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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 16:53

La Tour-Grise, quartier du Languedoc, rappelle (sentier sans issue) la lignée de ces « pavillons de vignes » dont Lausanne, à une certaine époque, n’était pas dépourvue. La « Casquette du Diable » avec sa toiture caractéristique, régnait sur les vignobles de l’avenue Dapples. Et l’armée des ceps qui couraient, jadis, de la région de l’Hôtel Mirabeau (avenue de la Gare) jusqu’aux abords du chemin de Longeraie encore veuf de son église grecque, de la Synagogue et de bien d’autres édifices, constituent le clos (avec pavillons) de la « Guinandière » du nom de leurs propriétaires les « Guinand », une fraction de cette estimable famille ayant fait souche, désormais, à Caracas (Venezuela).

 

Passons au quartier des Toises (nord-ouest de l’avenue de Rumine), un temps (bien lointain) riche en prairies et bosquets, puis modestement bâti avant de sacrifier, avec volupté, aux rites du gigantisme architectural. Il y avait là une bonne vieille demeure (disparue) doublée d’une Rosière elle-même condamnée. Mais le chemin des trois-Rois (qui court d’Etraz à Rumine) commémore l’exil (à la Rosière) de trois des frères de Napoléon Ier : Louis, ex-roi de Hollande, Joseph, ex-roi d’Espagne, Jérôme, ex-roi de Westphalie ; ils eurent, dans ce lieu bocager, l’amer loisir de méditer sur l’instabilité des choses humaines. Les Toises ? De « Teise », pré coupant une pente.

Les trois rois

Les trois rois

Au sud de l’avenue de Rumine, vers l’est, un chemin descend en pente rapide pour conduire (voûte sous la voie ferrée Lausanne-Berne) dans les parages limitrophes de « Pierre-à-Portay ». Ce raidillon, aujourd’hui carrossable, perpétue le souvenir de la ferme du Trabandan (munie d’un pressoir à Bandan ou Bender). Avec un peu de chance, vous pourriez rencontrer, en ce lieu complètement transformé, l’ombre de Chateaubriand. En effet, lors de son premier séjour à Lausanne (1826), l’écrivain-diplomate avait choisi la rive alors silencieuse de la Vuachère pour y venir philosopher…

 

Le ruisseau-frontière entre Lausanne et Pully ne porta pas, dans les vieux temps, le nom sous lequel put le connaître « le vicomte René ». Il se nommait Nant ou Nantou. La magnifique propriété que feu Edouard Sandoz céda, pour un prix très modeste, au service lausannois des parcs, le Denantou, doit son nom à cette mince rivière, au gré des orages, parfois, très gonflée.

 

Nous l’avons vu : une foule de ces prétendus chemins ne sont plus, de nos jours, que des garages à ciel ouvert, assez exigus souvent pour engager les automobilistes à placer leurs « chars » mi-partie sur le trottoir, mi-partie sur la chaussée. Les zones bleues ne tiennent pas encore, c’est le cas de l’écrire, le haut du pavé. Quant au piéton, quantité négligeable, qu’il se débrouille. Opération difficile dans un pays romand dont feu Marc Monnier [bis] assurait que le péché permanent consistait, justement, à ne se point débrouiller.

La place Saint-Laurent en 1859, avant l’ouverture de la rue Haldimand.

La place Saint-Laurent en 1859, avant l’ouverture de la rue Haldimand.

Si, dans leur majorité, ces chemins ne sont ainsi que des pistes à voitures, il s’en trouve d’assez romanesques – au moins par leur nom – pour éveiller l’espoir au cœur des naturistes : chemins des Pinsons, des Fleurettes, des Mésanges, des Retraites, de Belle-Source, D’Entre-bois.

 

Ceux-là – jusques à quand ? – ménagent au promeneur quelques surprises agréables. D’autres ne s’adressent qu’à l’historien en coquetterie avec le Lausanne bonhomme d’autrefois.

 

Le Closelet ? Une rue passante, avec deux garages en lieu et place du frais domaine de naguère. Par bonheur, un petit jardin public aménagé là fait oublier les rauquements des ateliers de réparation pour mécaniques. [Le jardin public existe toujours]

 

Il n’y a pas beaucoup d’années, l’avenue de Montchoisi était dans les limbes. Un indolent chemin serpentait entre des demeures simplettes sur leur butte. Il passait au nord d’un home russe, dissimulé dans un bouquet d’arbres bleuâtres. On longeait plus loin les villas à jardins de Passerose – pâté actuel d’immeubles – dont une seule au nord, Jurigoz, résiste aux appels des bulldozers. Au bas de l’avenue de Jerigoz, le chemin musard montant et descendant rejoignait l’ébauche de l’avenue Ramuz, s’arrêtant pile, pour sa part, devant l’éminence verte et la maison de maîtres de « Montchoisi ». Rasé, ce bien des de Cerjat porte les maisons locatives des Allinges et de Montolivet.

 

Entre les avenues de « Rumine » et de « Florimont », le chemin de Lucinge ravive le souvenir d’une famille noble (et éteinte), d’origine française. Cette voie a perdu la maison qui la baptisa mais la société d’art public (Heimatschutz) a contribué au maintien, entre les blocs habitables, d’une providentielle « zone verte ».

Fuyons, dans la mesure du possible, l’énumération. Mais qu’on nous permette encore de rappeler ici le nom de quelques chemins jadis destinés à conduire le promeneur vers des espaces d’air et d’arbres, aujourd’hui déchus – les sentes et les espaces – de leur splendeur : les Avelines, les Allières, la Coudrette, les Vignes-d’Argent.  Le chemin des Délices et Praz-Fleuri (dans le proche voisinage de la Croix-d’Ouchy). Ils nous permettent, à la rigueur, d’évoquer Voltaire mais point l’image de parterres de fleurs et de buissons où s’égosillent les oiseaux…

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