Colonies
Suisses sur l’Ohio.
« Il est donc hors de doute, que la vigne s’établira dans les Etats-Unis, et que les Européens perdront cette importante branche de commerce : personne n’est plus en état de réussir
dans cette entreprise que les citoyens Dufour : ils sont partis de Montreux convaincus que la Providence les avait destinés à introduire la vigne dans le Nouveau monde ; ils aiment à
s’appeler les Noé modernes : avec une telle conviction on est presque assuré du succès : car à moins d’impossibilité physique, l’homme peut tout ce qu’il veut fortement. » Ainsi
s’exprime l’auteur de l’avis à ceux qui se proposent de passer dans les Etats—Unis (page 87). Dans ce nouveau vignoble, les ceps sont plantés à six
pieds de distance ; l’intervalle vide est labouré avec la charrue ; on essaye aussi la méthode des utins, c’est-à-dire d’appuyer et de faire monter les ceps sur des pieux de huit pieds
de haut : mais ce mode de calcule a besoin d’être perfectionné ; pour cela il faut de l’expérience et des observations suivies pendant quelques années.
La colonie se propose aussi de fabriquer des fromages ; elle en a déjà fait quelques petites pièces, qu’on a prises pour du Chester : mais elle est encore trop peu fournie de bestiaux, pour essayer ces grands fromages, qui exigent le lait d’une cinquantaine de vache au moins. Comme les pâturages du Suisserland sont excellents et d’une vaste étendue, on y introduit des moutons à laine fine, qui augmenteront les produits de cette contrée. Il en sera de même de la soie, dont un préjugé funeste a longtemps retardé la culture : on s’imaginait que le murier noir d’Amérique ne valait rien, et qu’il fallait y substituer le murier blanc d’Europe ; maintenant il est avéré que le murier indigène n’est ni le noir ni le blanc, mais une espèce intermédiaire, qui convient parfaitement aux vers à soie des Etats-Unis. En 1802, Jean-Jacques Dufour en fit éclore dans le Suisserland ; il les nourrit uniquement avec les feuilles du murier Américain : ils réussirent à souhait, firent de très beaux cocons, dont un seul donnait jusqu’à mille pieds anglais, d’un fil reconnu plus fort que le fil de la soie commune d’Europe. Il a de plus prouvé, qu’on peut très aisément y faire deux récoltes de soie par an, puisque le murier dépouillé de ses feuilles fait une seconde pousse pour une seconde couvée : ce murier d’Amérique vaut donc mieux que celui d’Europe, parce qu’il a les feuilles beaucoup plus grandes, qu’il les reproduit jusqu’à trois fois d’une année, qu’il se multiplie aisément et croît assez vite. Ainsi la récolte de soie peut devenir conséquente dans quelques années, lorsqu’il y aura plus de bras pour s’en occuper qu’il n’y en a à présent.
L’air du Suisserland est généralement sec et sain : les saisons correspondent assez bien à celles du Pays-de-Vaud. Les pêchers fleurissent au commencement d’avril ; les fraises y sont mûres dès les premiers jours de mai ; on épampre la vigne au milieu du même mois : la moisson commence avec juillet ; les pommes, les poires, les pêches et les raisins ont atteint leur maturité à la fin de septembre. L’hiver y est à peu près comme à Berne et l’été comme à Vevey : il est rare que le thermomètre de Réaumur descende en hiver à 20 degrés sous zéro, et qu’il monte en été au-dessus de 28 degrés. Une bise assez forte remonte l’Ohio tous les jours de la belle saison pendant quelques heures ; et souvent au milieu de la nuit, un brouillard humide, mais sans mauvaise odeur, s’élève du lit de la rivière et ne se dissipe qu’une heure après le lever du soleil : il préserve la vallée des gels tardifs du printemps, ce qui est très avantageux aux cultivateurs.
A suivre...
Venoge creek
La Venoge
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