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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 16:40

La mort de saint Béat

Le saint se nourrit d’herbe et de racines. Ses lèvres touchent rarement un morceau de pain. A 90 ans, le pieux messager termine son pèlerinage terrestre dans les bras de son fidèle disciple Juste.

La nouvelle se répand à Sundlauenen et de l’autre côté du lac. Jour et nuit, les gens se rendent à la grotte, des bateaux viennent de la rive opposée et apportent des fleurs et des cierges qui brillent d’une douce lumière sur le lac.

La tombe de saint Béat est creusée dans le rocher, devant la grotte, et sa dépouille mortelle lui est confiée.

Juste demeure ensuite dans la grotte jusqu’à sa mort. Les nouveaux convertis l’ensevelissent alors aux côtés de son maître. – photo Dès lors, il ne se passe guère de jour que des pèlerins ne se rendent à la grotte pour méditer sur le saint et son message et s’incliner devant sa tombe.

Les grottes de Saint-Béat deviennent un lieu de pèlerinage

Le puissant couvent des Augustins d’Interlaken, dont l’influence s’étendait jusque dans les cantons primitifs d’un côté et au pays de Vaud de l’autre, profita de la légende de saint Béat pour faire de « Sant Batten » un lieu de pèlerinage. Nous ne savons pas quand la petite église et la cure ainsi que l’auberge des pèlerins, qui n’en est pas très éloignée, furent construites. Les paroissiens étaient les habitants de Sundlauenen ainsi que les célèbres dresseurs de faucons « auf den Flühen » (Beatenberg) qui, durant des siècles, descendirent leurs morts pour les enterrer, ce qu’un ancien cimetière près des grottes de Saint-Béat prouve indiscutablement. Il n’était pas facile d’atteindre ce site romantique. Un chemin digne de ce nom ne fut aménagé que peu à peu dans les parois de rochers qui, à certains endroits, tombent à pic dans le lac. Ce « chemin des pèlerins » fut, durant des siècles, la seule voie de communication entre Interlaken et les localités de la rive droite du lac de Thoune. Il fut abandonné après que, dans les années 1880, la nouvelle route fut construite le long du lac de Thoune. Il ne fut restauré qu’au cours de la dernière guerre mondiale par l’Association pour la protection des rives des lacs de Thoune et de Brienz, avec l’aide d’un camp de travail. [Pudiquement nommé « camp de travail », en réalité un camp d’internés. En Suisse lors de la seconde guerre mondiale, les « internés » étaient principalement Français et Polonais.] C’est aujourd’hui une des plus jolies promenades de la région.

Au chemin des pèlerins.

Au chemin des pèlerins.

Ce lieu de pèlerinage était évidemment aussi une source de revenus pour le couvent d’Interlaken. Il y exploita une auberge bien fréquentée, la « vil rich wirzhus » comme l’appela plus tard Anshelm, le chroniqueur protestant bernois. Il y vendait également des insignes et des indulgences. En 1439, saint Béat est le plus fameux saint du canton. La peste sévit en Europe et fait aussi des ravages à Berne et dans les campagnes avoisinantes. Le maire et le Conseil de Berne, dans cette détresse, ordonnent un pèlerinage « avec le concours de la population ». Le lendemain de la Ste-Marie-Madeleine, au petit matin, le cortège des pèlerins s’avance sur l’étroit sentier. Il s’étend à perte de vue. Le prêtre Heinrich célébrant la messe, la petite église ne peut même pas contenir tous les prêtres présents. Le concours du peuple est si important que les pèlerins fermant le cortège se seraient agenouillés tout en bas, jusqu’au lac. Les chroniques rapportent que la redoutable épidémie aurait cessé ses ravages peu après.

Insigne des pèlerins.

Insigne des pèlerins.

On s’adressait aussi au « bon saint Patt » en cas d’inondations, comme le prouve un événement de 1480. L’Aar avait démesurément grossi et dévasté ses rives. Le gouvernement envoya alors une délégation à l’église juchée sur les rochers du lac de Thoune. Ses membres devaient demander ardemment au saint d’implorer grâce pour le pays si durement éprouvé.

En 1494, les moines d’Interlaken envisagèrent de faire enchâsser les os de saint Béat dans de l’argent. A cet effet, le gouvernement rédigea pour les Augustins une sorte de permis de collecte pour leur territoire, assez considérable à l’époque. Le produit de la collecte fut si élevé que l’on put également faire exécuter une châsse incrustée d’argent. Deux volets de triptyque que l’on peut voir aujourd’hui encore au musée de Sarnen datent probablement de cette époque. Les parties peintes représentant saint Béat et saint Augustin sont de la main du « Peintre à l’Œillet » bernois bien connu.

La Réforme est introduite à Berne en 1528. La messe et la vénération des saints sont abolies sur le territoire. D’un coup, le lieu de pèlerinage du Balmholz perd sa signification séculaire. Le curé de Saint-Batten, muni d’une rente, est congédié. Mais la suppression d’un lieu saint très fréquenté durant plusieurs siècles, auquel le peuple était fortement attaché, causa une vive indignation dans les cantons primitifs.

L’Oberland bernois avait sérieusement résisté à l’introduction de la Réforme. L’esprit de contradiction était bien alimenté. En 1528, les gens d’église d’Interlaken se révoltèrent. Le 31 octobre 1528, ils appelèrent 800 Unterwaldiens à l’aide. Le soulèvement fut toutefois réprimé par les troupes bernoises sans que l’épée soit tirée. Un tribunal sévère se réunit sur la « Höhematte » d’Interlaken et, sous le tir des canons, fit exécuter quelques meneurs. Le lieu de pèlerinage de saint Béat ne pouvait plus être toléré après de tels troubles.

Bien que les reliques eussent été éloignées, des pèlerins se rendirent encore à cet endroit. Les députés des cinq anciens cantons essayèrent continuellement, lors des diètes, d’obtenir la permission de se rendre librement en pèlerinage à la cellule de Saint-Béat. Berne toutefois maintint son interdiction et fit dresser un mur épais devant « le trou de dragon qui doit avoir servi de couche à saint Béat, vu certaines circonstances regrettables ».

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

Entrée de la cellule aujourd'hui. A gauche, les restes de l'ancien mur.

L’église servit d’abord au culte protestant. En 1534 toutefois, le gouvernement ordonna la démolition de l’église de Saint-Béat. Les fidèles devaient se rendre à Unterseen ou à Sigriswil, ou, éventuellement, construire une église en bois sur le Beatenberg, ce qui se fit en 1535. La vieille cloche de la chapelle des pèlerins fut transportée sur la montagne. Elle y fut en service jusqu’en 1874 et retourna en 1904 à son ancienne place, devant les grottes de Saint-Béat.

La vieille cloche historique.

La vieille cloche historique.

En même temps que l’église, fut démolie l’auberge « où le diable avait perdu beaucoup d’indulgences ». On peut encore voir les ruines à main gauche en montant aux grottes.

Pourtant, des pèlerins venaient toujours des cantons primitifs. Ils abattaient le mur que l’on reconstruisait chaque fois. Ces circonstances créèrent de sérieuses dissensions entre Berne et la Suisse primitive. En 1570, Obwald essaya encore, à la Diète de Baden, d’obtenir la liberté de passage pour les pèlerins, mais Berne fut inébranlable.

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