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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 17:50

1942

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Jetzler, chef du Bureau des réfugiés, énonce, s’agissant des demandes d’entrées motivées par les nouvelles mesures antisémites allemandes : « Nous avons régulièrement ordonné leur refus. »

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Cette situation se modifiera quelque peu en été 1942, où le même Jetzler précisera ce qui suit : « Ces derniers temps, nous ne pûmes cependant plus nous décider à de tels refus. Les rapports convergents et fiables sur la façon dont sont menées les déportations et sur la situation dans les districts juifs de l’Est sont tellement effroyables que l’on doit comprendre les tentatives désespérées des fugitifs d’échapper à un tel destin et qu’on n’ose presque plus assumer la responsabilité de les refouler. »

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Ce même Jetzler adresse au CF, à la fin du mois de juillet 1942, un rapport sur la politique menée depuis 1939. Ce document n’occulte pas la vérité. Il précise notamment que :

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« La situation des Juifs paraît aujourd’hui particulièrement grave en Europe occupée par l’Allemagne, dans le Protectorat (la Bohême-Moravie), la Hollande, la Belgique et la France septentrionale. Les Juifs qui y vivent ignorent à chaque instant si, dans l’heure suivante, ils ne seront pas déportés, emprisonnés comme otages ou même exécutés, sous un prétexte quelconque … Dans les territoires occupés, au moindre incident, les autorités d’occupation dirigent leurs soupçons et leurs premières mesures contre les Juifs d’abord. En tant que tel, le Juif est déjà suspect. S’il est en outre attrapé en France occupée, alors qu’il fuit de Hollande ou de Belgique vers la Suisse, il risque la pire présomption d’activité dangereuse pour l’Etat (entent avec l’ennemi) et devra subir les sanctions correspondantes. »

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Rothmund transmit le rapport au CF sans le récuser. Il reconnaissait la situation, à savoir le risque vital que couraient tous les Juifs vivant dans des pays occupés ou alliés de l’Axe. Il énonça cependant : repousser les Juifs seulement ? La solution s’impose presque, d’autant plus que, pour les Belges et les Hollandais, leurs légations plaident en leur faveur et leurs gouvernement les reprendront sans doute après la guerre.

Pour limiter les afflux de réfugiés à la frontière, on trierait les cas les plus graves de ceux qui ne seraient pas considérés comme tels. Rothmund recommandait également de constituer une force mobile de quelques 60 à 100 hommes destinée à renforcer les contrôles sur les passeurs. Cette force armée devrait être assez rapidement habilitée à tirer.

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Comme le relève A. Lasserre dans « Frontières et camps » page 161, Rothmund ne s’oppose à ce moment-là nulle part aux mesures d’exception prises à l’encontre des Juifs telles qu’elles sont relatées par son adjoint Jetzler. Pour lui, la lecture du rapport établi par ce dernier devait inciter le CF à ne pas désavouer la politique menée à l’encontre des Juifs.

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Sur proposition du DFJP, le CF constatera le laxisme de la police et la mise en désuétude des mesures préconisées par l’art. 9 de l’ACF du 17 octobre 1939. Il obligera les cantons à refouler les étrangers entrés illégalement sur le territoire helvétique et se prononça comme suit :

« Cela signifie qu’il faudra refouler plus souvent les étrangers civils, même s’il peut en résulter pour eux des inconvénients sérieux (mise en péril de la vie ou de l’intégrité corporelle. »

 

[Commentaire : Le CF ne tient pas vraiment compte du rapport très claire de Jetzler, qui dit qu’un refus, un refoulement c’est condamner à la mort le Juif. On ne peut être plus clair de ce qui se passe partout dans les pays occupés.]

Passons maintenant au 30 août 1942.

