Pradier, de la statue de Rousseau sur l’Ile des Barques, qui prendra alors le nom du philosophe genevois. Enfin, il aménage un jardin botanique dans l’actuelle promenade des Bastions.

L’ouverture de Genève sur la Suisse, par le lac – n’oublions pas que le chemin de fer n’existe pas encore – se concrétise par l’appui que Dufour donne à la navigation par bateaux à vapeur. Mais Genève est encore enserrée dans ses remparts et la partie principale de la ville, sur la rive gauche, ne possède que deux portes, à Rive et à Neuve. Dufour jette donc un pont « de fil de fer » entre les remparts et la campagne environnante, dans la région de Florissant. Il participe encore à la reconstruction de l’Observatoire, qui se trouvait jusqu’il y a une trentaine d’années face à l’actuel Musée d’art et d’histoire. Ses travaux à Genève sont connus en Suisse, et le gouvernement fribourgeois, par exemple, le consulte pour la construction du pont suspendu du Gottéron.

Quelques années après sa mort, on reconstitue l’attaque Anglaise à Corfou, vu par Hébert dans les années 1880. (Si telle a été l’explosion pour Dufour, il n’aurait pas survécu.)

Quelques années après sa mort, on reconstitue l’attaque Anglaise à Corfou, vu par Hébert dans les années 1880. (Si telle a été l’explosion pour Dufour, il n’aurait pas survécu.)

Parallèlement à sa nationalité genevoise, Dufour est Suisse. Ce Genevois né en exile, qui doit sa formation à la France – patrie d’adoption à laquelle il a tout donné pendant huit ans – ressent le besoin de tout faire pour resserrer les liens entre Genève et la jeune Confédération d’une part, entre les différents cantons d’autre part. C’est comme officier fédéral qu’il pourra mettre en pratique cette importante idée.

En 1819 (32 ans), il crée l’école militaire de Thoune. Son but est à la fois d’améliorer et d’uniformiser la formation des officiers, afin d’obtenir une armée fédérale homogène, plus cohérente que la simple juxtaposition de contingents cantonaux entraînés séparément. En 1827 a lieu à Thoune, encore et toujours sous la direction de Dufour, le premier rassemblement de troupes de différentes armes, pour les instruire au service en campagne. Toujours dans cet esprit d’amélioration de la formation des officiers et de resserrement du lien confédéral, il fut très actif dans la création de la Société genevoise des officiers, qu’il présida de très nombreuses années, et de la Société suisse des officiers.

Par ailleurs, c’est en 1832 que Dufour commence sa grande œuvre scientifique, dont l’utilité pour l’armée est indiscutable, la carte topographique de la Suisse. Basée sur un travail de triangulation et de mensuration absolument remarquable, dont les difficultés d’exécution – particulièrement dans les régions alpines – sont à peine imaginables aujourd’hui, la carte assit à la fois la réputation de Dufour, mais aussi celle de la Suisse, en matière de topographie et de cartographie. Gravées sur cuivre, les premières feuilles parurent en 1846 et les dernières en 1864.

Les ponts [3]

A côté de ces activités d’instruction et de coopération confédérale, Dufour commande. Premier Genevois à être nommé colonel fédéral en 1827 (40 ans), il est chef d’état-major de l’armée levée en 1831, sous le commandement du général Guiger de Prangins, pour faire face aux menaces que faisaient courir à l’Europe la révolution de juillet à Paris et la lutte des Belges pour leur indépendance. Cette mobilisation révèle des lacunes importantes dans l’organisation militaire suisse : Dufour les constate et tente d’y remédier. Il fait en particulier mettre en état de défense les fortifications de Saint-Maurice, Luziensteig et Zollbrücke. Après la démobilisation des troupes, Dufour est nommé à titre permanent Quartier-maître général et inspecteur du personnel de l’armée fédérale, dont c’est la plus haute charge en temps de paix.

Les quinze années suivantes, qui voient dans notre pays de nombreux problèmes politiques dégénérer, permettront à Dufour de faire la démonstration de ses qualités militaires et morales. En 1833, il est, à la tête d’une division, chargé d’occuper la ville de Bâle et d’y ramener l’ordre troublé par de violentes querelles entre la ville et la campagne. L’année suivante, il reçoit pour mission d’évacuer les Polonais et les Italiens qui, après une expédition en Savoie, refluaient vers nos frontières. en 1838, une sérieuse menace de guerre plane sur les relations entre la France et la Suisse. Notre pays refusait d’expulser le prince Louis-Napoléon. Ce dernier, citoyen d’honneur du canton de Thurgovie et capitaine dans les troupes bernoises, avait été l’élève de Dufour à l’école militaire de Thoune en 1830 et une véritable amitié liait les deux hommes. L’intervention diplomatique et personnelle de Dufour permit de réduire la tension, le prince ayant quitté spontanément la Suisse, alors que les deux pays avaient déjà mis leurs troupes sur pied.

Commentaire: La biographie va prendre le chemin plus militaire que celui de l’ingénieur ; cependant, ses activités d’ingénieur ne sont pas au repos pour autant, au contraire.

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Vous pouvez lire: Ponts Du Valais

Et aussi, Neuf pages Dufour et les ponts suspendus.

À suivre

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