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29 novembre 2017 3 29 /11 /novembre /2017 16:24

Sainte-Hélène, mai 1819

Ce jour-là, il pleuvait sur l’île, et les arbres pliaient sous ce vent perpétuel. J’avais allumé un feu de bois, l’Empereur, dans son fauteuil, rêvassait :

« Peut-être Marie Walewska est-elle la seule femme qui m’a vraiment aimé… Quelle admirable fidélité m’a-t-elle toujours témoignée !... On m’a cédé par intérêt, par curiosité, par vanité, par calcul, parfois même par contrainte, mais laquelle de ces femmes m’a-t-elle appartenu complètement ? L’Impératrice m’a trahi avec Neipperg, quant à Joséphine… »

L’Empereur eut un geste de la main qui avait l’air de signifier « avec n’importe qui. »

« Et pourtant, l’ai-je aimée, ma vicomtesse ! Elle était séduction, langueur, elle avait des yeux caressants, des cils qui palpitaient et le timbre de sa voix était si harmonieux que mon cœur se serrait en l’entendant. Sais-tu que Mme de Beauharnais tenait salon ; Ségur, Caulaincourt, Montesquiou lui faisaient la cour. Sais-tu comment je l’ai connue ? »

Sainte-Hélène, été 1819

L’Empereur rentrait de promenade d’assez belle humeur.

Il est fier d’avoir vu ses fleurs pousser, des fleurs qu’il a plantées lui-même après avoir pioché, biné, ratissé et arrosé sur le conseil de son docteur et sous l’œil étonné des jardiniers chinois.

Il portait un chapeau à large bords qu’il m’a confié en rentrant, et il m’a dit : As-tu remarqué la forme des nuages ? On dirait des ballons ! Cela m’a rappelé « la Caroline » de Mme Blanchard que j’avais chargée d’aller porter au monde la nouvelle de la naissance du Roi de Rome, mais son ballon « Caroline » n’avait pas dépassé Lagny en Seine-et-Marne, et c’est un peu pour ça que j’ai refusé d’écouter les rapports et les projets des savants qui me proposaient des aéroplanes, des volateurs et des ornithoptères. J’ai eu sur mon bureau je ne sais combien de dossiers, des espions m’avaient rapporté d’Angleterre l’étude d’un certain Cayley, le dessin d’un aéroplane.

Décontracté, en tenue de jardinier, au chapeau à large bord.

Décontracté, en tenue de jardinier, au chapeau à large bord.

Beaumarchais proposait un « aérambule » pour diriger les ballons. Il y eut bien d’autres inventeurs : Cagnard de la Tour, Dubochet et un horloger suisse ou autrichien, Jacob Degen, qui tenta de voler au-dessus du jardin de Tivoli, mais j’avais d’autres soucis et j’ai écarté tous ces projets. Le général Resnier, de l’armée des Pyrénées Orientales, avait étudié un plan d’invasion de l’Angleterre par des hommes-oiseaux munis de deux ailes en toile forte avec une armature de fer, mais il est lui-même tombé dans la Charente. Quant aux ballons, ils dépendaient des vents : des soldats d’invasion, partis de Bretagne ou de Normandie, auraient pu se retrouver en Vendée ou dans les Flandres. Le jour viendra-t-il où un moteur sera capable de lutter contre les vents… j’en doute… avec ces alizés, jamais un ballon ne pourra atterrir à Sainte-Hélène… J’ai ignoré le machinisme !...

Sir Hudson Lowe est enchanté de voir l’Empereur s’adonner au jardinage. Il en a fait part à Lord Balthurst (Henry Bathurst), à Londres, qui a fait répondre qu’on allait envoyer au « général » n’importe quelle fleur ou plante imaginable, d’Angleterre ou du Cap.

Le gouverneur est bien moins content d’apprendre que l’Empereur a encore tiré des coups de pistolets sur un cochon qui traversait son jardin. Le cochon est à ajouter au tableau de chasse impérial : plusieurs poulets et deux chèvres.

Le cuisinier a préparé le cochon avec une sauce de venaison. L’Empereur s’est régalé.

A suivre

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