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La Jeune Eglise, organisa une assemblée générale à Zurich-Oerlikon. L’après-midi le conseiller fédéral von Steiger prit la parole devant quelque 8000 jeunes Suisses et Suissesses. C’est alors qu’il fut question d’une « petite embarcation de sauvetage ».Le conférencier dit notamment : « Dans certaines circonstances, il faut savoir donner l’impression d’être dur et intransigeant, il faut supporter les reproches, les injures, les calomnies et savoir quand même résister et ne pas fléchir. A quoi sert-il d’avoir une bonne conscience et de savoir que nous le faisons non pas pour nous mais pour les autres ? Lorsqu’il y a conflit entre le cœur et la raison, lorsque le cœur voudrait dire « oui » et que la raison ordonne de dire « non », c’est alors qu’on apprend ce que signifie la résistance. Nul n’est à l’abri. Plus important est le rôle qu’on joue, plus il oblige à prendre de telles décisions. Lorsqu’on a le commandement d’une petite embarcation de sauvetage déjà lourdement chargée, ayant une faible capacité et pourvue d’une quantité limitée de vivres et que des milliers de victimes d’une catastrophe maritime appellent à l’aide, il faut savoir se donner l’air d’être dur si l’on ne peut pas prendre tout le monde à bord. Mais c’est encore se montrer humain que de mettre en garde à temps contre les espérances trompeuses et d’essayer de sauver au moins ceux que l’on a déjà accueillis ».

Le 31 août 1942,

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Journaliste de gauche et antifasciste, Peter Hirsch-Surava est responsable de « Die Nation » durant la Seconde Guerre mondiale : « Qui donc, s’il vous plaît, serait plus digne de notre intérêt que les hommes, les femmes et les enfants que nous arracherions à une mort certaine ? » demandait-il au conseiller fédéral von Steiger, qui examinait le 31 août 1942 « la possibilité que le développement des circonstances nous amène une couche d’immigrants plus digne de notre conception du droit d’asile ».

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Son engagement lui sera reproché, et Peter Hirsch fera l’objet de poursuites pénales après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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[Commentaires : Voilà, les mots sont lâchés, « La barque est pleine », pour l’administration, pour les politiques et probablement pour une partie de la population qui globalement, comme bien d’autres dans cette Europe, étaient antisémites. Mais sur quel nombre de réfugiés sommes-nous confronté ?

Dans  son  rapport,  Carl  Ludwig  reprend  les  chiffre  du  DFJP.  D’après  ses  calculs,  la  Suisse aurait  admis  pendant  la  Seconde  Guerre  mondiale  103  869 militaires,  55 018  réfugiés  civils, 9909 émigrants et 251 réfugiés politiques. Elle a encore offert un refuge pour un court laps de temps à 66 549 frontaliers et a accueilli 59 785 enfants pris en charge pour se refaire une santé pendant  quelques  mois  ou  qui  avaient  fui  une  région  où  sévissait  la  guerre. (Source : Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre Mondiale. La Suisse et les réfugiés à l’époque du national-socialisme.)

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[Rapports et écrits en tous genres se contredisent sur les chiffres, sur les méthodes, etc. on polémique depuis cette période trouble jusqu’à nos jours. Ce qui finit par embrouiller ou au minimum à se désintéresser du sujet. Pourtant, actuellement l’Europe, donc aussi la Suisse est confronté aux réfugiés en nombre. Avons-nous le même regard sur eux qu’avaient nos anciens en cette période qui couvre 1933 à 1945 et plus ?]

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[N’oubliez jamais que les Juifs réfugiés en Suisse devaient être entretenus par la communauté juive de Suisse. Pas question que la Confédération ou les Cantons payent pour eux. C’est à ces conditions qu’ils pouvaient entrer en Suisse. On peut même penser qu’à la fin du conflit, on aura la satisfaction de les voir rentrer dans leur pays respectif, cette pensée transpire des lois et décrets que le Conseil fédéral a publié depuis 1933 jusqu’à la fin de la guerre.]

Le 27 septembre 1942, dans une allocution prononcée à la radio et diffusée par l’émetteur de Londres, l’écrivain Thomas Mann fait état de l’existence d’un rapport précis et authentique selon le fait que la mise à mort des Juifs par gazage et en nombre n’a rien d’exceptionnel.

