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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 17:21

10 août 1938,

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S’agissant de l’expulsion des illégaux, Rothmund avait noté dans son Rapport ce qui suit : « Nous ne pouvons pas nous y hasarder, parce que nous partagerions alors le scandale qui frappe le peuple allemand tout entier. » Dans un communiqué annexe, la Conférence des chefs de police précisait que les organisations juives prendraient la subsistance des Juifs étrangers vivant provisoirement en Suisse totalement en charge et que les cantons ne toléreraient la présence de ces étrangers que temporairement.

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L’autorité précisait que, si l’afflux de réfugiés venait à augmenter, il conviendrait de prendre d’autres mesures, à savoir de refouler ces personnes. Le Conseil fédéral entérina cette décision.

En Allemagne

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10 août 1938,

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Notice du chef de la Division politique du Ministère des affaires étrangères du IIIe Reich, Woerman :

« Document N° 642, Notice du chef de la Division politique

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Berlin, le 10 août 1938

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Ad R 170034

Le ministre de Suisse m’a dit aujourd’hui qu’il désirait m’informer, à titre provisoire seulement, qu’il était sérieusement question en Suisse d’enrayer le flot des Juifs venant d’Allemagne. Le gouvernement suisse, dit-il, est résolument opposé à un « enjuivement » du pays, ce que nous devrions comprendre. Il se pourrait que le Conseil fédéral fit appel à la collaboration de l’Allemagne pour l’application des mesures à prendre. On envisage notamment en Suisse la nécessité d’établir l’obligation de visa pour les Allemands du Reich. Actuellement, cette obligation n’existe que pour le territoire de l’ancienne Autriche. (…). Signé Woerman, Berlin, le 10 août 1938. »

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(La suite de la lettre fait état de l’entrée illégale de 47 Juifs en Suisse par Bâle, conclut la notice allemande.)

16 août 1938,

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Rothmund reçoit Saly Mayer, président de la FSCI, et Sylvain Guggenheim, président du VISA. Il obtient l’accord des deux pour que leur organisations prennent en charge financièrement les réfugiés juifs susceptibles d’entrer en Suisse et que, faute de fond, les frontières seraient fermées. Le procès-verbal de la séance ultérieure de la FSCI précise que : +L’instruction comporte de communiquer expressément (au comité) que la conséquence ultime d’un refus éventuel des Juifs suisses serait de faire reconduire à la frontière la totalité des réfugiés présents illégalement. »

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17 et 18 août 1938,

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La Conférence des directeurs cantonaux de police exprime l’avis qu’il faille enrayer un nouvel afflux après avoir appris l’entrée illégale de nombreux étrangers pendant la nuit du 17 au 18 août 1938. Le DFJP décida dès lors d’intervenir contre les entrées illégales.

17 et 18 août 1938,

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Un arrêté du CF ainsi que deux circulaires du DFJP précisent qu’il faut être drastique et refouler tous les clandestins. L’afflux de réfugiés, juifs pour la plupart, motive ces dispositions.

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Cet arrêté précisait notamment que le contrôle de la frontière devait être drastique, en particulier près de Diepoldsau car : « Nous espérons que ces mesures, que nous n’avons pas prises d’un cœur léger, auront pour effet de mettre un terme à la pression que ces réfugiés exercent sur la Suisse. » Il faut rappeler ici que le camp de Diepoldsau était dans la juridiction du commandant de police Paul Grüninger de Saint-Gall.

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19 août 1938,

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Une lettre datée du DFJP soulignait à l’intention des légations de Suisse à l’étranger que les représentants des Juifs habitant la Suisse « n’avaient pu que reconnaître la nécessité des mesures adoptées ».

En Allemagne

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26 août 1938,

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Le Reichskommissar Bürckel, responsable de la « réunification de l’Autriche avec le Reich », crée l’Office central d’émigration des Juifs (Zentralstelle für die jüdische Auswanderung).

Josef Bürckel

Josef Bürckel

19 août 1938,

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G. Favre visite Dachau pour le compte du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

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29 août 1938,

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Note allemande du 29 août 1938 : (…) A la demande du gouvernement suisse, le gouvernement allemand avait ordonné à un certain nombre d’offices des passeports que la Suisse avait elle-même désignés – en particulier celui de Vienne – de ne plus délivrer, jusqu’à nouvel avis, des passeports allemands à des Juifs, toutes les fois qu’on n’avait pas la preuve irréfutable que le passeport ne servirait pas à entrer en Suisse. »

2 septembre 1938,

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Télégramme du ministre d’Allemagne à Berne :

