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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 17:20

9 septembre 1938,

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Dans un rapport adressé par la légation de Suisse à Berlin à la division des Affaires étrangères, une lettre dont il ressort notamment :

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« (…) L’introduction du visa allemand pour les Juifs suisses ne serait, semble-t-il, pas difficile à justifier devant l’opinion publique suisse, puisque l’introduction du visa suisse pour les Juifs allemands, bien qu’ayant provoqué la réciprocité de la part de l’Allemagne, était commandée par l’intérêt majeur du pays (…) »

15 septembre 1938,

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Rothmund précise dans un rapport détaillé à l’intention du chargé d’affaires de Suisse à Berlin :

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« Conclure avec un Etat étranger un arrangement selon lequel les Juifs suisses seraient traités autrement que les autres ressortissants suisses me paraît chose inadmissible. Je ne crois pas non plus qu’on puisse recourir à une construction juridique selon laquelle la Suisse instituerait à titre autonome l’obligation du visa pour les Juifs suisses. Ces mesures seraient, quoi qu’il en soit, le résultat de négociations entre deux Etats. De plus, il faudrait modifier l’arrangement germano-suisse concernant la suppression de l’obligation du visa. Je pense aussi que, partout où nous le pouvons, nous devrions nous opposer à ce qu’on traite les Juifs suisses autrement que nos autres ressortissants. C’est bien assez de devoir accepter que les Juifs suisses en Allemagne soient l’objet d’un traitement spécial. Aussi la proposition allemande doit-elle, à mon avis, être rejetée dans la mesure où elle prévoit la réciprocité. »

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[Commentaire : A bien lire cette lettre on comprend que Rothmund est plutôt pour considérer les Juifs suisses comme tous autres citoyens, alors qu’il s’oppose aux réfugiés Juifs allemands.]

15 septembre 1938,

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En page 224 de son Rapport, le professeur Ludwig cite Rothmund :

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« Mentionnons ici, en passant, un passage du rapport de M. Rothmund qui éclaire d’une façon particulièrement nette l’attitude du chef de la division de la police dans la question juive. M. Rothmund écrit qu’un repas pris avec les Allemands lui avait donné l’occasion de parler librement de la question juive. « J’essayai de faire comprendre à mes interlocuteurs qu’en Suisse le peuple et les autorités avaient depuis longtemps conscience du danger juif et – à l’inverse de l’Allemagne – n’avaient pas voulu admettre que les inconvénients dus à la présence d’une population juive étaient compensées par des avantages. Le danger ne peut être conjuré que si le peuple combat et empêche dès l’abord toute ségrégation quelconque. Les Juif est en effet un membre utile de la communauté nationale et peut s’adapter avec le temps. J’ajoutai que j’avais rencontré des hommes remarquables parmi les Juifs qui avaient fui l’Allemagne et trouvé abri en Suisse. La race juive a été trempée par les vicissitudes de son histoire, elle est tenace et forte dans les persécutions ; elle a résisté jusqu’ici à toutes les mesures d’oppression et en est toujours sortie raffermie. Pour ces raisons – c’est ainsi que je concluais – je crois que la méthode allemande est mauvaise et dangereuse pour nous tous, car elle nous met les Juifs sur les bras. Si mes paroles ne rencontrèrent pas l’approbation de mes auditeurs, elles les firent cependant fortement réfléchir. Mon seul propos était de faire savoir aux personnes qui s’occupaient de la question juive dans le domaine policier que la Suisse savait se défendre – et se défendrait – contre les Juifs, mais qu’elle entendait le faire sans l’aide ni l’immixtion d’un pays étranger dont elle répudiait les méthodes. »

21 septembre 1938,

Interpellation de M. Trümpy, conseiller national à Glaris. Il demande au CF de donner des renseignements sur les mesures prises à l’égard des fugitifs à nos frontières et sur la façon dont il envisageait de résoudre la question des réfugiés pour l’avenir.

[Un canton qui n’a pas de frontière avec « l’étranger » ! La peur est partout.]

29-30 septembre 1938,

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La Conférence de Munich admet les exigences allemandes, les territoires où la population germanique est majoritaire sont annexés au Reich. La Slovaquie accède à l’autonomie. La satisfaction des revendications hongroise achève la dislocation de l’Etat tchécoslovaque (proclamée le 28 octobre 1918 à Prague).

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Un protocole relatif aux résultats des négociations entre les autorités allemandes et suisses est établi le 29 septembre 1938. Ce protocole est signé par tous les participants, à savoir : du côté allemand, le Dr. Best (haut fonctionnaire de la Gestapo), M. Krause (spécialiste du Ministère des affaires étrangères en matière de passeports), M. Kröniger et le Geheimrat Roediger, du côté suisse figurait notamment H. Rothmund.

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« Le gouvernement allemand se réserve le droit d’obliger les Juifs de nationalité suisse, lorsqu’il le jugera nécessaire et qu’il aura pris contact avec le gouvernement suisse, à produire une garantie d’autorisation de séjour sur le territoire du Reich, ou de transit à travers ce territoire. »

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Notons encore que cette discrimination entre Suisses juifs et non juifs apparut à une autre occasion encore : lors du pillage des biens des Juifs français et suisses en France, sous Vichy (1941), le Conseil fédéral n’intervint pas, en prétextant que les Juifs suisses ne pouvaient prétendre à être traités différemment des autres ressortissants juifs du pays où ils résidaient, les mesures de Vichy ayant un caractère d’ordre public !

1er octobre 1938,

Le chef de la Division de police et Kappeler rédigèrent un rapport très détaillé à l’intention du chef du DFJP. Dans celui-ci, le premier cité, expose la nécessité de pouvoir contrôler rigoureusement les Allemands non aryens avant leur entrée en Suisse. Il rappelle en outre la lutte que la Police fédérale des étrangers menait depuis bientôt vingt ans contre l’infiltration étrangère (Uberfremdung) sous la forme d’un afflux de nouveau-venus, juifs surtout, difficilement assimilables ou même non assimilables (Rapport Ludwig, page 112).

À suivre

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