Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 17:03
Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Quant à Alphonse XIII, fort répandu à Lausanne aussi bien dans les salons qu’auprès des « pirates » d’Ouchy, il fut l’humour, la simplicité et la bonne grâce incarnés. Je n’ai pas oublié un tour de chant de Chevalier donné en la salle (disparue) du « Splendide ». Maurice, le canotier et la lippe en bataille, interpréta « Ma pomme ». Lorsqu’il se proclama « plus heureux qu’un roi », il désigna d’un clin d’œil Sa Majesté Très Catholique. Le roi rit du meilleur cœur et s’en alla féliciter le chansonnier.

.

Démocratique en ses manières, le roi Alphonse savait rappeler à ses interlocuteurs, par des exemples probants, son goût des idées générales. Quel homme intelligent sous son « bon garçonnisme » apparent !

.

Les rois successifs de la Roumanie maintenant soviétisée, puis le prince Nicolas, le roi Hussein de Jordanie rendirent à Lausanne des visites fréquentes. Et le vaillant « petit roi » d’Orient tout comme l’émir Ibn Seoud d’Arabie saoudite, sont encore nos hôtes fidèles.

Il serait opportun de citer quelques participants du long cortège des écrivains : de Sainte-Beuve à Edouard Estaunié puis Henri Mondor et Jean-Louis Vaudoyer, quatre amis fidèles de Lausanne [Pour villégiature et de passage], tous disparus, après Marcel Proust et Anna de Noailles, hôtes plus intermittents. Mais d’autres prennent la relève : les romanciers Georges Simenon, Yves Gandon, feu le poète Godoy – ce dernier Lausannois bon teint – et tant d’autres gens de lettres qui s’en viennent chercher sur nos rives une paix pourtant contestée par nombre d’indigènes aux nerfs fatigués.

.

Lausanne eut ses originaux et ses originales autochtones. Par exemple : un certain Domenjoz – il se donnait pour fils d’un grand « sachem » à peau rouge – qui aimait, vêtu à la mode des trappeurs d’Amérique, chercher des pistes sous les ombrages, alors intacts, de l’avenue du Théâtre. Un commissaire de police – s’agissait-il du Potterat cher à Benjamin Vallotton ? – s’était ingénié à ne lui permettre que le port d’un « tomahawk » en carton artistement peint en gris de fer. Les apparences étant sauves, le « pisteur » avait obtempéré.

.

Il eut un émule, épris lui aussi de grands feutres mous, le peintre Rochat qui exposait ses toiles – les unes figuratives, les autres « énigmatiques » - au kiosque des tramways de Saint-François. Isadora Duncan avait, passant par-là, acquis une « œuvre » de Rochat, mais négligea de la lui payer.

.

Et qui pouvait bien être ce grand vieillard à toque d’astrakan ornée de passereaux épinglés, le pardessus couvert de décorations ? Et comment se nommait ce mélomane enfiévré – avec une tête à la d’Annunzio – qui, au théâtre, se tournant face à l’assistance chantait, de son fauteuil d’orchestre du premier rang, de grands airs d’opéra !

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le port d’Ouchy tel qu’il se présentait dans la seconde moitié du XIXe siècle.

L’Inde nous délégua, de longue date, de belles dames cuivrées drapées dans leurs saris. De quel roman de Georges Sand (ou était-ce d’Octave Feuillet ?) avait surgi une jeune et mystérieuse étrangère, en robe amazone, la cravache à  la main, suivie à pas comptés par un mâtin danois à la forte mâchoire ?

.

Les artistes de théâtre et de cinéma, nous ne les comptons plus : de Brigitte Bardot à Michèle Morgan et Joan Crawford, sans oublier Falconetti, mélancolique exilé, qui s’en alla mourir aux Etats-Unis. Et tant d’autres dont Yul Brinner ou Aimé Clariond, amateurs de nos rives et de nos vins. Et Sacha Guitry prenant le thé chez Mme Louise Arthème Fayard.

.

Fleurs de la fantaisie, de l’art, de l’infortune politique… du bitume aussi ! Beaucoup de Lausannois se montrèrent intrigués par cette dame plâtrée, à l’âge canonique, suivie d’une levrette souffreteuse, qui vendait des fleurs à la sortie des spectacles et qui nous a quittés en silence… au terme d’une carrière sans doute plus mouvementée que son humble fin.

.

Le monde scolaire et universitaire eut aussi ses oiseaux des îles : les sœurs D…, l’actuel prince consort de Hollande, l’empereur d’Iran, la princesse Soraya, élève d’un pensionnat lausannois…

.

Que d’ombres, que d’ombres ! De Jean Giraudoux prenant le thé à « Fantaisie » chez l’éditeur Henri-Louis Mermod, à André Maurois, conférencier très applaudi, à Valery Larbaud voici, l’œil malicieux mais attentif derrière ses lunettes d’écaille, fouillant les boutiques à la recherche de soldats de plomb. Et Edmond Jaloux, la canne de jonc à pomme de lapis-lazuli sous le bras. [Etabli de longue date à Lutry.] Apparaissait aussi C.-F. Ramuz, le visage buriné, la moustache taillée à l’américaine, un sac de touriste négligemment jeté sur l’épaule gauche. Il s’arrêtait pour échanger avec un prince de la causticité, le peintre René Auberjonois, des propos dont les bons bourgeois du lieu faisaient les frais…

Partager cet article

Repost 0

commentaires