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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 19:50

 

Mission de la Suisse dans l’idée européenne, par Denis de Rougemont (1964)

 

Dès la fin de la guerre mondiale, de nombreuses voix s’élèvent en Suisse pour réclamer notre coopération à l’édification européenne. Nous reproduisons ici quelques extraits d’une étude de Denis de Rougemont, L’idée européenne en Suisse, dans l’Annuaire de la Nouvelle Société Helvétique, Berne, 1964, 35e année, pp. 176-187. Les passages suivants sont tirés des pp. 185-187.

 

 

Denis_de_Rougemont_by_Erling_Mandelmann.jpg

 

   Je ne suis pas d’accord, pour ma part, ni avec ceux qui refusent l’Europe au non de notre neutralité, ni avec ceux (beaucoup plus rares d’ailleurs) qui voudraient que la Suisse renonce sans condition à toute idée de neutralité. Mon idéal très clair – mon utopie – est que la Suisse adhère un jour à une union européenne de type expressément fédéraliste, qui renoncerait à la guerre comme moyen politique. Une telle Europe reprendrait à son compte ce qui demeure valable et même indispensable dans la neutralité d'une fédération.

   Mais il n’y a aucune chance qu’on nous offre cela, si nous, fédéralistes, ne l’exigeons pas.

   Tout la débat sur l’idée européenne paraît tourner chez nous autour de la défense des intérêts particuliers de la Suisse. Je diffère dans ce domaine de la majorité. Certes, je crois qu’une Europe fédérée sauverait seule à long terme nos chères diversités et nos intérêts bien compris, et qu’il est dangereusement irréaliste de raisonner comme s’il était possible de dissocier durablement notre salut de celui de l’ensemble européen. Mais quand j’aurais tort sur ce point, un autre aspect non moins important du problème resterait posé hic et nunc : celui de notre responsabilité européenne et même mondiale en tant que Suisses, et comme Etat qui entend garder une raison d’être. Il s’agit de savoir et de dire ce que nous avons à donner, et non pas seulement à sauver ; ce que l’Europe est en droit d’attendre d’une Suisse qui fait partie de sa communauté et qui en est bénéficiaire, et pas seulement ce que nous attendons et surtout redoutons de l’action des autres.

   Aux deux solutions en présence, à l’échelle du continent : sacrifier les patries à l’union, ou sacrifier l’union aux égoïsmes qu’on déguise en patriotismes, la Suisse peut et doit opposer la solution fédéraliste, qui maintient les patries et l’union. Et cela non seulement parce que cette solution se trouve être la sienne, mais surtout parce que c’est la meilleure pour l’Europe. Or, si la Suisse ne la propose pas, qui le fera ? Notre fédéralisme est peu connu, ou très mal connu hors de Suisse ; notre neutralité n’y est que trop connue. Pourquoi parler toujours de cette neutralité, vertu qui ennuie et pratique négative, quand nous avons à proposer une expérience passionnante, remarquablement positive et tellement opportune à l’échelle mondiale ? Pourquoi cette timidité ? L’histoire n’est pas faite par des gens qui défendent leur position, mais bien par ceux qui créent des positions nouvelles. Ce que l’Europe et le monde attendent de nous, ce n’est pas l’exposé lassant des raisons de notre « réserve » devant tout ce que d’autres proposent, mais c’est un plan d’union qui nous convienne et auquel nous puissions adhérer « sans réserves et de plein droit ».

   Devant l’évolution inéluctable vers les plus grands marchés, les plus grandes unions, l’interdépendance des pays et les échanges intensifiés, la Suisse doit enfin déclarer une attitude constructive, au-delà du philanthropisme en fin de compte intéressé dont elle a fait la « ligne Maginot » de sa défense. Et cela, non seulement parce que l’attaque est toujours la meilleure défense, mais parce que nous avons quelque chose à donner.

 

   Je veux le croire avec Victor Hugo :

   La Suisse dans l’histoire aura le dernier mot.

   Mais, encore faut-il qu’elle le dise !

 

800px-Old_flag_of_the_European_Movement.svg.png

 

Le drapeau fédéraliste, représentant un E vert, a été longtemps utilisé par le Mouvement européen. Il reste aujourd'hui en usage chez les fédéralistes européens.

 

GTell, Documeent d'Histoire Suisse, Internet.

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