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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 15:59

Pour les 250 ans du journal 24 heures, un livre retrace des épisodes de la vie des Vaudois, c’est au hasard de certains articles qui m’ont intéressés que je recopie ceux-ci pour en partager avec vous l’extraordinaire, la surprenante ou amusante information du passé.

Vevey s’éveille à l’industrie

 

Deux précurseurs achètent les terrains des futurs Ateliers mécaniques

Vevey est, au mitan du XIXe siècle, notre petit Manchester, un berceau de la révolution industrielle, où va s’épanouir le génie mécanique suisse. Quelque dix-sept décennies plus tard, l’héritage demeure – même s’il est plus discret depuis la disparition des Ateliers de constructions mécaniques de Vevey (ACMV), dont le site s’est presque entièrement transformé en logements. Tout est dans le presque: juste à côté de la halle Inox, dernier vestige des ACMV dont le sort fait l’objet d’une bataille juridique, se tient le siège suisse d’Andritz Hydro SA, successeur, au sein d’un groupe autrichien leader mondial de la turbine, de la division hydraulique des anciennes usines veveysannes. On y prépare avec fierté la célébration, pour l’année prochaine, des 150ans de la première turbine de type Pelton, dont les dérivés successivement améliorés au fil des ans font encore la réputation de ce bijou d’ingénierie suisse.

Apprenti charpentier chez son père, il part pour l’Europe

 

Le bulletin nous apprend que tout commence par l’esprit audacieux et conquérant d’un homme. En 1842, un Veveysan de 27ans, Jean-Benjamin Roy, revient au bercail. Apprenti charpentier chez son père, il est parti à 17ans arpenter l’Europe pour parfaire sa connaissance de la mécanique. Suisse allemande, Alsace, Belgique, Angleterre, Italie, le jeune bourlingueur prend moult notes, dessine des croquis, et se pique même de poésie. A Vevey, Roy installe son atelier dans le quartier de l’Arabie, dans une ancienne fabrique de chocolat. Il y répare des machines agricoles, y fabrique des vis de pressoir et des roues de moulin – ancêtres des turbines à eau…

 

Jean-Benjamin Roy est un passionné de technique, il développe toutes sortes de nouveautés. Son atelier ne suffit plus, ni ses propres compétences. En 1844, Roy fait alliance avec un maître fondeur, Emmanuel-David Zwahlen. Les deux associés achètent un grand terrain, en bordure de Veveyse, pour y développer leurs activités. C’est là que Vevey naît à l’industrie, qui fera – avec l’avènement de Nestlé, plus tard – sa réputation dans le monde entier.

Jean-Benjamin Roy

Jean-Benjamin Roy

L'une des premières turbines construites à Vevey d'après le système Pelton

L'une des premières turbines construites à Vevey d'après le système Pelton

L’inventivité de l’ingénieur patron fait merveille

Roy et Zwahlen ne demeurent ensemble que sept ans, avant que le fondeur ne revende ses actions à l’ingénieur. La société prend le nom de B. Roy & Cie (le Jean du prénom a disparu). C’est le début d’un âge d’or: l’inventivité de l’ingénieur patron fait merveille, et très vite la modernité des machines sorties des ateliers veveysans assoit l’aura de l’entreprise. En 1863, Roy produit la première turbine hydraulique de son invention.

 

L’ingénieur se révèle être aussi un redoutable vendeur, qui ne recule devant rien pour promouvoir ses réalisations: «Conscient de la qualité des machines construites dans les Ateliers de Vevey – raconte le Bulletin de 1941 –, il entreprend de longs et pénibles voyages pour les faire connaître hors des frontières de notre pays. Il fonde des agences à Zurich, à Vienne, à Milan et à Turin et réussit à vendre, en 1867 seulement, pas moins de trente-trois moteurs hydrauliques de sa construction, parmi lesquels une turbine de 115 chevaux sous 92?m de chute constituait un véritable record.»

 

Le roi de Roumanie, le gouvernement français, le ministère italien de la Guerre figurent parmi ses illustres clients. L’expansion continue: Asie, Amérique, les turbines veveysannes prolifèrent. Comme d’autres projets grandioses, parmi lesquels de nombreux ponts et charpentes métalliques, mais aussi le canal Cavour, qui, dit la légende, aurait été inspiré au grand homme politique italien par Roy lui-même.

 

L’impétueux ingénieur est moins doué pour la comptabilité. Sa soif d’investissements assèche les finances de sa société, qu’il doit quitter en 1885. Elle est reprise par les administrateurs Philippe Blanchot et Emile Dolfuss.

 

Dix ans passent, et un nouveau patron, Ami Chessex, donne à l’entreprise son nom définitif, les ACMV – avant la déconfiture du dernier propriétaire, Werner K. Rey, près d’un siècle plus tard. Benjamin Roy, lui, est mort en 1892. Ses chères turbines sont encore et toujours conçues au bord de la Veveyse, juste derrière la gare.

250 ans dans la vie des Vaudois

Thierry Meyer

Audritz Hydro SA / repro 24 / Gérald Bosshard

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