Imposée aux suisses par le Directoire, cette « chose » ne pouvait être vue et entretenue
par le gratin de la bourgeoisie de Suisse. « Comment ! Chaque citoyen est égal à un autre ! Ce n’est pas possible, MA voix vaut plus que
celle des « va-nu-pieds » des montagnes ! » Ont du se dire quelques privilégiés et puissants des grandes villes, bourgeois tenant l’industrie et le commerce dans leur
giron.
Alors que le petit peuple avec quelques idéalistes, adhérèrent à la révolution et approuvèrent
cette nouvelle République. Les paysans de nos montagnes et autres petits gens des plaines et des villes trouvèrent certainement très bien de posséder enfin une voix égale à celle de leur patron
et de leur curé.
Vu le nombre des gens du peuple, cela a du effrayer les grands bourgeois et seigneurs du clergé,
ainsi que les grandes familles patriciennes au pouvoir depuis plus de 500 ans. Un simple homme, hier né libre certes, mais sans pouvoir, le voilà qu’il peut accéder au gouvernement et diriger les
bourgeois s’il est élu. Les grands allaient perdre le pouvoir et le bénéfice de leurs privilèges. Impossible, et dès lors, les grands se disputèrent le pouvoir politique entre eux avec
acharnement et refusèrent toutes prises de pouvoir qui n’étaient pas de leur fait.
L’administration s’en trouva bloquée et la République ingouvernable était en « guerre
civile » en continue, même si cela n’était pas avec des armes que l’on se disputait la domination des institutions, cela déplaisait fortement au Premier Consul
Bonaparte.
De plus, chaque canton prétendait être le plus apte à gouverner les autres et n’était pas forcément
disposé à donner préséance à un autre. L’attachement de ses origines liait un politique à sa terre. Quelle ville devait devenir la capitale ? Un gouvernement central avec une administration
centrale ne pouvait que déplaire dans les mentalités de l’époque.
Bonaparte fini par envoyer le général Ney avec 30 000 hommes pour calmer les suisses et réclamer
une ambassade pour une Consulta. Bonaparte se posait en médiateur, comme il l’avait déjà fait pour d’autres États, afin de rétablir l’ordre à
l’est.
1802 avec l’Acte de Médiation donné aux Suisse par Bonaparte met fin à la République Helvétique. Ce
fut le seul État en Europe et sous l’influence de la France , qui revint pratiquement à l’ancien Régime. Les bourgeois, les familles patriciennes et grands de l’industrie gardèrent ainsi leurs
privilèges et le peuple un semblant de liberté avec le fédéralisme.
Voilà ce qu’est la Suisse moderne depuis lors, une illusion de démocratie.
Si le vote était obligatoire et sanctionné par une amande en cas de non participation à une
votation et le résultat du vote serait non valable si la participation est inférieure à 60% de la population ayant droit de vote, alors là, on pourrait prétendre à une vrai décision du
peuple.
Liberté donnée à chaque citoyen de voter ou pas, fait qu’il est plus facile de manipuler la
minorité votante que l’ensemble de la population. Le citoyen lambda écoute son concitoyen, celui qui est son chef, celui pour qui l’on a voté à l’occasion.
Et comme l’adage bien connu qui dit : « Divisez pour régner ! » n’est pas une
absurdité, le fait de la division de la Suisse en 26 cantons et demi-cantons en laissant croire à chacun d’eux son indépendance, fait qu’il est facile de rester au pouvoir, même si l’on dit
beaucoup de bêtises et surtout sans avoir été élu par le peuple. Non élu par le peuple, ce n’est donc pas le peuple qui va pouvoir retirer un « pion » de l’échiquier politique suisse.
Ce sont entre eux, puis cela se fait au tour d’une table en buvant un verre de vin de chez nous.
Churchill avait raison, la démocratie est le moindre mal comme système politique. Mais bon dieu, la
démocratie directe toujours montré comme une merveille en Suisse, n’est qu’une illusion !
afeb
« L’ancienne Confédération n’était pas composée que de partenaires semblables entre eux. Uri,
Schwyz, les deux Unterwald, Zoug, Glaris, les deux Appenzell, gouvernés par des landsgemeinde, étaient des cantons démocratiques ; les Grisons, le Valais constituaient plutôt des fédérations
de communes autonomes ; Zurich, Bâle, Schaffhouse, Saint-Gall, et à un moindre degré Bienne, Mulhouse et Genève représentaient plutôt des oligarchies, reposant sur des corporations ;
dans Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure, États aristocratiques, un patriciat exclusif détenait la souveraineté ; il y avait même des formules monarchiques, dans la principauté de Neuchâtel,
l’évêché de Bâle, les abbayes de Saint-Gall et d’Engelberg. Il n’y avait pas non plus égalité de statut entre les divers territoires, dès l’instant qu’il fallait distinguer les cantons et les
alliés, les seigneurs et les sujets, les villes et les cantons ruraux, les groupements protestants ou catholiques, de langue française ou allemande. On pouvait même discerner quelques cantons
d’esprit impérialiste, avides de s’étendre hors de leurs frontières, de conquérir des territoires et des sujets : Berne au premier rang, mais aussi Lucerne, Zurich, Schwyz… faisant contraste
avec les cantons purement démocratiques simplement soucieux de défendre leur autonomie. La Suisse , même aujourd’hui, n’a pas oublié le temps où des baillis, venus de l’extérieur, parlaient en
maîtres, prétendant dominer au nom d’une autorité étrangère. Il ne s’agissait pas seulement d’un Gessler, mais de baillis issus de Berne et s’imposant aux Vaudois. Le souvenir de cette pression
sert encore d’argument, cum grano salis naturellement, contre l’intrusion de la Confédération dans les affaires cantonales.
