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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 17:12

Sir Thomas Breame parle assez bien le français. Il m’a aimablement salué comme je passais près de sa maison basse passée à la chaux et décorée de géraniums, comme les maisons de chez nous. Je savais que c’était la ferme de la Compagnie des Indes et je lui en fis compliment. Il se passa plus d’une année avant qu’il n’aborde un sujet qui m’a beaucoup fait penser :

  • Le fait d’avoir choisi l’exil sur cette île maussade en compagnie de l’Empereur montre votre attachement. Nous savons les Suisses fidèles, et je vous avouerai que j’entretenais moi-même à l’égard de votre maître, une grande admiration…
  • Vous avez dit entretenais, Sir ?
  • Oui, je parle au passé à cause de faits qui ne sont pas
  • Vous m’étonnez, Sir.
  • J’ai été encore plus étonné moi-même quand on m’a prouvé que Napoléon était faux-monnayeur !
  • Vous en avez trop dit, Sir, ou alors pas assez…

L’affaire remonte au début de l’année 1810. M. Desmarets était alors l’homme de confiance de Napoléon, chef de division de la police secrète. C’est lui qui, sur l’ordre de l’Empereur, chargea un certain Lale, premier graveur d’écriture au Dépôt Général de la Guerre, de copier des billets de la Banque d’Angleterre. Lale accepta et en compagnie d’un imprimeur savoyard du nom de Malo, installa son matériel dans une petite maison du Faubourg Saint-Jacques. Un jardin et des arbres la cachaient au voisinage. Le travail fut rondement mené, et les épreuves furent présentées à Fouché, ministre de l’intérieur, qui les montra lui-même à l’Empereur. L’imitation parut assez convaincante pour que Savary, le ministre de la police fédérale, en commande 10.000 épreuves. Le calcul était simple : envahir le marché européen de fausse monnaie pour ruiner le crédit de la Grande-Bretagne.

  • Mais… chaque billet ne devait-il pas être signé ?
  • En effet. Deux employés du ministère, assermentés, avaient acquis une telle habileté qu’ils apposaient plus de mille signatures dans la journée. Sitôt après, on versait les billets neufs sur le plancher poussiéreux et on les retournait et on les retournait avec un balai de crins ; c’était alors des billets assez crasseux que l’on envoyait à Rotterdam et à Hambourg, d’où des agents secrets les transportaient en Grande-Bretagne.
  • Et la manœuvre réussit ?
  • Partiellement, car, entretemps, Napoléon avait renoncé à débarquer en Angleterre et dressait des plans pour envahir la Russie. Les faussaires reçurent l’ordre de fabriquer des billets de banque et des assignats russes. Ce travail se fit chez le beau-frère de Lale, un certain Pauquet, graveur de talent, mais qui mit bien du temps à imiter parfaitement les signatures russes extrêmement alambiquées. Les presses fonctionnaient nuit et jour au 26 de la rue de Vaugirard et cela dura presque jusqu’à l’époque de la Berezina !

J’étais atterré par toutes ces précisions ! L’homme que j’avais considéré comme un héros, descendait de son piédestal, mais ce fut Sir Thomas qui me mit un peu de baume au cœur.

  • Voyez-vous Noverraz, les guerres ne se gagnent pas seulement sur les champs de bataille, un grand stratège a peut-être le droit de choisir d’autres armes que les sabres et les canons… Peut-être vaut-il mieux se servir d’encre que de sang.
Fausse monnaie, image d'illustration, faux Nazi.

Fausse monnaie, image d'illustration, faux Nazi.

A suivre

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