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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:34
Il y a 66 ans [2]
fabrique de chocolat, la ville et sur la colline trois tours

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L'église de Romainmôtier, dans un vallon jurassien

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Les élèves apprenaient…

L’Orbe

- D’où viens-tu, jolie rivière aux eaux vertes ?

.

- Je sors d’un petit lac jurassien, parmi les pâturages et les forêts de sapins. Et puis, sans trop me hâter, je serpente dans une longue vallée, pour y trouver finalement un autre lac, parmi d’autres forêts et d’autres pâturages… Des villages aux maisons grises s’étirent le long des routes, et les fermes ont l’air de se tapir contre le sol par crainte de la bise.

- Et après, que deviens-tu ?

.

- Après, je disparais dans la montagne. Autrefois, je m’engouffrais tout entière dans des trous de la roche ; je me faufilais dans des fissures innombrables ; je m’attardais dans des lacs souterrains aux voûtes noires, où pendaient des myriades de stalactites ; et je ne retrouvais la lumière qu’après avoir erré des jours entiers dans les profondeurs de la montagne. Aujourd’hui, les hommes m’obligent à passer dans des tuyaux d’acier, d’où, trop à l’étroit, je ne puis me dégager que par une vitesse furieuse ; et je fais en quelques minutes le trajet qui me demandait autrefois des journées.

- Petite rivière, sans doute les hommes veulent-ils de cette façon-là te faire travailler pour eux.

.

- Je le sais. Je ne trouve ma liberté qu’après avoir fait tourner de grosses turbines… Je traverse ensuite une petite ville, sous un pont où il y a toujours une demi-douzaine de curieux pour admirer mes truites. Puis je m’engage dans des gorges profondes, où mon eau bouillonne parmi les pierres. Ces gorges, c’est moi qui les ai creusées ! Je voulais à tout prix sortir de la montagne et gagner la plaine. J’ai limé le rocher, je l’ai miné, je l’ai rongé, je l’ai taillé. J’ai tant fait – et si ce travail m’a demandé dix mille ou cent mille ans, je ne sais plus – que j’ai fini par m’y ouvrir un chemin… Mais les hommes en ont profité pour construire leurs usines électriques dans mes gorges et me faire travailler de nouveau dans leurs turbines.

- Et qu’as-tu fait des matériaux que tu as arrachés à la montagne ?

.

- J’ai fait la plaine. Je les ai déversés dans un golfe qui prolongeait un grand lac. Ils s’y sont accumulés ; ils ont fini par le combler. Et, sur plusieurs lieues, les eaux ont reculé devant la terre. Les brochets ont fui, laissant la place aux grenouilles des marécages. Année après année, les herbes et les roseaux ont poussé, puis pourri en devenant tourbe. Dans ce pays nouveau que j’avais créé, je me suis fait un lit plein de fantaisie, errant de-ci de-là, comme le chemin d’un homme ivre.

- Mais, rivière, je ne vois pas que ton lit soit tel que tu le dis. Il est droit comme le sillon que trace la charrue dans un champ bien plat.

.

- Il était sinueux, autrefois. Mais les hommes ne l’ont pas trouvé à leur goût. Ils prétendaient que j’en sortais trop volontiers pour inonder la plaine. Et cette plaine, ils la voulaient pour eux ; ils voulaient y paître leurs troupeaux, y semer leur blé, y planter leurs arbres. Une fois de plus, ils m’ont soumise à leur volonté ; ils m’ont imposé le chemin que tu vois, d’où je ne puis m’échapper. Que pouvais-je faire d’autre que de me soumettre ?

À suivre demain : Le nord du canton

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