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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 17:48

  Pendant les négociations qui eut lieu à Rion-Bosson, Clavel avait prié Louis Reymond de lui indiquer quelles étaient ses intentions, celles des troupes qu’il commandait et ce qu’ils avaient à demander au gouvernement ou à ses représentants. Le chef des Bourla-Papey lui remit, en réponse, et par l’intermédiaire du citoyen Warnery, une note qui renferme à ce sujet les indications les plus précises. En voici l’essentiel :

  « Il [Reymond] demande, au nom de sa troupe, que l’on mette à sa disposition tous les titres quelconques, quel que puisse en être le nom, relatifs aux droitures féodales, quel que puisse être le dépôt de ces titres, qu’ils existent dans les archives de Lausanne ou dans d’autres archives publiques ou particulières, ou enfin dans tous les autres lieux où il pourraient en être découvert ; les représentants du gouvernement s’engagent de mettre de même à sa disposition tous les titres qui pourraient avoir été transportés hors du canton ou hors de l’Helvétie… ; que ceux déposés dans les archives quelconques de Lausanne lui soient remis dès demain matin et que tout le reste suive avant le licenciement de ses troupes, et qu’il espère obtenir une fois ces conditions remplies. – Il demande, en outre, qu’amnistie générale soit prononcée pour tous les citoyens quelconques qui ont pris part à cet armement. Il demande, enfin, que réponse leur soit donnée à minuit sur les objets pour lesquels il accorde un délai… »

  Le chef des Bourla-Papey fit encore plus et mieux. Lorsqu’il apprit, le 7 mai, que le gouvernement central avait envoyé, dans le Canton du Léman, un Commissaire, il se hâta de s’adresser à ce dernier pour lui soumettre les causes du soulèvement, les griefs des paysans, et les résolutions qu’ils avaient prises. Cette lettre de Louis Reymond au citoyen Kuhn fait penser aussitôt à la fameuse adresse aux autorités du Canton du Léman. Elle constitue, en quelque sorte, le manifeste de l’insurrection de 1802, mais un manifeste aussi habile que net et énergique. C’est le document politique principal de cette Jacquerie vaudoise. Il est daté de St-Saphorin-sur-Morges, le 7 mai. Le voici :

  « Le Commandant des troupes vaudoises des divers districts du Canton de Vaud, au citoyen ministre de la Justice et de la Police, actuellement Commissaire du gouvernement de la République Helvétique dans le Canton de Vaud,

  « Citoyen Ministre :

  « Organe des braves troupes sous mes ordres, je n’ai pu qu’être satisfait, ainsi que tous les braves citoyens que j’ai l’honneur de commander, du choix qu’a fait le Gouvernement de votre personne, pour vous rendre dans ce canton ; la pleine confiance que l’on a en vos lumières et en votre intégrité les invite à mettre sous vos yeux tous les griefs qu’ils ont à former.

  « Vous le savez, Citoyen Ministre, au moment de la révolution, il fut promis aux agriculteurs la libération de toutes redevances féodales, et comment n’y auraient-ils pas cru, lorsque des proclamations du premier magistrat du canton, émanées pour ce jour solennel où ils furent appelés à prêter serment en face de l’Etre suprême, leur assuraient qu’il n’existerait plus pour eux de seigneurs et, par conséquent, de redevances seigneuriales. Pendant deux ans ils jouissent des effets de ces promesses ; mais la troisième année arrivée, ils voient des arrêtés rigoureux et injustes dans leurs formes sortir d’une autorité provisoire, et qui empiraient leur sort. Fondés sur des arrêtés pareils, les propriétaires de ces redevances, tous ennemis du nouvel ordre des choses, s’en sont prévalus pour tyranniser leurs vassaux, auxquels tous moyens de se faire entendre étaient enlevés à raison des formalités que prescrivaient ces arrêtés. Il y a plus, c’est qu’outre le payement de ces redevances féodales arréragées, on exige d’eux des impôts continuels partant d’autorités auxquelles un tel pouvoir, ne peut et ne doit jamais être attribué, de manière que tous ces impôts, tant directs qu’indirects, réunis au payement des censes et des dîmes anéantissent toutes leurs ressources et les ont jetés dans le désespoir.

  « D’où il résulte : I° que le mouvement auquel ils se sont portés n’a d’autre cause que la manière dure et tyrannique dont on les traite depuis quelque temps, l’exaction rigoureuse des dîmes et des impôts répétés, la menace de nouveaux impôts plus insupportables encore ; par la mise en exécution d’un système d’imposition aussi oppressif qu’absurde, la ruine, enfin, de plusieurs agriculteurs, qui ne peuvent plus suffire au payement de leurs intérêts. – 2° Que loin de mériter les qualifications odieuses dont ils savent qu’on les décors, loin d’être des rebelles, ils ne sont que des infortunés réduits au désespoir et qu’on cherche à flétrir, mais tout malheureux qu’ils sont, ils donnent au gouvernement actuel l’assurance positive de leur attachement inviolable, de leur disposition absolue de défendre le gouvernement et de l’appuyer si cela était nécessaire, contre les manœuvres de ceux qui voudraient le renverser pour ramener un ordre des choses qu’ils ne verraient qu’avec horreur. – 3° Qu’ils sont assez convaincus de la sagesse du gouvernement pour croire qu’il n’écoutera, dans le parti, qu’il a à prendre en ce moment, aucune des suggestions perfides des ennemis de toute liberté, des partisans des privilèges, de ces caméléons politiques toujours au service du pouvoir qui domine, toujours se pliant à tous les événements, toujours portés aux mesures violentes, tout en se répandant en paroles mielleuses.

  « Enfin, Citoyen Ministre, si séduit par les conseils perfides de ces hommes qu’on vient de vous dépeindre, vous ordonniez des moyens de rigueur et des voies de fait pour opposer au projet invariablement pris par mes troupes, elle vous déclarent qu’outre la résistance que vous trouverez en elles, elles émettront incontinent un vœu de réunion à la République française, sous la protection de laquelle elles se mettent dès cet instant et dont elles arborent déjà les couleurs-

  Agréez, etc.                                                                                                       (Signé) REYMOND.

 

GTell, Internet, Aigle.

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