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9 septembre 2018 7 09 /09 /septembre /2018 16:53

Texte de Claude Varennes, 1964, Revue Suisse de Gastronomie et de Tourisme, PLAISIRS

 

1964 – Depuis une quinzaine d’années, et notamment ces dix dernières, le whisky est devenu une boisson très populaire en Suisse. Bien entendu, j’avais déjà, étant enfant, entendu mon père dire « une fois », qu’il avait bu « un whisky »… mais que cela ne le reprendrait jamais. Ce n’était pas dans la moyenne de nos goûts.

Est-ce actuellement une mode, un snobisme ? Je ne le crois pas. Le whisky, qu’il soit scotch (surtout) canadien, « Bourbon », « Rae », etc., s’est imposé et gagne sans cesse du terrain. Il a été popularisé tout d’abord par le roman et le film. Lemmy Caution et Callaghan, Peter Cheyney aidant, ne « carburent » qu’au « Bourbon » ou au « Scotch ». On consomme aujourd’hui couramment le whisky au bar, au night-club, parfois même au restaurant ou au café. La consommation à domicile n’est pas négligeable non plus. La femme elle-même a trouvé cet alcool à son goût. Et il ne s’agit pas seulement de « Marie-Chantal », mais de nombreuses dames qui, reculant facilement devant la perspective de boire un verre de blanc, ne craignent pas de s’offrir un petit whisky, sec ou à l’eau. Comme apéritif, comme suite à un repas, à tout moment de la soirée, on offre le whisky, même parfois dans des milieux modestes et… pas toujours chez des jeunes.

[Bref, à lire ci-dessus, on boit le whisky partout, à tous les moments de la journée et dans toutes les classes sociales. Mais c’est dit de façon à ne froisser personne.]

Whisky et médecine

Un des motifs de cet engouement est – chose étonnante – d’ordre médical. Considéré comme un stimulant, le whisky a en outre la réputation de dilater les veines d’une manière particulièrement favorable à la circulation du sang. Au XVIIIe siècle, un certain Tobias Smollett écrit : « Les hommes des Highlands se régalent de whisky ; un whisky de malt… qu’ils avalent en grandes quantités sans aucun signe d’enivrement. Ils y sont habitués dès le berceau et y trouvent un excellent préventif contre le froid de l’hiver. On le donne avec succès aux enfants comme tonique en cas de petite vérole, lorsque cette éruption semble traîner… » Un autre médecin anglais écrit dans un « Discours sur le traitement de l’embolie artérielle » : « Le meilleur produit pour le soulagement de la douleur est l’alcool. Pas l’alcool pharmaceutique, mais le whisky. »

[Ben puisque les médecins le disent, buvons-en tous. D’ailleurs dans les films hollywoodiens, ils en boivent beaucoup et tous les cowboys blessés sont soigné au whisky !]

Nous pourrions multiplier de telles citations à l’infini. Retirons-en simplement la conclusion que le whisky, joignant l’utile à l’agréable, favoriserait effectivement la circulation du sang.

Consommons-en donc, avec modération toutefois, et préférons un seul verre de whisky de qualité reconnue à plusieurs de certaines innommables mixtures à bon marché présentées sous ce vocable, car Il y a whisky… et whisky !

En effet, comme dans tout, il y a la qualité… et le contraire. La qualité se paie, bien entendu, mais elle vous offre des garanties. La consommation modérée d’un whisky de qualité ne peut vous être que plaisante, alors que la consommation, même en faible quantité, d’une infâme mixture au rabais ne peut que vous nuire. Notons que la qualité-rabais peut être du vrai whisky mais trop jeune et n’ayant pas reçu les soins attentifs quasi quotidiens nécessaires à la maturation qui se produit durant cette longue période, il est plus haut en degré et peut être « réduit » à l’eau distillée pour atteindre le degré dit « de consommation », qui est en principe de 43 degrés. Si cette « réduction » se fait sur un whisky ayant déjà subi son évaporation et atteint trois ans d’âge, c’est-à-dire à peu près 60 degrés, elle constitue une manifestation normale et ne porte pas préjudice à la qualité. Si le même travail s’opère sur un jeune whisky, les résultats sont beaucoup moins favorables, car, même si son degré d’alcool lors de l’évaporation est plus élevé et semblait justifier l’introduction de davantage d’eau distillée, sa maturation insuffisante le transforme bien vite en « bibine ».

