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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 16:54

Il y a trente ans encore (texte fait en 1964), dans le quartier du Maupas (qui signifie : mauvais lieu, mal famé), le chemin des Cèdres s’enfonçait, secret, solitaire, édénique, entre des jardins. Il desservait la « Faculté de théologie de l’Eglise libre » dont le jardin était ombragé de cèdres majestueux. Les arbres libanais ont disparu et le « parc » de la « Môme », surnom familier de l’institution (construite en 1864 par l’architecte Jules Verrey), se trouve réduit à une mince bande de terre. La « Môme » - avec sa bibliothèque riche de 70,000 volumes – n’est ainsi qu’un numéro d’une rue animée. Un gros immeuble a pris la place du home pour filles perdues, les Clochettes. Le Cèdre-Vinet, dans la partie supérieure du chemin, entasse ses bâtisses. Et la « Maison suisse en Afrique du Sud » dont le secrétariat domine une route à autos, doit rêver des solitudes du Transvaal ou du Mozambique. Eteinte la poésie « Vieux-Lausanne » des Cèdres avec leurs dômes de feuillage et leur petit chemin que la moindre averse détrempait.

 

Il faut, sacrifiant beaucoup d’autres exemples de passages à transformation, consacrer quelques mots à la Vallombreuse, étirée entre les Bergières et la route du Mont. On lit, au sujet de cette (naguère) idyllique route, dans le Cahier rouge de Benjamin Constant : « Je suis né le 25 octobre 1767 à Lausanne, en Suisse, d’Henriette de Chandieu, d’une ancienne famille française réfugiée dans le pays de Vaud pour cause de religion, et de Juste Constant de Rebecque, colonel dans un régiment suisse au service de Hollande. Ma mère mourut en couches huit jours après ma naissance. »

Cette naissance eut lieu non à la « Vallombreuse » ainsi que certains l’ont osé prétendre, mais dans le petit hôtel particulier du « Chêne » habité par Voltaire pendant les hivers 1757-1759, démoli en 1911 et qui était la propriété de M. de Montrond, arrière-grand-père maternel de Benjamin. Mais la confusion peut, à la rigueur, s’expliquer si l’on songe que le colonel Constant de Rebecque possédait plusieurs maisons de campagne aux environs de Lausanne et qu’il s’en revenait les habiter toutes les fois que cela était conciliable avec l’exercice de son commandement. Il logea de la sorte au « Sable » (ou Chable), propriété Chandieu sise près de Rolle, à la « Maladière » ou « Bois-de-Vaud », enfin au chemin de la « Vallombreuse » aux confins Lausanne-Prilly où il ne détint pas moins de quatre demeures : « Bois-Soleil », la « Chablière », le « Désert » et surtout la maison qui donne son nom à ce chemin bordé de beaux arbres : cette « Vallombreuse » avec sa femme et son jardin orné d’un sapin fantaisiste dont la cime bifide imita les courbes d’une lyre. À la « Chablière » se rattachent les mémoires de Louis-Eugène, duc de Wurtemberg, du littérateur Samuel de Constant, d’un diplomate anglais sir Stratford Canning, du général Henri Guiguer de Prangins, du peintre Gaulis, ami des paysages de Vidy et des teintes d’automne. [photos : Lord Stratford de Redcliffe en 1814, âgé de 29 ans. Charles-Jules Guiguer de Prangins. Peinture de F. Elgger, lithographie de Louis Wegner (1842)] Morcelé, le parc a été cédé en partie à l’institution de Béthanie qui y a construit, en pleine verdure, un home pour personnes âgées. Le « Désert » conserve le souvenir du philanthrope Théodore Rivier-Vieusseux, préfet de Lausanne de 1834 à 1837. L’ombre de Benjamin, qui sait, hante encore cette voie. Bien que son père l’ait appelé, jeune encore, auprès de lui aux Pays-Bas et à Bruxelles et qu’il ait lui-même possédé rue Saint-Pierre une élégante demeure démolie en 1908 après avoir servi… de siège à la Banque Cantonale.

Longtemps – l’an 1952 commença de marquer l’ « urbanisation » à outrance de ce chemin de campagne – la Vallombreuse offrait un asile sûr (et même le dimanche) aux familles flâneuses. Mais la commune de Prilly « donna le feu vert » aux bâtisseurs du majestueux, de l’immense groupe immobilier de « Mont-Goulin », vraie cité dans la ville, vaste dispositif architectural visible bien loin à la ronde, qui s’élève au sud de la partie occidentale du chemin. Ne voulant pas demeurer en reste et soucieuse de ménager, sous l’angle de l’urbanisme, l’avenir des liaisons entre communes, les autorités lausannoises prolongèrent, en l’amplifiant, l’avenue de France dont le « goulet », à forte densité automobile, se déverse en pleine Vallombreuse. Finie la paix des familles et des petits enfants. C’est tout juste si les piétons, en se collant aux jardinets bordiers, évitent d’être « cueillis » par les conducteurs pressés (et, par définition, ils le sont tous).

Sans prétendre dresser l’inventaire des « chemins » de Lausanne, il est juste de mentionner, dans le quartier de Montoie, le chemin du Couchant, rivière asphaltée entre deux rives de brique et de ciment ; puis, remontant vers le nord, aux abords de l’infortuné bois de Sauvabelin entaillé par l’ « autoroute », la « Chocolatière » encore parfumée – du moins n’est-il pas interdit de l’imaginer – des effluves du cacao cher au citoyen-manufacturier Ribet. Les produits de ce digne gastronome se montraient plus digestifs, assurément, que les romans surabondants de Mme de Montolieu, marraine d’un passage tout voisin. Assoiffée de gloire, cette dame n’a pas renoncé, assure-t-on, à revivre en Vennes sous les espèces intermittentes d’un spectre errant, la plume d’oie à la main. Le chemin de Boissonnet attire l’attention sur l’Asile Boisonnet fondé, il y a un siècle, par la mère d’un jeune ingénieur emporté sous l’avalanche sur les pentes du Haut-de-Cry valaisan.

Ribet chocolat

Ribet chocolat

De Lousonna à Lausanne [10]

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