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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:40
Il y a 66 ans [5]
Sans voitures...

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La vallée de la Broye mériterait le nom de la vallée des capitales historiques. A l'époque romaine, Avanches était la capitale de l'Helvétie. Payerne fut la résidence de la reine Berthe, souveraine du royaume de Bourgogne. Enfin, sous les comtes de Savoie, Moudon fut le chef-lieu du Pays de Vaud.

L'abbatiale de Payerne

L'abbatiale de Payerne

Les élèves apprenaient…

Payerne

Je suis une petite ville sur la lisière de la plaine, au bord d’une rivière. Mes maisons abritent six mille personnes ; mais qui dira combien de dizaines de milliers dorment entre les murs étroits du cimetière, au penchant de la colline ? Ils sont mes enfants, eux aussi, et ils portent les mêmes noms que les vivants ; ce sont des Perrin, des Bossy, des Doudin, des Rapin, des Jomini…

Suis-je vieille ou jeune ? L’un et l’autre, sans doute ; car j’ai déjà une longue histoire, mais aussi toute l’activité et la gaîté de la jeunesse. Je possède un très ancien couvent ; mais les religieux, depuis longtemps, l’ont déserté, et les ébats des écoliers ont remplacé les méditations des moines. J’ai une église vieille de mille ans, dont le clocher élégant et la flèche aiguë me signalent loin à la ronde. Je fus la capitale d’un royaume, la résidence d’une douce reine qui aimait à filer en compagnie de ses servantes. Aujourd’hui, chef-lieu d’un district, j’ai un préfet qui ceint dans les grandes occasions une belle écharpe verte et blanche. Des murs crénelés et des tours me protégeaient autrefois contre les entreprises des méchants ; mais, en grandissant, j’ai fait éclater ma ceinture de pierre, et il n’en reste plus que des lambeaux…

Je ne vis pas isolée. Je suis au milieu d’une famille de villages, avec lesquels j’entretiens commerce d’amitié et d’échanges. Ils me nourrissent. Deux fois par semaine, ils m’apportent leurs fruits, leurs œufs, leurs légumes ; ils apportent leur blé à mes moulins, leurs porcs à mes charcutiers, leur lait à mes laiteries, leurs feuilles de tabac à mes fabriques de cigares. Et moi, que fais-je pour eux ? Des quantités de choses. Je les habille, je les chausse et je les coiffe ; je forge leurs outils, je répare leurs machines, je construis leurs maisons ; je juge leurs procès, je prends soin de leurs économies, je photographie leurs noces et leurs fêtes… je leur rends mille services petits et grands.

Mais le travail ne m’occupe pas uniquement. Je sais aussi rire, chanter et danser. Je ris, je chante et je danse aux Brandons, dans la fraîcheur de février, lorsque les flocons de neige tourbillonnent dans la lumière des lanternes multicolores. Je ris, je chante et je danse à la fête de tir, quand le soleil de juillet joue parmi les guirlandes et les sapins fleuris, les bannières et les oriflammes. Mais je suis sérieuse lorsqu’il le faut ; je sais aussi prier, et chaque dimanche la voix de mes cloches amène les fidèles par centaines dans mes quatre églises.

Active et paisible, avenante et heureuse de vivre, très vieille et sans cesse rajeunie, je suis l’une des trente bourgades du pays vaudois.

Demain, La région de la Côte

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