Pour cette raison, les autorités compétentes suisses ont pris des mesures interdisant l’importation de whiskies « à rallonger », de moins de trois ans d’âge et de plus de 60 degrés. La réduction faite pour le ramener ensuite au degré de consommation est alors normale et crée une boisson équilibrée.

Ce point étant dès maintenant officiellement réglé, il ne pourra plus y avoir en principe de whisky de mauvaise qualité… à moins que, comme cela a déjà été le cas, on ne le modifie avec une autre sorte d’alcool, qui ne change pas trop son goût. Mais, c’est là travail de fraudeur dont la répression sera relativement facile.

On peut conclure de ce qui précède que nous verrons peu à peu disparaître – car il reste évidemment des stocks (il y aurait actuellement en Suisse encore près de 800 000 litres de ces mixtures) – de certaines vitrines des soi-disant whiskies aux noms ronflants et au prix dérisoire, qui causent un tort considérable au vrai whisky, car, comme nous l’avons dit, à moins que le distillateur ne soit un philanthrope, un vrai whisky se paie car il vaut son prix.

[Alors, les 800 000 litres ont été bus depuis lors. Vive le commerce !]

Comment reconnaître l’authenticité d’un whisky ?

Le connaisseur peut tout d’abord facilement se rendre compte de la plénitude du goût et de la douceur agréable dus à une lente et savante maturation. En effet, les éléments éthérés qui provoquent le plaisir gustatif ne peuvent se développer que grâce au temps. D’autre part, l’absorption d’un « whisky » douteux vous laissera certainement des souvenirs fâcheux le lendemain. Voici maintenant une méthode pratique : versez une portion de whisky (sans eau) dans un verre préalablement bien lavé, rincé et essuyé. Laissez reposer durant environ dix heures, goûtez alors en vous basant sur l’habitude que vous avez du goût de votre boisson. Celui-ci a-t-il disparu ou s’est-il affaibli, alors vous êtes très probablement en présence d’un whisky de basse qualité. Le verre vidé, laissez-le sans le laver durant vingt-quatre heures. Si, après ce laps de temps, l’odeur typique du whisky ne subsiste pas dans toute sa plénitude, vous aurez, par ce double contrôle, établi définitivement le fait que votre whisky ne répond pas aux caractéristiques minimums exigibles d’un bon et vrai whisky.

Redisons doc, sans crainte de nous répéter : la qualité se paie, mais elle vaut son prix.

Consommez plutôt un seul verre de bon, du vrai whisky de prix. Il vous sera agréable et vous fera vraiment « plaisir ».

[Testez votre whisky habituel et qualifiez-le… peut-être que vous buvez de très bon whisky sans le savoir.]

En Suisse, la consommation du whisky a quintuplé en sept ans

Le bulletin des médecins suisses souligne que les importations d’eaux-de-vie ont fortement augmenté. Tandis que les importations d’eaux-de-vie ont presque triplé entre 1955 et 1962, celles de whisky ont atteint plus du quintuple. On a importé, en 1962, 2 300 000 (1955 : 1 277 000) litres de cognac, whisky, gin et autres eaux-de-vie, dont 1 034 000 litres de whisky.

La sous-commission pour la recherche scientifique de la commission fédérale contre l’alcoolisme constate que, grâce à une habile campagne de propagande, le whisky est devenu chez nous aussi une boisson à la mode. Alors qu’il était autrefois réservé aux classes sociales privilégiées, il a maintenant été adopté par d’autres classes. Les jeunes en consomment beaucoup.

[Etait-ce réjouissant… à l’époque certainement.]

Quelques anciennes publicité de cette époque avec des marques encore très actuelles.

Les Suisses boivent (aussi) du whisky !
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