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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 17:07

Par Claude Torracinta [Lien Internet]

L’article est tiré de : « Chronique et Images, la Suisse en 1969-1970-1971 », collection dirigée par André Eiselé avec la collaboration de Claude Torracinta, Éditions Eiselé, 1989 2e édition.

21 juillet 1969. Deux hommes marchent sur la Lune en direct devant des centaines de millions de téléspectateurs et accomplissent ainsi une étape spectaculaire dans l’histoire de l’humanité.

Douze ans après le lancement du premier « Spoutnik » soviétique et huit ans après le premier vol dans l’espace de Youri Gagarine, les Etats-Unis remportent finalement cette course à l’espace qui faisait la Une des journaux depuis plusieurs années.

Cette conquête de la Lune donne le sentiment à l’homme des années septante que tout est désormais possible. Venant après des années d’expansion économique, elle paraît annoncer un nouvel âge d’or. Celui d’une société scientifique aux perspectives multiples et fascinantes. Celui aussi de la révolution informatique. Car, ne l’oublions pas, c’est l’ordinateur qui a permis la conquête de l’espace. Un ordinateur dont les millions de téléspectateurs de cette nuit historique du 21 juillet ignorent les immenses possibilités et ne savent pas qu’il va progressivement bouleverser leur vie quotidienne et transformer les moyens de penser et de communiquer.

A l’heure où l’homme s’apprête à basculer dans la décennie des années septante, la réalisation de ce vieux rêve fou qu’est la conquête de la Lune apparaît comme la promesse que le progrès est infini. Même si le petit écran rappelle chaque jour que le Vietnam, le Biafra, le Moyen-Orient, l’Amérique latine et tant d’autres régions demeurent des lieux de tragédies, d’humiliations et de misère, en cette nuit du 21 juillet 1969, nombreux sont ceux qui croient à l’avènement d’un nouveau monde.

Un monde en crise

Lorsqu’on relit la presse de cette époque, on est frappé par le nombre d’événements majeurs qui surviennent dans le monde. Il faudrait des pages et des pages pour les évoquer et les analyser. En Pologne, on manifeste. En Tchécoslovaquie, on « normalise ». En Union soviétique, on emprisonne. Les dissidents sont arrêtés alors que le Prix Nobel de littérature est attribué à Alexandre Soljenitsyne, l’auteur de L’Archipel du Goulag, un livre qui a bouleversé l’opinion occidentale.

Au Biafra la guerre civile est terminée. Elle a fait des centaines de milliers de victimes au terme de l’un des conflits les plus tragiques de l’histoire africaine. En Jordanie, les troupes du roi Hussein écrasent les militants palestiniens qui menaçaient le régime hachémite. En Amérique latine, l’heure est aux enlèvements, aux prises d’otages, aux assassinats et aux disparitions. La violence règne au Brésil, en Argentine, en Uruguay.

Une lueur d’espoir cependant pour les opprimés : l’élection de Salvador Allende à la présidence du Chili. Autre signe positif : l’attitude du chancelier ouest-allemand Willy Brandt qui pratique une politique d’ouverture vis-à-vis des pays de l’Est, la fameuse « Ostpolitik », et qui, en un geste symbolique de réconciliation, s’agenouille devant le mémorial d’Auschwitz. Au Portugal, aussi, on se met à espérer. La disparition de Salazar annonce la fin prochaine de la dictature. En revanche, la mort subite du colonel Nasser ouvre une période d’incertitude en Egypte. Ses funérailles sont l’occasion d’une immense manifestation à la mesure de la popularité dont jouissait le Raïs dans les milieux déshérités du pays.

La présence des étrangers divise les Suisses

Au Vietnam, le conflit s’éternise. Les Etats-Unis sont impuissants à l’emporter sur le terrain, alors que Richard Nixon amorce en 1970 un changement important dans la politique étrangère de la Maison Blanche en annonçant une prochaine reconnaissance de la Chine populaire toujours boycottée par la majorité des pays occidentaux… et par l’O.N.U.

On le voit, le monde bruisse de crises et de fureurs en cette fin des années soixante. Pourtant, c’est vers la Suisse qu’il faut se tourner. Même si les événements qui s’y déroulent ne sont pas comparables à ce qui se passe hors de ses frontières, ils n’en sont pas moins fort importants pour l’évolution de la société helvétique.

Là aussi, une date doit être retenue : le 7 juin 1970.

Ce jour-là, les Suisses votent. Les hommes seulement, puisque les femmes devront attendre encore quelques mois avant d’obtenir (enfin) le droit de vote fédéral. Les électeurs se prononcent sur une initiative de l’Action nationale personnifiée par un homme, James Schwarzenbach, dont le nom est sur toutes les lèvres. Une initiative qui réclame une réduction sensible du nombre des étrangers établis en Suisse. Une initiative qui pose brutalement le problème de la présence étrangère en Suisse et divise l’opinion helvétique en deux camps passionnés.

Trois électeurs sur quatre se rendent dans les bureaux de vote en ce week-end de juin. Un chiffre rarement atteint dans une Suisse que ronge depuis plusieurs années le phénomène de l’abstentionnisme. Un chiffre révélateur de la passion soulevée par cette initiative xénophobe, qui obtient l’appui de 46 % des citoyens. Un résultat qui va contraindre les autorités fédérales à prendre des mesures de plus en plus rigoureuses pour limiter la venue de nouveaux travailleurs étrangers, en dépit des besoins des entreprises.

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