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9 mars 2018 5 09 /03 /mars /2018 17:57

Pour les 250 ans du journal 24 heures, un livre retrace des épisodes de la vie des Vaudois, c’est au hasard de certains articles qui m’ont intéressés que je recopie ceux-ci pour en partager avec vous l’extraordinaire, la surprenante ou amusante information du passé.

La vie comme à Corcelles dans la « maisonnette »

 

Mademoiselle de Saussure, devenue Polier, dit beaucoup sur la région dans sa correspondance

 

Jacques Poget

Louise-Honorée-Françoise de Saussure devenue Polier de Corcelles.

Louise-Honorée-Françoise de Saussure devenue Polier de Corcelles.

« Nous sommes tout à fait occupés de la Cour de France ; ce jeune roy, ce renversement de tout ce qui étoit il n’y a que trois semaines en règne me fait une impression que je n’ay jamais éprouvée ; les nouvelles particulières que nos François nous procurent nous rapprochent si fort de Paris, de Versailles, de Choisy qu’il me semble que c’est tout près ; et ce qui s’y passe en devient plus intéressant ; c’est comme un païsage rapproché… »

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les Romands se passionnent pour l’actualité française. En 1774 – Louis XVI, âgé de 20 ans, succède à son grand-père -, Louise de Corcelles envoie à ses amis Charrière de Sévery, en voyage en Allemagne, des lettres où elle raconte ce qui intéresse le cercle de leurs amis lausannois.

Visites et séjours de nombreux aristocrates français, anglais, allemands, pièces de théâtre que l’on s’amuse à monter entre amis, mariages, fêtes au bord du lac y prennent le pas sur la grande politique. Et c’est sa vie à la campagne, dans le Jorat, qui tient le plus au cœur de l’épistolière.

Fille du baron de Bercher, Louise-Honorée-Françoise de Saussure épousa Jonathan Polier, fils du syndic de Lausanne. Héritier par sa mère du village joratois de Corcelles, il en prit le nom et y construisit ce que les Corçallins appellent aujourd’hui encore « le château », qu’ils ont amoureusement restauré en 1998.

A la campagne, elle respire et lit des romans anglais

La châtelaine, elle, dit « ma maisonnette » - que sont ces huit pièces en regard de la vaste demeure lausannoise où elle s’épuise ? A la campagne elle respire, lit des romans anglais, s’émerveille de son cher jardin, de la nouvelle fontaine (qui glougloute encore de nos jours) : « Cette source à laquelle Corcelles (son mari) faisait travailler depuis quelques mois, vint un beau matin se jeter à gros bouillons dans le bassin que nous lui avions préparé. C’est un grand événement à la campagne ; je crois même que les arbres des alentours s’en réjouissent aussi. Dimanche se fit le ressat* des ouvriers et des fonteniers dans notre grange, et cette fête, je vous le promets, valait à nos yeux peut-être celle du château (de Lausanne) : c’était vingt-six convives, tous de bon appétit autour d’une longue table, parodiant tout à fait celle du Baillif. »

*banquet

La santé un grand souci

Louise écrit quelquefois à son neveu, Charles de Constant, qui commerce en Chine, et presque chaque jour à ses amis Sévery, rue de Bourg, dans leur château ou à l’étranger. Car on voyage : Montpellier, l’Allemagne, cures à Plombières, en Suisse alémanique auprès d’un guérisseur. La santé est un grand souci. On consulte le célèbre docteur Tissot, qui, de Bourg à la Cité, soigne la bonne société, tout en rédigeant ses traités : « Notre amy est très peu des nôtres, on dit qu’il travaille dans son cabinet et qu’il paroîtra bientôt un livre de lui. »

Mais toujours on revient à ces petits « châteaux » qui émaillent la campagne vaudoise : les hobereaux aiment leurs villages – et surveillent les paysans qui leur doivent la dîme. Corcelles fait interdire de boire autre chose que sa production ? « Ses » paysans achètent aussitôt à Lavaux des parchets qui réjouissent encore la commune !

J’ay tant parlé patoy que je ne me tireray point d’affaire »

Dans nombre de ses lettres (un recueil publié aux Editions Spes en 1924), Louise de Corcelles évoque ce « Jurat » où elle craint « d’avoir perdu toutes mes belles manières et oublié mon beau langage. J’ay tant parlé patoy que je ne me tireray point d’affaire avec mes commères de Wurtemberg (la duchesse), de Lannion, de Tonnerre, comme je savais si bien faire icy avec mes voisins, Henry, Penseyres et Gessenay. »

Elle se plaint de la ville : « Une marquise d’un côté, un paquet de l’autre ; des allées et venues, du bruit, des obstacles, des attentes inutiles. Mais arrivée dans ma bienheureuse habitation d’icy, toute sauvage qu’elle est, je me crois au paradis. Un jour me vaut ici comme une semaine à Lausanne. » Aussi soupire-t-elle de devoir quitter Corcelles : « On voit les objets à la campagne sous un tout autre aspect qu’à la ville ; le silence qui y règne semble faire taire toutes les petites passions frivoles. Je laisse et reprends toute ma philosophie au Chalet-à-Gobet. »

Commentaire : De nos jours, impossible d’imaginer tant d’impressions dans l’esprit d’une jeune femme, puisqu’en quelques minutes de voiture on dépasse, et de loin, la campagne qu’elle se nomme Corcelles ou autre, que l’on est déjà dans une autre ville, guidé par satellites. À l’époque, du cœur de la Cité à la campagne de Corcelles, il était question d’expédition, de voyage avec un grand équipage de personnel.

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