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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 16:52

La fin arrive.

Sainte-Hélène, février 1821

L’état de Napoléon a empiré. Il ne quitte plus son lit. Son teint est jaunâtre. Il croit que les Anglais ne toléreront pas que son corps soit inhumé en France, aussi m’a-t-il envoyé dans la Vallée de Slane, et j’ai les larmes aux yeux en marchant sous les saules, pour chercher, selon son vœu, l’endroit où il reposera près de la petite source.

Sainte-Hélène, mars 1821

M. de Montholon secouait la tête vers Marchand et moi en sortant de la chambre de l’Empereur. Le Grand Homme n’est plus qu’un pauvre malade qui vomit et ne veut plus quitter son lit. A moi, il a dit : ouvre la fenêtre, que je respire l’air que Dieu a fait. Il a même demandé au grand maréchal de lui apporter une fleur du jardin. A Marchand, il a dit qu’on ne connaîtra sa maladie que lorsqu’on l’aura ouvert et que, comme son père Charles, il mourait d’un squire au pylore ! Il refuse les drogues du docteur Antommarchi ; le docteur Arnott, le docteur anglais, croit encore qu’il souffre surtout de manque d’exercice et de distractions. Il m’a demandé de lui apporter des livres sur les campagnes d’Annibal, et Aly lui a aussi apporté l’Iliade. C’est surtout l’abbé Viliani qu’il veut voir. Il lui parle en dialecte. Je crois qu’il voudrait être inhumé dans les environs de Lyon au confluent du Rhône et de la Saône, mais l’abbé pense à la cathédrale d’Ajaccio. L’Empereur lui a demandé de dire tous les jours la messe dans la pièce voisine transformée en chapelle.

L’abbé nous a dit qu’il voulait mourir chrétiennement. Il répète qu’il a lavé la Révolution de ses crimes. Il croit que les Bourbons ne sauront pas garder le trône, mais peut-être les Orléans. Il m’a fait cadeau d’une médaille.

Nous l’avons entendu parler à plusieurs reprises, avec le Grand Maréchal, d’Alexandre Walewski et de Léon, ses deux fils naturels. Vers le 23 ou le 24, les vomissements redoublèrent, et il parlait à voix si basse qu’on ne comprenait plus ce qu’il disait. Le docteur Arnott est très inquiet. Il dit que l’Empereur a rendu quelque chose de pareil à du marc de café et il court avertir Sir Lowe. Il voudrait que d’autres médecins anglais viennent en consultation au chevet de l’Empereur.

Le gouverneur a proposé d’envoyer un navire au Cap pour ramener un médecin illustre, mais l’Empereur a dit à Antommarchi : « J’exige la promesse qu’aucun médecin anglais ne portera la main sur moi ». Au matin, nous avons installé un lit de campagne au salon où on pourra plus facilement le soigner.

Je l’ai entendu dire au docteur de mettre son cœur dans l’esprit de vin et de le porter à Marie-Louise en disant qu’il l’a tendrement aimée. Il m’a encore dit :

« Noverraz, pourquoi les boulets m’ont-ils épargné ? » Il a accepté une gorgée de limonade de citrons et d’oranges aigres de l’île, mais a refusé la gelée de viande que je lui proposais. Le gouverneur a fait porter une caisse d’amandes amères destinées à la boisson d’orgeat que l’Empereur boit depuis quelques jours.

Médecin Archibald Arnott

Médecin Archibald Arnott

18 avril

Il a vomi toute la nuit. Le matin, il a pris un peu de potage aux patates que son estomac a rejeté. Il a refusé un médicament du Dr Antommarchi en disant qu’il ne voulait pas faire attendre l’Angleterre et qu’il mourrait bien sans drogue ! L’après-midi, il m’a demandé de lui apporter les livres d’Homère.

23 avril

Il nous semble qu’il va un peu mieux. Il a mangé en compagnie des Montholon du hachis de faisan.

A suivre

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