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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 18:22

Paris, avril 1815

Roustam est venu me trouver, me demandant de présenter sa supplique. L’Empereur l’a jeté au feu en me disant de ne plus jamais me parler de cet homme. Je sais bien pourquoi : il y a quelques mois, l’Empereur lui avait donné 50'000 francs pour ses étrennes, et puis ce furent les jours tragiques où l’Empereur tenta de se suicider, et nous aurions tous pu être soupçonnés de connivence avec le roi ou les puissances étrangères.

Déjà des drapeaux blancs étaient hissés à Paris, et on chantait le Te Deum à Notre Dame. Roustan se fit tout petit, lui qui n’avait jamais déserté la porte de l’Empereur devant laquelle il couchait comme un chien de Saint-Bernard, quitta le palais pendant la nuit. Avant de partir pour l’Ile d’Elbe, l’Empereur m’avait dit « Roustan m’a trahi, c’est toi Noverraz qui prendra place sur le siège de la voiture. »

Paris, mai 1815

L’Empereur a d’autres soucis. Il sait que les alliés veulent former, entre la Meuse et l’Escaut une immense armée.

Pourtant il a bien fallu qu’au retour de l’Ile d’Elbe, on s’occupe de sa pauvre garde-robe. Sa Majesté a convoqué deux fois le tailleur Lejeune pour des essayages.

Lejeune est reparti chaque fois sans l’avoir vu. Sa Majesté a dit : « Qu’il s’arrange, il connaît mes mensurations, je n’ai pas eu le temps de grossir sur mon îlot ! »

C’est donc moi qui ai pris livraison au 40 de la Rue Richelieu de deux habits de chasseur avec plaques et épaulettes et de deux redingotes grises dont la facture était de 300 francs par habit et 160 francs par redingote.

M. Lejeune m’a fait remarquer qu’il avait exécuté scrupuleusement les désirs de l’Empereur : les redingotes grises étaient en drap fin de Louviers, et il avait eu soin de traiter les entournures des manches très larges, de façon à ce que Sa Majesté puisse l’enfiler ou la retirer facilement sans enlever les épaulettes.

Je puis dire que l’Empereur, sauf pour les grandes cérémonies, n’attache aucune importance à sa toilette, mais il tient à ce que l’on change tous les jours ses culottes de casimir blanc, parce qu’il a la mauvaise habitude d’y essuyer sa plume.

Quant à la redingote grise, j’ai pu m’apercevoir bien des fois qu’elle était sa meilleure image pour les foules. Il avait l’air ainsi d’une sorte de bourgeois cossu, avec son petit chapeau caractéristique et il savait bien que c’est comme ça que les Parisiens l’aimaient.

La Malmaison, 1815

Il faut que je conte l’histoire qui a fait dérider l’Empereur : lorsque Louis XVIII rentra à Paris, tandis que nous voguions vers l’Ile d’Elbe, il voulut rendre son retour triomphal et exigea que la calèche royale fût entourée par des grognards et même des maréchaux de l’Empire. Sur le Pont Neuf, le roi s’arrêta : on voyait, sur un cheval de plâtre, un Henri IV également en plâtre. Le roi souffrit de cette mascarade et fit demander quel était le meilleur sculpteur. On lui répondit que les plus belles statues de l’Empereur étaient dues à Lemot. Lemot se déclara prêt à exécuter la commande si on lui fournissait du bronze, qui était rare.

Le roi ordonna que l’on descende les statues de Napoléon de la Colonne Vendôme et de la Colonne de Boulogne. On fit remarquer au roi que ces statues étaient faites du bronze des canons autrichiens et russes pris à Austerlitz. Ceci indigna beaucoup de Français et le ciseleur Quesnel, sans en avertir Lemot, inséra dans le bras droit d’Henri IV, une statuette de l’Empereur.

Pour se moquer des Bourbons, il glissa encore dans le ventre du cheval de bronze, toutes les chansons et les pamphlets antiroyalistes qu’il put trouver. On assure même qu’il réussit à dissimuler le procès-verbal de ses agissements dans la tête d’Henri IV ! Les Parisiens du futur en riront peut-être dans l’avenir, à moins que l’on ait de nouveau besoin de bronze pour fondre de nouveaux canons.

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