Le régime ne restait effectivement démocratique qu’autant que l’accès de la bourgeoisie demeurait
ouvert aux habitants des villes, de la campagne, de la montagne. Même ainsi, c’était une superposition de classe, comportant une noblesse, une aristocratie gouvernante, une bourgeoisie
privilégiée, et puis, au-dessous, des natifs, des habitants, des sujets. Au XVIIIe siècle, la porte avait fini par se fermer aux nouveaux venus et partout des oligarchies, fondées sur
la naissance, s’étaient établies et confirmées. L’étroitesse l’emportait tellement sur l’universalisme que les mouvements de réforme visaient moins à ouvrir l’accès de la bourgeoisie qu’à
augmenter le nombre des privilégiés bénéficiaires du pouvoir. C’est en vertu de cette tradition des portes closes que la Suisse contemporaine se montre si peu disposée à accroître le nombre de
ses « bourgeois », c’est-à-dire de ses nationaux. La Révolution française, dans ces conditions, ne devait que peu toucher ce peuple peu soucieux de principes universels et surtout
soucieux de se libérer d’anciennes sujétions : les paysans s’intéressaient peu à la République Une et Indivisible, de sorte que le régime de 1798 resta simplement une importation étrangère,
dont le pays fut heureux de se dégager, soit par l’Acte de médiation de 1803, soit surtout par la Confédération des vingt-deux cantons de 1815. La Suisse montrait ainsi que, tout en subissant,
comme c’était inévitable, l’influence d’un grand voisin, elle revenait instinctivement à son axe, si différent. La constitution de 1848-1874 exprime en effet, l’esprit d’une démocratie qui est
bien suisse et qui n’est que suisse.
Si ces traits distinctifs ne sont plus que des souvenirs, ils sont cependant présents et par là
leur influence est loin d’être nulle. Les Grisons, le Valais se souviennent d’avoir été des confédérations de communes pratiquement indépendantes ; Vaud n’oublie pas la domination bernoise,
dont il a pu pâtir dans son amour-propre, mais a retiré aussi plus d’un bénéfice ; Berne, Zurich, Lucerne, Schwyz se rappellent complaisamment leur ancienne grandeur, éprouvant à cet égard
je ne sais quel sentiment de supériorité. Des cantons de formation plus récente, ou constitués de pièces disparates, comme par exemple l’Argovie, doivent par contre leur personnalité à des
facteurs de succès entièrement différents, et, de façon générale, le brassage dû au développement industriel noie, dans une large mesure, ces survivances anciennes. Elles survivent cependant
assez pour colorer à leur façon la vie démocratique nationale.
La Suisse est un pays d’égalité
démocratique, elle a même un certain goût pour l’anonymat, dans sa crainte des personnalités qui s’élèvent par trop au-dessus de la moyenne. Cependant ce n’est pas un pays d’égalité
sociale. »
Il est intéressant de noter les noms de quelques-unes de ces familles, qui, même réduites en
influence économique ou politique, continuent cependant de tenir une place dans la nation.
A Berne, ce sont les d’Erlach, de Graffenried, de Haller, de Fischer, de Bonstetten, de Mulinen, de Steiger, de Stürler, de Tscharner, de
Watteville ;
A Soleure, les Glutz von Blotzheim, von Roll, de Sury ;
A Bâle, les Bernoulli, les Vischer (attention, avec un v), les Burckhardt (attention, avec ck…dt), les Iselin, les Sarasin ;
A Neuchâtel, les de Chambrier, de Coulon, de Meuron, de Montmolin, de Pourtalès, de Pury, de Perregaux, de Rougemont ;
A Fribourg, les de Castella, de Diesbach, de Reynold, von der Weid ;
Dans le Valais, les de Courten, de Chastonay, de Kalbermatten, de Torrenté, de Wolff ;
Dans le canton de Vaud, les de Blonay, de Charrière, de Crousaz, de Mestral ;
A Genève, les de Budé, de Candolle, Cramer, Fatio, Le Fort, Lullin, Micheli, Naville, Pictet, de Saussure, Turrettini ;
A Zurich, les Bodmer, Escher, Hirzel, von Muralt, von Orelli, Pestalozzi, von Schulthess ;
A Lucerne, les am Rhyn, de Pfyffer, von Schumacher, von Moos ;
A Glaris, les von Tschudi ;
A Schwyz, les de Reding, Ab Iberg ;
Dans les Grisons, les von Albertini, de Planta, de Salis, Sprecher von Bernegg ;
Dans le Tessin, les Soldati, Pedrazzini, Riva Rusca…
La liste n’est pas limitative. Certains lecteurs français trouveront peut-être que j’attribue
beaucoup d’importance à ce qui n’en a plus guère, et certains lecteurs suisses me l’objecteront peut-être aussi, mais je doute que ces derniers le pensent au fond d’eux-mêmes, car il subsiste en
Suisse une tradition médiévale et d’ancien régime qu’aucune révolution d’envergure n’est jamais venue rompre. Ajouterai-je que certaines omissions, dans la liste ci-dessus, étonneront ? On
ne doit pas oublier que le pays de l’horlogerie est expert à mesurer, même socialement, les centièmes de millimètres. Mais parler de cette démocratie sans la regarder un peu comme l’aurait fait
Paul Bourget* serait méconnaître l’un de ses caractères. Ce n’est pas en somme un paradoxe qu’on puisse, en huit jours, rencontrer à Neuchâtel ou sur les bords du Léman plus de royalistes qu’on
n’en trouverait en France dans toute une année.
*Paul Bourget, écrivain français
Texte tiré de : La Suisse démocratie-témoin par André Siegfried de l’Académie française, éditions A la Baconnière , 1948
http://histoire-suisse.geschichte-schweiz.ch/republique-helvetique-1798.html
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