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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 18:45

Pour les 250 ans du journal 24 heures, un livre retrace des épisodes de la vie des Vaudois, c’est au hasard de certains articles qui m’ont intéressés que je recopie ceux-ci pour en partager avec vous l’extraordinaire, la surprenante ou amusante information du passé.

1764

Pauvres, ivres et oisifs

Les pasteurs vaudois font une description terrifiante de leurs ouailles.

Par Justin Favrod

En l’an 1764, Leurs Excellences de Berne sont inquiètes. Plusieurs intellectuels vaudois tirent la sonnette d’alarme : le canton se dépeuple. C’est l’avis de l’économiste Charles-Louis de Cheseaux, qui écrit en 1761 : « La diminution du nombre des habitants dans le Pays de Vaud est une vérité de fait qui frappe tout le monde. » Depuis lors, les historiens ont démontré que l’information était fausse : Vaud compte alors 123 000 habitants et ne connaît aucune baisse démographique.

Berne nourrit un préjugé répandu à l’époque : l’essor d’une population dépend de la prospérité et de son ardeur au travail. Elle considère, selon la morale protestante, que l’oisiveté porte atteinte à Dieu. LL.EE. décident donc de connaître la situation des Vaudois et envoient un questionnaire à chaque pasteur. Les réponses à cette enquête sur la pauvreté ont été conservées. Deux étudiants en histoires de l’Université de Lausanne, Jean Borloz et Toni Cetta, leur ont consacré des mémoires de licence instructifs.

La plupart des pasteurs répondent de façon circonstanciée. Quelques-uns rédigent de minuscules notices. Ils vont jusqu’à demander une augmentation de leurs propres revenus… Pratiquement tous regardent leur troupeau à travers le prisme de l’éthique protestante. Ils dénoncent chez les Vaudois trois vices qui expliqueraient la pauvreté constatée : l’oisiveté, l’ivrognerie et le goût du luxe.

Seize pour cent des Vaudois, en moyenne, n’arrivent pas à joindre les deux bouts sans la mendicité et l’aide de la caisse des pauvres de la commune. Il s’agit en majorité de vieillards, de handicapés et d’enfants. Les chiffres sont très variables d’une paroisse à l’autre : tout laisse à penser que le taux dépend davantage des moyens à disposition de l’aide sociale communale que de la pauvreté réelle des habitants. Essertines compte ainsi 50% d’assistés, Aigle 24% et Payerne 6%. Bien des pasteurs attribuent cette misère à la paresse. Le ministre de Saint-Saphorin l’affirme : « Obliger le pauvre au travail est peine perdue. C’est pourquoi on engage de préférence des étrangers en tant qu’ouvriers. » Même son de cloche à Cossonay : « Ils ne travaillent que s’ils sont bien rémunérés. Sinon ils choisissent la fainéantise et la misère. » A Villette, après la vendange jusqu’en février, « presque tous vivent dans la totale inaction, renfermés comme marmottes ». Les pasteurs montrent aussi du doigt les mendiants étrangers. Pourtant l’autorité bernoise n’est pas tendre : ils sont une première fois raccompagnés à la frontière ; pincés une deuxième fois, ils sont fouettés. Et marqués au fer rouge en cas de récidive.

Fermer les cabarets

Le deuxième vice fustigé par les hommes d’Eglise, c’est l’ivrognerie. Plusieurs demandent la fermeture des cabarets où même les plus industrieux brûlent leurs économies le dimanche ou les jours de marché. Le pasteur de Savigny signale que les champs ne donnent presque plus rien parce que 200 chariots de fumier par an partent engraisser les vignes. Pully abrite une auberge très prisée : « Les étrangers y viennent des environs se livrer au vin et à la débauche. »

Quant au goût du luxe, ce péché vient de la ville, où beaucoup de campagnards émigrent comme serviteurs. Ainsi, à Crassier, les femmes « s’amusent à boire le café, surtout celles qui ont été en service en ville, boisson dispendieuse qui entraîne après soi diverses autres branches de gourmandises et de dépense ». a Vevey aussi le goût du café est ruineux : « Les personnes du commun le prennent en quantité avec la crème, ce qui, joint à l’abondance de sucre, ne peut que faire un capital considérable qui doit les appauvrir. »

Beaucoup constatent que l’émigration dépeuple des régions entières. Ainsi, dans la région de Payerne, on part travailler à Neuchâtel dans les usines d’indiennes. On y envoie même des enfants depuis l’âge de 5 ans. L’enquête montre surtout que le canton conserve sa vocation agricole, de nombreux pasteurs invitent Berne à favoriser les industries, surtout en saison froide, pour sortir les Vaudois de leur funeste léthargie.

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