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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 15:49

Mais ce qui fit le plus pour la réputation de Dufour fut l’affaire du Sonderbund. La Restauration, en 1814, avait ramené tant les hommes que les institutions de l’Ancien Régime sur le devant de la scène. Au début des années quarante pourtant, les institutions démocratiques avaient triomphé dans la plupart des cantons et les partisans de la démocratie faisaient de nombreux efforts pour remplacer le Pacte fédéral par une constitution mieux adaptée, qui transformerait l’ancienne Confédération de cantons en un Etat fédéral, doté d’un pouvoir central permanent. Seuls quelques cantons conservateurs s’accrochaient au « cantonalisme ». Ces discussions se doublaient d’un conflit religieux : les radicaux-démocrates professant l’anticléricalisme, les cantons catholiques et conservateurs se sentaient menacés dans leur autonomie. Ces derniers conclurent finalement une alliance séparée – en allemand Sonderbund – contraire au Pacte fédéral. Des problèmes religieux précis – suppression des couvents en Argovie, accueil des Jésuites à Lucerne – envenimèrent les choses. La Diète fédérale exigea la dissolution du Sunderbund, mais essuya un refus. En juillet 1847, elle vota alors sa dissolution à la majorité. Mais, plutôt que d’obtempérer, le Sonderbund organisa sa résistance. Tous autres moyens étant épuisés, la Diète leva des troupes et, le 24 octobre, nomma Dufour général, commandant en chef de l’armée fédérale.

Les ponts [4]

Après quelques hésitations, le général désigné accepta, fit ses plans et organisa six divisions. Il put enfin marcher sur Fribourg, dont il obtint la reddition le 14 novembre, sans avoir eu besoin de faire donner ses troupes. Tandis qu’une division restait sur place – pour occuper Fribourg et surveiller le Valais – Dufour se rendait en Argovie pour attaquer Lucerne et la Suisse primitive. Le combat décisif eut lieu à Gisikon le 24 novembre 1847. L’armée du Sunderbund fut finalement mise en déroute. L’Alliance séparée était dissoute, le Valais – isolé géographiquement – ayant à son tour abandonné la lutte. En vingt-six jours, le Général avait pacifié la Suisse, avec des pertes que l’on peut qualifier de minimes : soixante morts dans l’armée fédérale, vingt-six dans celle du Sunderbund, environ cinq cents blessés, sur des effectifs de cent mille hommes environ pour l’armée fédérale et soixante-seize mille environ pour celle du Sonderbund. Les civils avaient été épargnés, le pays également. Après le licenciement des troupes, Dufour rentre à Genève en janvier 1848. C’est une explosion d’enthousiasme, les félicitations et les hommages affluents de partout. la Confédération pourra se doter d’une constitution démocratique et ne sera pas touchée par la vague de révolutions qui secouera l’Europe en 1848.

Les ponts [4]

Après l’affaire du Sunderbund, Dufour fut appelé trois fois encore à prendre la tête de l’armée fédérale. En 1849 d’abord, lorsque des troupes hessoises violèrent l’intégrité du territoire suisse près de Schaffhouse. Dufour eut alors sous ses ordres des troupes des deux camps de 1847, ce qui acheva de sceller la réconciliation entre les parties. Le conflit fut réglé à l’amiable, sans action militaire.

Les ponts [4]
Les ponts [4]

Plus sérieuse fut l’affaire de Neuchâtel. Une insurrection royaliste avait remis sur le devant de la scène les droits du Roi de Prusse sur sa principauté, également canton suisse. Frédéric-Guillaume IV exigeait la libération des chefs de l’insurrection. Une médiation de Napoléon III, obtenue par Dufour, n’aboutit pas. Des deux côtés on mobilisa et Dufour fut nommé général en janvier 1857. Les deux armées se préparaient au combat, sur chaque rive du Rhin, lorsque les Chambres fédérales cédèrent finalement le 16 janvier. Une fois encore, la guerre avait été évitée, mais la détermination de Dufour à la conduite jusqu’au bout, le cas échéant, ne doit pas être mise en doute.

En 1859, lors de la guerre entre l’Autriche d’une part, la France et l’Italie d’autre part, Dufour fut une dernière fois nommé à la tête d’une armée fédérale chargée de protéger l’intégrité du territoire national dans les régions du Simplon et du Léman. Cette fois encore, il n’y eut pas d’action militaire.

Âgé de quatre-vingts ans, Dufour remet sa démission définitive d’officier au Conseil fédéral. Mais il a encore, dans deux cas, rendu service à sa patrie.

Les ponts [4]

En 1851, il a en effet présidé une commission chargée de préparer la voie à la création de l’Ecole polytechnique fédérale. Même si son projet initial a été sensiblement modifié, on peut néanmoins le considérer comme le fondement de la création de notre haute école.

Enfin, il ne faut pas oublier que Dufour – connu surtout comme homme de guerre ou comme ingénieur – fut l’un des cinq (avec Dunant, Appia, Maunoir et Moynier) qui lancèrent l’idée de l’aide aux blessés sur les champs de bataille, et que c’est surtout grâce à lui et à ses nombreuses relations à l’étranger que put être réunie la conférence de 1864 à l’issue de laquelle fut signée la première des conventions de Genève, véritable bas de la Croix-Rouge.

Retiré dans sa propriété de Contamines, Guillaume-Henri Dufour y est mort le 14 juillet 1875. Il eut droit à des funérailles nationales et moins de dix ans plus tard, une statue lui fut érigée, par souscription publique, sur l’une des plus belles places de notre ville.

À suivre

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