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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 17:23

Pour les 250 ans du journal 24 heures, un livre retrace des épisodes de la vie des Vaudois, c’est au hasard de certains articles qui m’ont intéressés que je recopie ceux-ci pour en partager avec vous l’extraordinaire, la surprenante ou amusante information du passé.

1811

 

Le Lausannois Burckhardt redécouvre le site de Pétra

 

L’antique cité jordanienne est révélée à l’Occident par ce protestant né sur les rives du Léman.

Gilbert Salem

Depuis deux ans, soit depuis 1809, un jeune explorateur d’expression française, mais commandité par des Britanniques, prospecte les pays du Levant : ceux de la Bible, de l’Evangile et du Coran. Né à Lausanne en 1784, Johann Ludwig Burckhardt, enfant de bâlois protestants établis en terre vaudoise, a francisé son prénom. Dans la volumineuse relation épistolaire qu’il adresse à ses mandants londoniens de l’African Association, il signe Jean-Louis B. Ceux-ci la font traduire systématiquement en anglais dans des périodiques à succès et l’y prénomment John Lewis.

Leur émissaire ne s’en formalise guère, il a une fibre de polyglotte. Avant d’avoir étudié leur langue à fond, notamment à l’Université de Cambridge, il a perfectionné son allemand atavique dans celles de Leipzig et de Göttingen. Initialement, l’expédition qui lui est confiée est géographique et coloniale : Situer les sources du Niger en Afrique subsaharienne. Or il se complaît beaucoup dans les escales méditerranéennes qui la jalonnent.

Dans la ville d’Alep

 

Après un séjour à Malte, il est à présent en Syrie pour approfondir un apprentissage de l’arabe entamé à Cambridge. Dans la ville d’Alep, il étudie le droit musulman, se convertit à l’Islam, se laisse pousser la barbe, se coiffe d’un turban et se fait appeler Cheikh Ibrahim. Cette nouvelle identité lui permet de visiter sans encombre Damas, Palmyre, le Liban. Et, plus tard, même les cités de La Mecque et de Médine, alors interdites aux infidèles. Ce sera en 1814, 39 ans avant le poète ethnographe Richard Francis Burton.

C’est en été 1812 que Jean-Louis Burckhardt fait sa découverte la plus époustouflante : le site nabatéen de Pétra, fondé au IIIe siècle av. J.-C., mais tombé dans les oubliettes de l’Histoire depuis cinq cent ans. Le 23 août, il chemine au pas d’amble d’un dromadaire entre mer Morte et golfe d’Aqaba, dans la Jordanie actuelle, quand des Bédouins lui en indiquent le lieu, le « Sikh ». Ils l’appellent aussi Ouadi Moussa, soit le « ruisseau de Moïse ». Notre Lausannois alunit dans un hectare désertique bossué de roche sédimentaire aux reflets pourpres et hallucinatoires. L’entourent aussi des habitations troglodytes, des perrons royaux à colonnade latine. Un amphithéâtre où se marient splendeurs géologiques et histoire antique. Au XXe siècle, il servira de décor à un épisode drolatique de Coke en stock, l’album d’Hergé, puis au film Indiana Jones et la dernière croisade, de Steven Spielberg.

Pétra, David Robert, milieu du XIXe siècle

Pétra, David Robert, milieu du XIXe siècle

Par précaution

 

Jean-Louis Burckhardt en fait une description détaillée et émue : à l’issue d’un long couloir pierreux, il débouche sur le Khazneh, le bâtiment le plus impressionnant du site. Il doit dominer son ébahissement : « Je regrette de ne pouvoir donner un rapport complet des antiquités du Sikh. Mais je connaissais bien le caractère des populations qui m’entouraient. J’étais sans protection au milieu du désert où aucun voyageur n’avait encore passé… Les habitants s’habitueront aux enquêtes des étrangers, et alors les antiquités d’Ouadi Moussa seront reconnues comme dignes de figurer parmi les plus curieux restes de l’art antique. » Car autant il aime ces peuplades aux coutumes bariolées, autant il redoute, à juste titre, leur méfiance : un sursaut d’enthousiasme de sa part trahirait son origine européenne et chrétienne. Donc une dissimulation, crime suprême que les musulmans de ce temps-là châtient par un égorgement expéditif sous la dune ! Son témoignage n’en livre pas moins des clés essentielles aux archéologues du futur.

Sur les instances de ses bailleurs de Londres, le prétendu Cheikh Ibrahim devra quitter incessemement le Moyen-Orient pour mettre enfin le cap sur l’Afrique noire, ses dédales fluviaux et les sources du Niger, dont on saura un jour qu’elles sourdent du socle des monts Tingi, en Sierra Leone. Notre Lausannois n’en foulera jamais les berges : après trois mois de clandestinité en Arabie mahométane, il s’attarda en Egypte, y découvrant au passage la statuaire monumentale d’Abou Simbel. Il y préparera son expédition finale vers Tombouctou via le désert du Fezzan, en Libye. Elle sera annulée : Burckhardt sera emporté par une crise de dysenterie le 15 octobre 1817. A l’âge de 33 ans.

Le monastère par David Roberts

Le monastère par David Roberts

Monument d’Abou Simbel

Monument d’Abou Simbel

Plus ou moins méconnu sous nos latitudes

 

Nombreux sont les Romands qui ont visité les vestiges « incontournables » de Pétra, en ce début du XXe siècle. D’aucuns y ravivent leurs souvenirs d’un des meilleurs albums de Tintin. D’autres retiennent de cette Jordanie troglodytiques et archéologique le vertige d’avoir un peu marché sur les traces de l’acteur Harrison Ford. Or même les plus cultivés d’entre eux, au courant de la nationalité suisse de l’homme qui, en 1812, révéla le site au monde, ignorent que Johann Ludwig Burckhardt était un enfant de Lausanne. Les édiles les plus cultivés de la ville aussi : cet explorateur au destin grandiose et tragique, et dont la Bibliothèque universitaire de Cambridge conserve précieusement une correspondance en quelque 800 volumes, traduit en anglais, n’a pas droit dans sa ville natale à la moindre reconnaissance symbolique. Aucune plaque commémorative ne l’y honore.

   « D’ailleurs, Burckhardt, ça s’écrit comment ? »

Cheikh Ibrahim est Jean-Louis Burckhardt

Cheikh Ibrahim est Jean-Louis Burckhardt

Les plus.

Voilà le récit de cette aventure lausannoise prend fin ici. Vous devriez vous souvenir que j’ai déjà écrit ici, sur l’aventurier et ses découvertes sensationnelles.

On n’a pas fini d’explorer Pétra, qui révèle encore des merveilles. Un très bon documentaire de France 5, avec les techniques d’aujourd’hui, nous montre les dernières découvertes du site.

Doc France 5 - 50 minutes.

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