Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Rechercher Un Mot

Articles Récents

Liens

31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 17:45

.

Par une lecture un peu critique de la relation de ces événements, nous ne chercherons pas à traîner devant un tribunal ces pionniers de Zermatt, mais à comprendre leur comportement.

 

Redisons-le : les hommes de ces vallées avaient une sainte horreur des sommets, infestés traditionnellement non seulement de réels dangers, mais de démons. Risquer sa vie pour y monter devint un moyen de la gagner, rien de plus. Sans Hillary, combien de sherpas népalais auraient tenté l’ascension de l’Everest ? Les gens de Zermatt ne sont pas des idéalistes, et l’orgueil de la performance est un sentiment qui leur est étranger. Quant à Seiler, c’est un homme sensible et pratique. Il prévoit parfaitement ce qu’une victoire par le versant suisse apportera à ses affaires, mais au moment même de la catastrophe, il est réellement consterné. Il ne sait pas encore à quel point les lieux d’une tragédie peuvent attirer le monde. Quant aux alpinistes, Carrel, Croz et Whymper, ainsi que les Taugwalder, ils ignorent encore, étant des pionniers, les quelques lois fondamentales qui sont entrées dans la tradition de l’alpinisme : la solidarité, le fair-play, un certain code de l’honneur. Principes que l’on fait passer trop souvent comme ancestralement attachés aux races montagnardes, et qui, nous le voyons, ne sont pas si anciens.

Il peut être intéressant de comparer le lancement de Saint-Moritz, parti sur l’astucieux pari de Badrutt, et celui de Zermatt, auréolé de tragique. Et cette différence est sans doute plus le fait du paysage que celui des personnages. Tout est plus âpre et plus difficile dans cette haute vallée qu’en Engadine, et les habitants ont le caractère de l’endroit. L’épopée des Seiler ressemble un peu (revolver en moins) à celle d’un western. Le modeste colporteur achète un saloon, puis un hôtel en face. Il casse la concurrence en rachetant les autres saloons, les auberges. Les jalousies grondent. L’homme est un étranger. Il apporte le progrès, mais il vient du dehors. Chicanes et conflits internes (Alexandre Seiler, ce grand patron, se verra refuser la bourgeoisie de Zermatt, après vingt ans de travail de géant dans la commune). La politique est là, empoisonnant tout. Lutte d’influence entre les autorités communales et les projets de Seiler qui durera encore quinze ans. Le Conseil d’Etat ira jusqu’à mettre Zermatt sous tutelle et la faire occuper par des gendarmes pendant six mois. Si l’affaire ne cause pas de morts, comme dans tous bons films de western, les coups de revolvers ne sont pas loin. Les chemins de fer vont eux aussi poser des problèmes, tant celui reliant Zermatt à Viège que celui montant au Gornergrat. Ce n’est pas immédiatement que l’on comprendra l’importance nationale de son entreprise. A la fin de sa vie Alexandre peut recevoir dans ses hôtels de Zermatt (Monte Rosa, Mont Cervin, Riffelberg, Riffelalp et Lac Noir) sept cent hôtes. En plus il aura lancé les stations de Gletsch, Riederalp et Eggishorn. Il emploie cinq cents personnes.

Alexandre Seiler I

Alexandre Seiler I

Mont Cervin Zermatt

Mont Cervin Zermatt

Riffelberg Hôtel Zermatt

Riffelberg Hôtel Zermatt

Hôtel Riffelalp Zermatt

Hôtel Riffelalp Zermatt

Hôtel du Lac Noir Zermatt

Hôtel du Lac Noir Zermatt

Ce n’est qu’au terme de son œuvre que lui viendront de Sion, la bourgeoisie souhaitée, de Berne, les subsides pour les voies ferrées, de ses concitoyens, le respect, l’aide et l’appui définitifs.

 

En effet, le jour de l’année 1891 où le premier convoi atteint Zermatt sur des rails tout neufs, c’est avec la dépouille mortelle d’Alexandre Seiler que le train qui consacre son œuvre reprendra le chemin de la vallée.

 

Ce rude bagarreur a imposé ses idées, son enthousiasme. Les indigènes, qui ne manquaient pas de tempérament, s’inclinent. Même entre Valaisans, il faut bien que les vendettas s’éteignent. Ici, l’extincteur fut la livre sterling.

Partager cet article

Repost 0

commentaires