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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 17:01

[À la question que l’on se pose après avoir suivi les actes des uns et des autres, jusqu’à la décision finale du tribunal d’arbitrage, qu’est devenu l’Alabama après son naufrage ? Je ne pouvais laisser mes suiveurs dans le noir et la logique veut que l’on se penche ensemble sur l’aventure, sur la suite, des récits qui concernent le célèbre navire, bien que cela n’ait plus rien à voir avec la Suisse. La suite sera nommé simplement par : Alabama]

La recherche du lieu du naufrage

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Où gît exactement l’Alabama ? La question a toujours fasciné les historiens et, pour des raisons peut-être plus prosaïques, les chasseurs d’épaves. Dès le soir du combat, à la demande de l’empereur Napoléon III, l’amiral Dupouy écrivait : « Le combat a eu lieu à quinze milles au Nord, Nord-Est du môle du fort central de la digue. L’Alabama a coulé dans le Nord, Nord-Ouest de ce même fort à huit milles. » Touchante imprécision… Curieusement, malgré la foule réunie devant la scène, pas un observateur n’a apparemment songé à prendre des relèvements précis.

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L’amiral Porter, dans son Histoire de la guerre civile américaine sur mer (1886) s’applique le premier à lever une carte du naufrage. Mais l’échelle inadaptée et l’imprécision des données ne la font cependant considérer que comme un indice supplémentaire. Toutefois, ce dernier, et d’autres éléments patiemment recoupés d’après les documents d’archives, suffisent pour qu’en juillet 1962, une équipe de spécialistes du Service hydrographique de la Marine entreprenne – semble-t-il pour la première fois – une campagne de prospection in situ, pour une durée hélas limitée à trois jours.

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La compilation des écrits d’époque donne deux positions « probables » :

  • À 335°5’ et 6,0 milles de la vigie du Homet ;
  • À 331°5’ et 6,6 milles de la vigie du Homet.

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Mais, ainsi que l’indique dans son rapport le responsable de l’opération : « La date ancienne du naufrage, l’incertitude sur sa position et la nature de l’épave rendent à peu près nulle la probabilité de la découverte de celle-ci, qui n’a d’ailleurs aucun intérêt hydrographique. »  De fait, à l’issue des trois jours de sondages et d’explorations au sonar, trois nouvelles épaves sont reconnues et portées au fichier du Service hydrographique, mais aucune d’entre elles ne présente les caractéristiques de la « cible »…

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Un trésor à bord ?

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Cette carence rend les prospections difficiles dans une zone où, de surcroit, les vestiges de deux guerres encombrent les fonds.

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Que Semmes ait à chaque prise fait passer à son bord tout ce que sa victime pouvait transporté de précieux ne fait pas l’ombre d’un doute, et son journal est truffé de réflexions désabusées sur ce goût du lucre qui caractérise selon lui la psychologie nordiste. La prise de l’Ariel, par exemple, donne lieu à l’embarquement de trois coffres de valeurs à bord de l’Alabama et il est à peu près indéniable qu’en arrivant à Cherbourg, le corsaire était un treasure-ship de la plus belle espèce.

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Mais la lecture des rapports et de la correspondance diplomatique montre – hélas, pour les chercheurs de trésors – que l’Alabama n’est probablement pas allé au combat les cales pleines. La veille du duel, les membres de l’équipage ont dû remettre à M. Bonfils, consul des Confédérés à Cherbourg, leurs objets de valeur avec l’adresse de leur famille. Le même jour, le commandant de l’Alabama a déposé pour vingt mille dollars en lingots d’or à la douane (qui les consigna). Semmes avait dans sa cabine quarante-cinq chronomètres de marine soigneusement entretenues, provenant des navires capturés. Il exprima le désir de les vendre à des commerçants de Cherbourg mais l’autorité militaire du port s’y opposa. Sont-ils restés à bord ? Dans un rapport du 22 juin 1864 tendant à démontrer la collusion ayant existé entre John Lancaster, le propriétaire du yacht anglais Deerhound qui assista de près à l’affrontement, et les hommes de l’Alabama, Dayton, le ministre américain à Paris affirme que « Semmes fit porter à bord du Deerhound des chronomètres à trois heures du matin le jour du combat, après avoir au préalable mis en sécurité pour cent vingt mille francs en bijoux et valeurs »…

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Reste qu’avec ou sans trésor, l’épave mystérieuse continue de fasciner et au fil des années, les fonds d’archives locaux se voient épisodiquement saisis de demandes tendant à déterminer la position réelle de l’Alabama.

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Alabama

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Reste qu’avec ou sans trésor, l’épave mystérieuse continue de fasciner et au fil des années, les fonds d’archives locaux se voient épisodiquement saisis de demandes tendant à déterminer la position réelle de l’Alabama.

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Certains chercheurs s’acharnent. Des Anglais, de Américains tel l’écrivain Clive Cussler, auteur du best-seller Renflouez le Titanic ! [Le livre est beaucoup mieux que le film. Opinion personnelle.] et grand découvreur d’épaves historiques. Cussler passe huit jours à Cherbourg en 1984 sans parvenir à obtenir des autorités militaires l’autorisation de ratisser au sonar latéral la zone probable du naufrage, pour cause de sous-marins nucléaires…

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La présence de Cussler et de son équipe à Cherbourg n’est évidemment pas passée inaperçue dans la Royale. Cela n’a pas manqué d’exciter l’ardeur des équipages de chasseurs de mines basés dans le port. La présence quasi mythique de l’épave mystérieuse quelque part dans le nord des digues, prend de plus en plus chez eux l’allure d’une insupportable provocation. Si le sonar de coque ultra-performant des chasseurs peut détecter une simple boite de conserve posée par soixante mètres de profondeur, pourquoi échouerait-il à repérer un grand navire en bois que le fond de sable n’a probablement pas entièrement englouti ?

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C’est peut-être ce genre de réflexions qu’a en tête le commandant Duclos lorsque le 30 octobre de la même année, son navire, le chasseur de mines Circé, appareille du port militaire pour entreprendre au sonar de coque le balayage systématique de la « zone d’incertitude ». Moins de trois heures plus tard, l’opérateur-sonar annonce la présence d’un grand gisement, apparemment en bois, d’environ 70 mètres de long, 9 de large, reposant par 58-60 mètres de fond par le travers de Querqueville.

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