 

[Thomas Mann, écrivain Allemand, vient se réfugié en Suisse, là, les politiques, les intellectuels et probablement le peuple, accueille l’écrivain nobélisé. Le fait qu’il soit homosexuel n’a pas d’importance semble-t-il. Est-ce pour lui et ses amis que la Suisse modifie en 1942 le Code pénal et légalise l’homosexualité ? ]

Encore quelques dates pour s’indigner encore un peu plus.

29 décembre 1942, instructions de la Division de police.

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À cette époque la « solution finale » était en marche, ce que confirmait également des témoins oculaires.

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Ne sont pas refoulés :

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1. Déserteurs, prisonniers de guerre, évadés, militaires ;

2. Réfugiés politiques.

Ne sont pas considérés comme réfugiés politiques, les réfugiés qui ont pris la fuite à cause de leur race. Ils doivent donc être refoulés. Sauf :

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a) malades, grossesse avancée ;

b) gens de plus de 65 ans ;

c) enfants seuls de moins de 16 ans (et, dès le 26 juillet 1943, les jeunes filles de moins de 18 ans) ;

d) parents avec enfants de moins de 6 ans.

2 juin 1943,

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Nouvelle interdiction de publier des renseignements sur les exécutions massives de Juifs à l’Est.

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[Le gouvernement sait ! Pour que le peuple ne sache rien, on applique la censure et ainsi celui-ci reste avec les préjugés et le racisme ordinaire, comme avec l’antisémitisme. Ce qui facilite de nouvelles lois et décrets en tous genres, relatif aux Juifs.]

Fin novembre 1943

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Rothmund précise que les quelque 1500 enfants juifs qui attendent à la frontière près de Genève ne seront admis à entrer en Suisse qu’après que les organisations juives se seront engagées à garantir leur entretien, alors que celle-ci arguaient qu’il appartenait à la collectivité publique d’y subvenir.

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1944

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12 juillet 1944, Dès cette date, tous les réfugiés juifs seront admis en Suisse. A cette époque aussi sera levée l’interdiction faite à la presse de publier des nouvelles de l’Est.

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[On sent la fin de la guerre et la défaite de l’Allemagne, il est temps de montrer la sauvagerie allemande pour que l’esprit se focalise sur eux et non sur la dureté des lois qui furent appliquées en Suisse contre les émigrants, les réfugiés juifs ?]

1945

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A la fin de la guerre, il y avait 21'588 Juifs parmi les 55'018 réfugiés civils.

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Nombre de victimes juives du nazisme (Hilberg)

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Par pays :

Pologne : jusqu’à 3'000'000 personnes

URSS : plus de 700’000

Roumanie : 270’000

Tchécoslovaquie : 260’000

Hongrie : plus de 180’000

Lituanie jusqu’à 130’000

Allemagne : plus de 120’000

Pays-Bas : plus de 100’000

France : 75’000

Lettonie : 70’000

Yougoslavie : 60’000

Grèce : 60’000

Autriche : plus de 50’000

Belgique : 24’000

Italie (Rhodes comprises) : 9000

Estonie : 2000

Norvège : moins de 1000

Luxemburg : moins de 1000

Soit un total de 5'100’000

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Par causes de décès :

Ghettoïsation et privations : 800’000

Fusillades à ciel ouvert : plus de 1'300’000

Camps : jusqu’à 3'000’000

Camps de la mort :

Auschwitz : 1'000’000

Treblinka : 750’000

Belzec : 550’000

Sobibor: 200‘000

Kulmhof: 150‘000

Lublin: 50‘000

Soit un total de 2‘700‘000

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Camps de concentration :

Bergen-Belsen, Mauthausen, Buchenwald, Dachau, Stutthof, et autres : 150’000

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Camps de travail et camps de transit avec opération de tuerie :

Roumanie, Complexe de Golta et camps de transit de Bessarabie : 100’000

Croatie et autres : environ 50’000

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