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« N° 60 du 2 septembre. Me référant à la pièce du 29 août 1938 R 18068 ainsi qu’au télégramme du 1er septembre n° 87 R 18590 : M. Rothmund déclare introduction de l’obligation du visa pour les Juifs seulement est techniquement praticable si tous les passeports sont établis de telle manière que les fonctionnaires du service frontière peuvent constater du premier coup d’œil que ce détenteur est juif. Si nous ne pouvons donner assurances à cet égard, le Conseil fédéral, qui ne s’est pas encore occupé de ce problème, devra être amené avec le concours du département politique à prendre une décision. Institution du visa pour Juifs d’autre nationalité n’est pas envisagée. Affirmation d’après laquelle gouvernement allemand considérerait rétablissement obligation visa comme inamical énergiquement repoussée car mesures proposées ne garantissent pas à la Suisse suspension entrée Juifs.

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Signé Koecher »

7 septembre 1938,

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De la délégation de Suisse à Berlin à la division des Affaires étrangères :

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« Parlant de cette conversation, le Geheimrat Roediger du Ministère des affaires étrangères m’a dit que les autorités allemandes avaient à nouveau examiné comment il serait possible d’éviter le rétablissement général de l’obligation du visa. Pour tenir compte autant que possible des vœux de la Suisse, elles sont en principe disposées à apposer un signe sur les passeports délivrés à des Juifs dans l’ancien Reich, en Autriche ou encore à l’étranger. Le gouvernement allemand accepterait en même temps que la Suisse rétablisse l’obligation du visa pour les passeports munis du signe distinctif. Il ne pourrait cependant pas renoncer à une certaine réciprocité. A cet égard, j’ai réussi à convaincre le représentant du Ministère des affaires étrangères qu’il ne serait pas possible, pour des raisons pratiques et constitutionnelles, de munir du signe distinctif les passeports des Juifs suisses. En revanche, les autorités allemandes voudraient que fût au moins prescrite l’obligation du visa pour les Juifs suisses, sans que les autorités suisses soient appelées à collaborer à l’exécution.

 »Pour la mention de l’origine juive dans les passeports, on m’a fait deux propositions, dont la seconde paraît seule réalisable, de l’avis même du Ministère des affaires étrangères. La première tend à ce que les prénoms habituellement soulignés à l’encre noire le soient à l’encre rouge pour les Juifs. Mais il faut craindre que le porteur du passeport ne couvre le trait rouge à l’encre noire. La seconde proposition tend à ce qu’un sceau soit apposé sur la première page du passeport à gauche en haut ; le sceau constituerait en une lettre entourée d’un cercle de quelque 2 cm de diamètre ou en un autre signe au sujet duquel nous pourrions encore émettre des vœux.

« J’ai l’impression que l’apposition de ce signe suffirait entièrement à vos besoins. Le signe serait apposé immédiatement sur les passeports nouvellement délivrés et le serait sur les anciens dès que l’autorité les aurait de nouveau entre les mains. Pour ce qui est des formes à observer, il conviendrait, semble-t-il, de conclure, au moyen d’un échange de notes, un arrangement modifiant et complétant celui de 1926 sur la suppression du visa obligatoire. On s’entendrait sur sa teneur dès qu’on aurait constaté l’accord de principe des deux gouvernements. Je suis d’avis que la proposition allemande tient largement compte de nos désirs et que nous pouvons l’accepter. La solution proposée permet de contrôler sans lacune à la frontière où l’on pourra se borner à constater l’existence du sceau à la première page et, le cas échéant, du visa.

« La réciprocité partielle que le gouvernement allemand désire, pour des raisons compréhensibles, paraît aussi chose acceptable. Les Juifs suisses qui éprouvent, dans les circonstances présentes, le besoin de se rendre en Allemagne sont probablement très peu nombreux. On m’a affirmé que le rétablissement du visa ne tendait aucunement à les empêcher de pénétrer en Allemagne et que les autorités allemandes se borneraient à considérer comme indésirable l’établissement durable de nouveaux Juifs étrangers. Or ces autorités ont la possibilité de s’y opposer par d’autres moyens.

« Au cours de la conversation, j’ai fait valoir une objection, à savoir que des organes allemands par trop zélés pourraient, faute de visa, être tentés de faire des difficultés à des ressortissants suisses en raison de leur aspect extérieur. Le Ministère des affaires étrangères est cependant tout à fait disposé à donner des instructions pour éviter des faits de ce genre, hautement contraires aux intérêts des deux pays. On m’a dit que les choses se passeraient pratiquement de cette façon : si une autorité allemande a l’impression que celui qui tente d’entrer en Allemagne sans visa est un Juif suisse, elle prendra des informations sur sa personne auprès d’une représentation allemande en Suisse et prononcera une interdiction d’entrée dans le cas où il serait établi que l’intéressé n’est pas d’origine aryenne. »

A suivre

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