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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 18:19

Pour une fois, Noverraz nous parle un peu de lui… surtout de sa première femme !

Sainte-Hélène, avril 1820

Ma femme voudrait quitter Longwood, qu’on s’installe dans la maison neuve que le gouverneur a fait bâtir, mais c’est impossible. Elle me dit qu’on pourrait s’installer à Jamestown qui n’est qu’à un peu plus d’une heure à cheval. Elle croit que M. de Montholon qui est chargé par les Alliés de la surveillance de l’Empereur avec MM Stiermer et Balmaine, les commissaires d’Autriche et de Russie, serait heureux de nous prendre à son service. Elle sait que ces gentilshommes se plaignent ouvertement du travail des esclaves.

Elle dit que nous pourrions trouver un logement de deux pièces pour deux mille francs l’an, elle me démontre que nous pourrions vivre heureux et plus libres avec la vue sur l’océan ; que l’on trouve des maquereaux pour quelques sous au retour des pêcheurs, mais je sais, moi, ce que coûte la vie à Jamestown : quand j’ai été faire le marché, j’ai payé une oie, 18 francs, un poulet, 10 francs. Même les carottes et les choux coûtaient 40 sous, mais Joséphine insiste… elle sait que le valet de chambre de M. de Montchenu l’ayant quitté, il serait sûrement prêt à payer trois, quatre ou peut-être 5'000 francs pour un couple.

Elle dit qu’elle en a assez de s’occuper du linge et des draps qui révèlent trop de choses… ! qu’elle n’en peut plus des éternelles disputes qui éclatent presque chaque jour, qu’elle voudrait échapper au service des Montholon qui eux-mêmes servent l’Empereur et qu’on ne pourra pas vivre comme cela dans la maison d’un grand malade toujours hautain ou en colère. Je lui demande d’avoir patience et je lui dis que je resterai tant que l’Empereur aura besoin de moi. Plusieurs fois, j’ai dû le protéger des intrus.

Je ne l’ai quitté ni à Elbe, ni dans les campagnes militaires et ce n’est pas à Sainte-Hélène que je lui ferai défaut, surtout maintenant qu’il a une telle confiance en moi, « son bon ours d’Helvétie ! » et qu’il me fait partager ses confidences. A ma femme je n’ai pas dit que, plus tard, j’envisageais de rentrer dans ma terre natale, parce qu’elle ne songe qu’à Paris et elle tient la Suisse pour un pays de montagnes peuplé de gens qui, à côté des Parisiens, sont en quelque sorte, des sauvages.

Au service de la comtesse, Joséphine a pris des goûts de luxe ; elle rêve d’avoir plus tard une boutique de Frivolités. Sa maîtresse lui a raconté comment, en exil, la Duchesse de Guiche était infirmière, Madame de Lamartinière, ravaudeuse, et la Marquise de Vuillaume tenait un café ; quant à la Marquise de Jumilhac, elle faisait à Londres exactement la même chose que ce qu’elle faisait à Sainte-Hélène : elle était lingère ! Elle voudrait porter des indiennes de Jouy et se vêtir en Merveilleuse. Elle m’a même laissé entendre que les toilettes de sa maîtresse étaient davantage destinées aux yeux de l’Empereur qu’à ceux de son mari, et mon maître, assure-t-elle, n’y était pas insensible !

Je l’ai fait taire, parce qu’il y a ici bien assez de motifs de discorde sans y ajouter la jalousie et ce qu’elle peut provoquer ! Joséphine a appris que l’Empereur a promis deux millions à M. de M. et qu’à Bertrand, il lui a donné un collier de diamants en lui disant de le cacher sur lui. Elle me presse pour savoir ce que l’Empereur va me donner à moi, et comment nous allions utiliser cet héritage !

Pour une fois que Noverraz nous parle de sa femme, il n’a pas le trait léger, il l’a décrit un peu comme une femme intéressée. Lui, toujours fidèle à l’Empereur.

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