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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 18:06

Sainte-Hélène, janvier 1818

« Vois-tu, Noverraz, j’ai songé à faire de Lausanne une capitale. C’était en 1798, mon idée était de détacher les territoires du Sud de la Suisse : le Pays de Vaud et Genève, le Valais et le Tessin, nous en aurions fait des républiques indépendantes, et c’est Lausanne qui serait devenue la capitale de la République de Rhodanie ; nous aurions fait d’Aarau la capitale de l’Helvétie ; le Directoire avait chargé le général Brune, commandant des troupes françaises en Suisse, de préparer ce grand projet. La Harpe m’aurait compris, mais finalement, c’est Guillaume Tell qui l’a emporté.

Il n’y a pas de honte à avoir été vaincu par Guillaume Tell. Je ne pardonne pas aux Suisses d’avoir tenu trop de propos hostiles, reprochant à l’Empire de recruter leurs hommes, lui reprochant des droits de douane et les marchandises confisquées. On en a brûlé à Soleure et à Zurich : pour l’exemple, il fallait bien que je mette l’Angleterre au pas, mais cela, les Suisses ne l’ont jamais compris, ils ont accepté de l’argent anglais pour lever les régiments de Bachman, de Solis et Roverea, et même de financer la flotte de Williams sur le lac de Zurich ! »

Sainte-Hélène, février 1818

« Je pouvais compter sur les Lémanois, mais les Valaisans me faisaient souci. Je me méfiais de cette aristocratie aux noms rocailleux. »

Pourtant, il était impératif, m’a-t-il dit, de contrôler la vallée du Rhône, la grande voie de communication avec la République Cisalpine que j’ai créée en 1797. En nommant Mangourit, le Jacobin, comme résident à Saint-Maurice, je le chargeai de porter la Révolution dans ce pays divisé. Quand il a dressé l’Arbre de la Liberté à Saint-Maurice, j’hésitais encore à faire du Valais une république indépendante ou à l’intégrer à une république du Rhône ; le Directoire penchait pour le faire adjoindre à la République Helvétique.

J’aurais, moi, annexé le Valais à la France : faisant partie du département du Mont-Blanc, les Valaisans devenaient français, et je contrôlais ainsi toutes les voies, du Mont-Blanc jusqu’au Simplon. Talleyrand devait manœuvrer dans ce sens, et je n’ai pas compris que les Valaisans ne voient pas l’honneur qui leur était fait en devenant citoyens français. J’ai reçu à la Malmaison des dizaines d’adresses de presque toutes les communes, mais la seule que j’ai retenue c’est celle de Saint-Maurice qui priait la Grande Nation Française de ne pas les séparer des descendants de Guillaume Tell. J’ai écarté ces adresses : on ne peut rien faire de Grand ne de Beau si l’on agrée aux vœux d’une fraction du peuple.

Plus tard, j’aurais voulu que mes jeunes officiers trouvent épouse en Valais et j’ai chargé Savary de me présenter des rapports.

Chef de la Police, Savary

Chef de la Police, Savary

Napoléon avait une très bonne mémoire, ce qui est parfois surprenant de se remémorer de petites choses, qui ne participaient de la grandeur de l’Empire ou des préoccupations d’un grand homme !

Regardez, ci-dessous, l’extrait du rapport présenté à Napoléon.

Grâce à J.-M. Biner des Archives valaisannes, nous avons retrouvé l’étonnant rapport relevé par André Donnet que le préfet du Valais adressa, en 1811, sur la demande de l’Empereur au Ministre de la Police. Les jeunes filles valaisannes des meilleures familles sont fichées : âge… (bien certain ! souligne la Police) fortune, dot et espérances, enfin : « une colonne d’observations sera réservée pour indiquer les agréments physiques ou les difformités, les talents, la conduite et les principes religieux de ces jeunes demoiselles… »

Pour des raisons évidentes, nous ne livrerons ici que les initiales.

Madeleine de C. : dot 150'000… ! Figure commune, taille petite, élevée comme une servante. Son père n’a pas même voulu qu’elle apprît à lire ni même à écrire par suite de son avarice et de ses opinions « illibérales ». Elle paraît destinée au fils du maire de la ville. (Illibéral = Qui n’est pas libéral, qui ne donne pas, avare, radin, mesquin.)

Elisabeth de L. : 18 ans. Dot 35'000. Physique agréable, belle taille, éducation peu soignée jusqu’à présent, mais elle vient d’être envoyée dans un couvent.

Christine de R. : 19 ans. Dot 30'000. Taille médiocre, joli physique, mais éducation excessivement négligée.

Catherine de T. : 16 ans. 15'000 francs de dot. Joli physique, belle taille, son éducation n’est pas achevée.

Marguerite de T. : moins bien que sa sœur.

Marie de K. : 24 ans. Dot 20'000. Belle taille, figure agréable, éducation bonne, caractère fort doux.

Victoire de P. : 20 ans. Dot 50'000. Figure agréable, belle taille, mais point de tournure. Caractère doux, sans aucune éducation.

Catherine de W. : 13 ans, et sa sœur Marguerite, 15 ans. Ces deux jeunes personnes peuvent être immensément riches ou n’avoir qu’une fortune extrêmement modique à cause d’un héritage du baron de Badenthal, mort à Vienne… Jolie figures, grandes tailles, éducation entièrement négligée. (Le père a plusieurs enfants mâles, bâtards issus de servantes et qu’il pourrait fort bien reconnaître un jour et préférer à ses enfants légitimes !)

Nous ne pensons pas que les jeunes officiers français s’intéresseront beaucoup à Sophie et à Louise P. de Saint-Maurice, qui seront très joliment dotées, 70'000 francs ! mais… la première est « laide, sourde, du goitre et une éducation assez négligée ». Quant à sa sœur Louise, je crains bien qu’elle aussi coiffe Sainte-Catherine : figure passable, sourde, caractère froid et sauvage.

Pour la bonne bouche, si j’ose dire, les jeunes officiers français auront plaisir à savoir que Marie-Josèphe de Sépibus, âgée de 19 ans, bien que sa dot ne soit que de 5'000 francs, est ainsi décrite : très jolie, bien faite, caractère altier et sauvage, passe pour une des plus belles personnes du pays.

Enfin, on se battra probablement pour les beaux yeux de Mélanie de Courten, ses 20 ans et ses 22'000 francs de dot… : Jolie tournure, figure très distinguée, éducation parfaite, de l’esprit, de la mesure… c’est la seule jeune personne vraiment bien élevée du pays !

Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

Elles se devaient être bien habillées, costume du dimanche, bien coiffées, etc. Le bal champêtre est le moment de s’exposer aux regards des prétendants. Ici, pour illustration, Choral de Savièse, tableau de Ernest Biéler. 

A suivre

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