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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 17:13

Paris, 1812

J’ai croisé au palais, un être très impressionnant : tout courbé, très âgé et avec un air de grande bienveillance. J’ai questionné Constant. C’est certainement Pierre Le Clerc, me dit-il, l’Empereur le tient en grande estime, et voici pourquoi.

Vers la fin du XVIIIe siècle, habitait rue du Puits de l’Ermite, au faubourg Saint Marceau, un vieillard que les uns disaient sorcier, les autres fous. La maison au front de laquelle grimaçait le numéro 13, était haute et froide. Dans la chambre du cinquième étage, une table boiteuse supportait de vieux manuscrits et des hiéroglyphes. Courbé sous le poids des années, l’étrange locataire avait le visage creusé par les jeûnes, des yeux bleus très doux. Il s’appelait Pierre Le Clerc ; on l’appelait le père Pierre. C’était un ancien bénédictin qui, chassé de son couvent en 1790 par la suppression des ordres religieux, s’était réfugié dans ce taudis.

Un jeune homme entre. A peine a-t-il 25 ou 26 ans, il est frêle et pâle, et sa figure maigre aux longs cheveux plats a le profil sévère d’une médaille césarienne.

« Je viens, dit-il brusquement, consulter vos diableries. »

Le vieillard sourit, allume une petite lampe de cuivre et pose des questions :

  • En quelle année êtes-vous né ?
  • En 1769.
  • Dans quel moi et quel jour ?
  • Le quinzième d’août.
  • Écrivez sur ce carton vos nom et prénom dans leur ordre exact.

Le vieillard examine, réfléchit et dit : « Sept jours avant votre naissance, dans la nuit du 8 au 9 août 1769, une grande comète est apparue dans les cieux vers la fin de la constellation du Bélier, le jour de votre naissance, elle entrait dans le Taureau qui, dans votre horoscope, se trouve en Maison X, le lieu de l’Honneur, de la Fortune et de la Puissance… Les arcanes d’Hermès me révèlent que vous êtes appelé à la plus haute ascension à laquelle un homme puisse espérer… » Le vieillard se leva péniblement, s’inclina et dit : « Sire, vous régnerez ! »

« Vous êtes fou ! Je ne suis qu’un officier sans fortune et sans avenir ; Aubry, le chef du comité de la guerre, vient de me rayer des cadres : Napoléon Bonaparte n’est même plus soldat !... »

Quand il devint maître de la France, Napoléon se souvint et invita Pierre Le Clerc à habiter dans son Palais.

Vois-tu, Noverraz, si un jour tu entres dans l’intimité de l’Empereur, tu comprendras combien il est superstitieux. Il y a des gens qu’il se refuse à recevoir parce qu’il croit qu’ils ont la jettatura. Il parle parfois aussi du « Petit Homme en Rouge », une sorte d’esprit familier qu’il est seul à connaître. Il croit aussi à son Etoile, et personne, même pas moi ! n’a pu jeter un regard sur son manuscrit, je crois que c’est une sorte de Livre du Destin ! Peut-être, ajouta Constant, et c’est une des rares fois où je l’ai entendu plaisanter, peut-être Bonaparte aurait-il choisi le Simplon si un chat noir avait traversé la route du Grand-Saint-Bernard !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

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