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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 17:04

Orgon, fin avril 1814

Partout, l’Empereur n’entend que des cris de haine. Devant l’auberge où nous nous sommes arrêtés, les vitres de la Dormeuse sont brisées à coups de pierres et de bâtons, et ce sont les commissaires étrangers qui tentent de le protéger : un affreux mannequin ensanglanté est pendu sous un arbre, avec une pancarte : « Voici le sort du tyran Bonaparte ». Maintenant, l’Empereur est terré dans un coin de la voiture, un bras devant les yeux. Il a refusé de manger et de boire, et à Pont Royal, il troque sa fameuse redingote grise et sa veste à plastron blanc contre ma vieille livrée bleue, avec la poussière de la route. Il se coiffe d’un chapeau rond, ainsi, il est méconnaissable, et c’est sur un cheval de poste qu’il franchit sans encombre les dernières lieues. Le mistral souffle très fort, et dans un village appelé La Calade, il est si épuisé qu’il veut s’arrêter dans une auberge. L’hôtelière demande « Qui est ce voyageur ? » et je réponds qu’il s’appelle Sir Campbell. L’Empereur refuse de manger, il s’étend dans une chambre en attendant l’arrivée d’un peloton de gendarmerie qui arrive au milieu de la nuit. On me rend ma livrée, et l’Empereur se déguise de nouveau avec un uniforme du général Koller et c’est, revêtu du manteau du général Schouwaloff qu’il monte dans la voiture du commissaire russe. Moi, je reprends la route sur le siège de la Dormeuse où s’est assis le grand maréchal. Au Luc, l’Empereur a la joie de retrouver sa sœur chérie, la princesse Pauline Borghèse qui réside au château de Bouillidoux (Bouillidou, Château Colbert Cannet) que monsieur Charles, le député au Corps législatif, a mis à sa disposition. Elle supplie son frère de l’emmener dans son île. Avant l’aube, nous quittons Le Luc pour Fréjus, protégés par des escadrons de hussards autrichiens, et vers 10 heures du matin, nous sommes au bord de la mer. J’aide à embarquer les bagages sur la frégate anglaise « Undaunted », et nous voyons arriver deux navires français : « La Dryade » et le brick « L’Inconstant ». La frégate anglaise salue l’Empereur de 21 coups de canon quand le commandant Usher reçoit l’Empereur à son bord. Un officier français me dit qu’on attend un vent favorable pour gagner l’Ile d’Elbe.

L’Empereur est sorti de sa cabine et il regarde à tribord pour essayer de voir la Corse. Il respirait longuement et il a dit qu’il aimerait sentir l’odeur du maquis. La mer est assez calme. Je n’ai pas le mal de mer. L’Empereur, depuis les menaces en Provence, me considère davantage. Il m’a dit que je remplirai les fonctions de chasseur et que j’aurai le droit de porter bicorne à plumes de coq et couteau à la ceinture quand nous serons à Elbe.

Gravure fantaisie allemande

Gravure fantaisie allemande

On se moque de Napoléon

On se moque de Napoléon

A suivre

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